Vendredi 10 mars 2006 5 10 /03 /Mars /2006 16:39
11 mai 2007

Le bonheur sans enfants: un tabou

Laurie Richard
Le Soleil
Collaboration spéciale

«Entre 30 et 45 ans, c'est l'enfer !» Émilie Devienne, auteure franco-québécoise du livre Être femme sans être mère, s'est fait critiquer à maintes reprises pour avoir choisi de ne pas devenir maman. D'après elle, le refus de la maternité est un sujet tabou. Elle a d'ailleurs eu beaucoup de difficulté à trouver un éditeur pour son ouvrage. «La pédophilie et l'inceste, ça va, mais quand on parle du désir de ne pas avoir d'enfants, ça ne va plus. C'est incroyable !»

Un peu pessimiste de nature, Mme Devienne, 45 ans, se voyait incapable de «vendre» à sa progéniture que la vie est belle. Belle-mère de deux jeunes filles, elle souligne que les enfants de son conjoint ne pourront pas lui reprocher de les avoir mises au monde.

«J'ai les bons côtés de la maternité et je fais de mon mieux pour les accompagner, explique-t-elle cependant. Il ne faut pas faire des gamins si on ne s'en occupe pas, c'est encore plus révoltant.»

«Je ne trouve pas ça beau une femme enceinte.» Nathalie St-Pierre, de Saint-Jean-Port-Joli, est consciente que son opinion fait grincer des dents. «Quand tu ne veux pas d'enfants, t'es jugée comme égoïste : on pense que tu n'aimes pas les petits. Ce qui est faux.»

Dès le début de la vingtaine, Mme St-Pierre se méfie de la maternité. À 25 ans, elle sait définitivement qu'elle ne veut pas de bambins. À 43 ans, elle n'a aucun regret. «Si toutes les femmes étaient conscientes qu'elles deviendraient ou non des bonnes mères, beaucoup n'auraient pas eu d'enfants. J'étais certaine que je ne serais pas un bon parent», explique-t-elle.

De plus, sa mère, qui a perdu deux enfants, a beaucoup souffert. Elle ne voulait pas vivre la même chose. Marie-Thérèse Beaulieu, psychothérapeute résidant à Saint-Romuald, a longuement hésité à avoir un bébé. «Ç'a pris du temps avant que ce soit décisif. Mais je savais intuitivement que ce n'était pas mon destin.»

Ayant grandi avec 10 frères et soeurs, elle dit avoir vécu l'ambivalence, surtout quand elle était plus jeune. Le doute tombe lorsqu'elle atteint la quarantaine. Aujourd'hui, à 54 ans, elle est bien contente de ne pas avoir d'enfants ; ce n'était pas pour elle.

Besoin de réconfort

Nadia Ryan a cofondé avec son conjoint la première organisation sociale internationale bilingue (anglais et français), Big Kids NO Kids, en février. «On avait des difficultés à faire comprendre à nos proches que nous ne voulions pas d'enfants. Ça nous a attristés que l'on ne nous prenne pas au sérieux», relate la jeune mariée de 31 ans qui vit en Irlande.

Les associations du genre se multiplient dans Internet. Bien que quelques membres soient amers envers les marmots, la plupart cherchent plutôt du soutien au sein des ces groupes. Nadia Ryan estime qu'il est ardu de toujours devoir justifier son bonheur sans enfants. «Quand une femme t'annonce qu'elle est enceinte, tu ne vas pas lui demander pourquoi ! C'est la même chose dans notre cas», illustre-t-elle.

Elle voit donc son organisation, qui compte jusqu'à présent une cinquantaine de membres, dont quelques Québécoises, comme une sorte de réconfort. «Au début, on éprouve de la culpabilité. Si on ne parle pas aux gens avec la même vision, on peut remettre son choix en question pour paraître plus normal», avance-t-elle.

Et la solitude dans tout ça ? Mme Ryan croit que celle-ci n'est pas créée par le manque d'enfant, mais par le fait que tout soit orienté vers eux.

Pour l'avoir vu de ses propres yeux en travaillant à la Fédération de l'âge d'or du Québec, Émilie Devienne souligne qu'en vieillissant, «ce n'est pas garanti qu'on va avoir de la visite», même avec des enfants.

Plusieurs croient également que les personnes sans enfants doivent combler ce «manque» par quelque chose d'autre, comme des animaux. Pourtant, beaucoup de familles avec des enfants ont des animaux, soulève Nadia Ryan, «ce sont seulement d'autres compagnons de vie.»

Depuis une trentaine d'années, près de 10 % des jeunes disent ne pas vouloir d'enfants, d'après Évelyne Lapierre-Adamcyk, spécialiste de la démographie de la famille et professeure à l'Université de Montréal. «Mais à 40-45 ans, quand la vie fertile des femmes se termine, entre 20 et 25 % n'en ont pas», précise-t-elle.

À force de reporter les enfants à plus tard, on finit par ne pas en avoir. Toutes sortes de circonstances y contribuent : le prolongement des études, la difficulté de trouver un équilibre entre le travail et la vie personnelle, une vie de couple chancelante ou des problèmes de santé.


Être femme sans être mère, Émilie Devienne. Robert Laffont, collection Réponses, 2007, 189 pages.

À lire sur www.cyberpresse.ca



11 mai 2007

L'instinct maternel, ça existe?

Laurie Richard
La Presse
Collaboration spéciale

Vite, on veut des bébés. Lorsque ce n'est pas l'horloge biologique qui est invoquée, c'est l'instinct maternel qui prend le dessus. Très mitigée, cette notion n'aurait pourtant rien d'«instinctif» chez la femme. Cet appel insistant à la maternité serait plutôt acquis.

«Chez l'humain, les recherches montrent que cet instinct maternel n'est pas inné. Il dépend de l'apprentissage reçu de nos modèles comme la famille et l'école, mais aussi des jeux d'enfants plus maternels comme jouer à la poupée», explique la psychologue et conférencière Johanne Fournier.

Alors pourquoi certaines femmes, décidées jusqu'à tout récemment à ne pas avoir d'enfants, changent-elles soudainement d'idée? C'est le cas d'Anouk Thériault, 21 ans. «On dirait qu'avec la maturité, c'est comme un élan. Un sentiment qui t'arrive comme ça. Plus tu vieillis, plus ça se découvre lorsque tu es en contact avec des jeunes», expose l'étudiante en danse contemporaine.

«Ça dépend aussi des facteurs prédisposants, soutient Mme Fournier. S'il y a des conditions favorables autour, comme la santé, un travail stable, la sécurité, ou un conjoint, ça peut influencer.»

Explication biologique

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik apporte une explication biologique à ce soi-disant instinct. Certaines femmes enceintes qui doutent de leur capacité d'élever un bambin voient cette pulsion maternelle renforcée par l'allaitement. Dans son livre De chair et d'âme, il soulève que la tétée engendre la sécrétion de l'ocytocine chez la mère, une hormone qui permet le plaisir et favorise le rapprochement. Certaines femmes, d'abord ambivalentes face à la maternité, pourraient éprouver un soudain attachement pour leur enfant, souligne Mme Fournier.

Mais d'autres ne ressentent manifestement jamais le désir d'enfanter. Il est possible que ces femmes aient été moins stimulées par des jeux «maternels» pendant leur enfance, ou que leurs modèles n'aient pas autant valorisé la maternité, selon la psychologue. Ne pas avoir de progéniture n'empêche toutefois pas de profiter de cette sensibilité apparente.

«Parfois, les femmes vont explorer le côté maternel d'une autre manière: dans leur travail, en dirigeant des projets, avec leur côté «matante» ou marraine», justifie Mme Fournier. Marie-Thérèse Beaulieu, une psychothérapeute qui enseigne des techniques de massage, dit vivre sa maternité au travail: «Je masse des enfants et j'aime travailler avec eux. J'aime aussi partager mes connaissances lorsque je donne des cours.»

«Traditionnellement, on doit contribuer à la société en faisant des enfants, stipule Émilie Devienne auteure de l'essai Être femme sans être mère. Mais s'investir d'une mission peut être aussi valable que de procréer.»

À lire sur www.cyberpresse.ca



23 juillet 2007

Les enfants, c'est emmerdant!

Silvia Galipeau
La Presse

Déchirez votre carte postale. Les enfants, ça n'est pas toujours souriant. Et ça ne fait pas toujours sourire non plus. Ça chiale, ça se lève tôt, ça coûte cher et ça vous empêche de vous réaliser pleinement, professionnellement.
Un livre choc, qui nous vient tout droit de la France, par ailleurs championne de la natalité en Europe, révèle 40 raisons de ne pas se reproduire. Femmes enceintes s'abstenir.

«Les enfants sont une nuisance épouvantable». «Une seule solution: la contraception». «Bonjour névroses, coucou psychoses». Disons que les propos que tient Corinne Maier sur la famille détonnent.

L'auteur n'en est pas à son premier coup de gueule. Avec Bonjour paresse, son manifeste contre le travail, elle a perdu son emploi. Son dernier né, No Kid, pourrait bien lui valoir le reniement de ses deux adolescents.

Pourtant non. Très zen, détachée, elle affirme même qu'ils n'ont toujours pas lu son pamphlet, sorti en librairie en Europe le mois dernier, et sujet de l'heure de l'autre côté de l'océan. «Je comprends très bien que ça ne les intéresse pas. Moi, je ne m'intéresse pas à ce qu'ils lisent non plus. C'est comme si vous demandiez au fils d'un boucher ce qu'il pense de la charcuterie de son père», dit-elle, visiblement blasée par la question.

Selon elle, le fait d'être mère rend son propos d'autant plus légitime. «Je sais de quoi je parle, des enfants, j'en ai; il y a des choses dont seule une mère de famille peut parler, à condition d'avoir le courage de faire son coming out. Si je signais ce livre sans avoir eu d'enfants, tout le monde me soupçonnerait d'être une vieille fille aigrie et envieuse. Là, on va peut-être m'accuser d'être une mère indigne. J'assume», écrit-elle en guise d'introduction.

Pourquoi avoir énuméré ainsi les motifs qui devraient freiner tous les aspirants parents? «Pour trois raisons: parce que je voulais égratigner la vision très carte postale de l'enfant dans laquelle on est submergé, répond-elle au bout du fil. Deuxièmement: je voulais m'amuser. Et troisièmement: je voulais réfléchir à la place de l'enfant, pourquoi il est si important d'en avoir, et ce que la société attend de nous», énumère l'auteure, également psychanalyste à ses heures.

C'est ainsi qu'elle souligne que l'arrivée des enfants signe la fin des loisirs (exit les grasses matinées, le ciné à l'improviste, ou les sorties passé minuit, bonjour le «métro-boulot-marmot»), le «tue le désir» et le «glas du couple». Un enfant coûte cher (gobant 20 à 30% de votre revenu, dit-elle), vous astreint à un horaire marathon, et vous soumet aux pires corvées (de l'Eurodysney à Marineland, en passant par les parcs pour enfants «pouilleux», McDo et Noël).

L'auteure, dotée d'une plume assez incisive merci, en rajoute: mesdames, préparez-vous à vous transformer en «biberon ambulant». Vous rêvez de joyeux soupers en famille? Déchantez. «Le dialogue parents-enfants, c'est le dîner de cons tous les jours.» Vous pouvez aussi oublier aussi les joyeux Noël sous la neige, et vous préparer aux «engueulades sous le sapin».

Si les sorties en famille sont un tel enfer, la corvée des devoirs une torture, et la routine une prison, pourquoi diable a-t-elle eu des enfants? «On a des enfants pour des raisons égoïstes, répond-elle. Cela a été mon cas. Je n'ai pas de parent, ni frère ni soeur. J'ai fait des enfants pour me sentir moins seule.»

Vous vous demandez quel genre de mère une telle cynique peut faire? Comme la plupart des femmes, elle s'est transformée en une vraie "merdeuf", mère de famille dans toute son horreur, «bonne femme scotchée à son devoir», répond-elle. «J'ai pas été à Eurodysney mais j'ai fait Marineland, et j'ai aussi été au zoo, hélas. Pourquoi hélas? Parce que je trouve ça dénué de tout intérêt. Voir une bestiole en cage, c'est le degré zéro de mon intérêt.»

Malgré un ton volontairement provocateur, des exemples archi caricaturaux, bref, une lecture à prendre toujours au deuxième degré («mes soeurs et mes frères d'armes, restons désunis, sceptiques et, si possible, sans descendance»), quelques points méritent d'être médités: «avoir un enfant, c'est un sacré obstacle, conclut l'auteure en entrevue. Il y a beaucoup de trucs à surmonter, des difficultés constantes de garde et d'organisation pour les femmes, car ce sont elles qui font toujours 80% des tâches ménagères en France. C'est très lourd. On dit peut-être pas assez aux jeunes femmes qui n'ont pas d'enfant qu'elles doivent choisir entre la carrière et la famille. On vit dans l'illusion, comme si tout était possible. Mais c'est peu réaliste.»

Un des derniers motifs pour ne pas faire d'enfant s'intitule d'ailleurs comme suit: «materner ou réussir, il faut choisir».


À lire sur www.cyberpresse.ca









Par Michaeliss - Publié dans : www.adoptionetmaternite
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