Mardi 14 février 2006
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Mai 2004
Le mythe de la mère parfaite
Nathalie Collard
La Presse (Source: www.cyberpresse.ca)
Les médias ont-ils contribué à créer le mythe de la mère parfaite? C'est ce qu'affirme The Mommy Myth, un livre qui déconstruit avec humour l'image de la super-maman proposée par les magazines et la télévision.
Ras-le-bol des Cindy Crawford, Madonna et autres mères célèbres et supposément parfaites! Le constat des deux auteures: le discours des médias est sans pitié pour les femmes.
Entrevue avec Susan J. Douglas, coauteure de cet essai à quatre mains.
«Ma vie n'était pas complète avant d'avoir un bébé», déclarait la top-modèle Cindy Crawford au lendemain de la naissance de son premier enfant.
«Il n'y a rien de plus enrichissant que d'être mère», chantent en choeur Madonna, Rosie O'Donnell et Nicole Kidman dans toutes les entrevues qu'elles accordent.
Depuis une vingtaine d'années, les médias martèlent le même message: une femme qui n'a pas connu les joies de la maternité est incomplète.
À coups de reportages sur celles qui réalisent trop tard qu'elles ont erré en n'ayant pas d'enfant, et d'entrevues avec des vedettes qui affirment avoir connu la félicité le jour où elles ont expulsé leur placenta, les médias, magazines féminins en tête, contribuent à créer un mythe complètement romantique: celui de la mère parfaite.
C'est du moins la thèse d'un nouveau livre The Mommy Myth: the Idealization of Motherhood and how it Has Undermined Women. Les deux auteures, Susan J. Douglas et Meredith W. Michaels, respectivement professeure de communications et de philosophie, lancent un cri d'alarme: «Il est temps que les mères remettent cette propagande en question.»
Le discours n'est pas nouveau: de Comment ne pas être une mère parfaite à I Don't Know how She Does it, d'autres auteures ont connu le succès en critiquant les exigences complètement folles imposées aux mères d'aujourd'hui.
Dans The Mommy Myth toutefois, la source du problème est clairement identifiée: c'est (encore et toujours) la faute des médias. Ajoutez à cela une droite américaine très forte qui encourage les femmes à rester à la maison ainsi qu'un désir des mères de bien faire, et vous avez devant vous l'émergence d'une nouvelle religion de la maman, que les deux auteures ont baptisé "The New Momism".
Cette nouvelle religion prêche toujours la même chose: la mère est la meilleure personne pour prendre soin des enfants, et pour être une bonne mère, elle doit consacrer tout son être (physique, psychologique, émotif et intellectuel) au bien-être de son enfant, 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
«En surface, cette nouvelle religion donne l'impression de célébrer la maternité, mais dans les faits, elle ramène la femme à l'âge de pierre en fixant des objectifs impossibles, note Susan Douglas, jointe par téléphone à son bureau de l'Université du Michigan. Le discours a l'air branché et progressiste parce qu'on dit aux femmes qu'elles sont autonomes et qu'elles maîtrisent la situation, alors que dans les faits, on exige encore plus d'elles que dans les années 50. On leur dit aussi que les femmes ayant visité le monde du travail (lire monde des hommes) se sont rendu compte que leur place était à la maison. Bref, on puise dans le féminisme, mais en même temps, on le répudie.»
Et la propagande, toujours selon les auteures, n'arrête pas au moment où la femme devient mère: elle se poursuit des années durant. On ne compte plus les articles et les livres consacrés à l'éducation de l'enfant (plus de 700 entre 1980 et 2000 aux États-Unis seulement): il doit être éveillé, stimulé, hydraté, massé, socialisé, nourri à la bouffe bio préparée par maman, vacciné, habillé à la dernière mode, etc. Pas de doute, le travail de mère est un travail à temps plein, heures supplémentaires assurées mais non payées. «C'est l'éthique de travail des yuppies des années 80 appliquée à l'éducation des enfants», lance Susan J. Douglas.
Ce discours est appuyé par un effort marketing sans précédent. «Il y a tellement d'argent à faire quand les mères se sentent coupables et inquiètes, observe l'auteure. Aujourd'hui, on offre à nos enfants des jouets et des meubles qui étaient autrefois réservés aux enfants du shah d'Iran. Et que dire de l'industrie du jeu éducatif? Aux États-Unis, il n'y a pas de service de garde ni de services à la petite enfance. En l'absence de ces institutions, les mères se sentent interpellées et responsables d'offrir le meilleur à leurs enfants, qui sont devenus, au fil des ans, de véritables créneaux marketing. Les enfants sont divisés en sous-groupes de plus en plus pointus - 0-3 mois, 3-6 mois... - et on multiplie les produits pour chaque catégorie.»
«Dans les années 70, c'était différent, affirme Douglas. Le travail des mères était décrit comme une tâche difficile. Les magazines nous disaient, entre autres, de laisser faire le travail domestique parce qu'on ne pouvait pas tout faire. On mettait l'accent sur l'entraide entre les mères. Aujourd'hui, l'image est carrément idéalisée.»
À l'origine de cette idéalisation, il y a les entrevues avec les mères vedettes (celebrity moms), un genre qui irrite les deux auteures au plus haut point: «C'est un genre privilégié dans les magazines féminins, explique Susan Douglas. Les femmes qui travaillent dans ces publications le reconnaissent, c'est une formule qui marche. Mais elles avouent aussi à quel point ces entrevues brossent un portrait irréaliste de la maternité.»
«C'est toujours la même chose, poursuit Douglas. Le portrait de la maternité parfaite, joyeuse, sans aucun stress. On ne vous dira jamais que Cindy Crawford a eu des problèmes d'allaitement ou que le petit de Madonna a des coliques qui la tient éveillée toute la nuit. De toute façon, ces gens-là ont des nannies, des entraîneurs personnels, des cuisiniers... Leur vie est tellement facile, elle n'a rien à voir avec la vie des femmes ordinaires.»
Les mères ne sont-elles pas assez lucides pour comprendre que le message véhiculé dans les médias est un leurre?
«Oui, les mères trouvent ce discours ridicule, mais en même temps, elles se laissent prendre, croit Douglas. Quand un discours est diffusé avec une telle ampleur, cela devient la norme et les femmes qui ne correspondent pas au modèle proposé ont l'impression qu'elles seront jugées, une impression renforcée par le fait que les femmes s'observent entre elles, se jugent et se condamnent trop souvent.»
Idéalistes, Susan Douglas et Meredith Michaels estiment qu'il est temps que les mères s'unissent pour riposter au discours ambiant en créant «l'équivalent des groupes de discussion des années 70 dans lesquels les femmes partageaient leur expérience, démolissaient les mythes qui les oppressaient et reprenaient le contrôle». «Notre livre, conclut Susan J. Douglas, est la première étape de cette reprise de contrôle.»
13 mai 2006
Pour en finir avec la mère parfaite
Silvia Galipeau
La Presse
Cela ne date pas d'hier. Depuis Freud, et jusqu'au doc Mailloux, en passant par une multitude de psys, d'ailleurs et d'ici, il y a toujours eu une foule d'experts pour reprocher quelque chose aux mères.
Si les enfants sont obèses, c'est la faute des mères: elles ne les incitent pas assez à bouger. Pire, elles font mal à manger. Si les garçon ne se sentent pas bien dans leur peau, c'est la faute des mères: elles les couvent trop. Si les jeunes filles sont trop sexy, c'est aussi leur faute: elles ne les couvent pas assez.
Les problèmes des filles, tout particulièrement, une fois devenues grandes (parfois mères à leur tour), remonteraient souvent à l'enfance. Si elles manquent de confiance en elles, si elles sont renfermées, si elles sont extraverties, c'est souvent, paraît-il, par imitation ou en réaction à la mère.
Pourquoi? «Parce que la mère, c'est vraiment notre base. On vient toujours du ventre de nos mères. Principalement, oui, le problème vient de la mère», répond Joël Bertomeu, qui signe En mal de mères, un documentaire diffusé cette semaine à Canal Vie. Ce documentaire donne la parole à sept femmes qui avouent avoir été mal aimées par des mères indifférentes, contrôlantes, étouffantes ou manipulatrices, bref «toxiques». «On parle de mères déséquilibrées qui ont magané leurs filles», précise le réalisateur (à qui l'on doit aussi Ni rose ni bleu).
Certes, le documentaire ne dépeint ici que des cas extrêmes, touchant «environ 15% des femmes». Et dans ces cas extrêmes, de mères violentes, méprisantes, abusives ou littéralement absentes, il ne fait nul doute que les conséquences sur l'avenir des enfants sont désastreuses.
Mais au-delà de ces situations critiques, reste que les mères ont le dos large. On attend beaucoup d'elles: il faut être présentes, mais pas trop, tolérantes, mais pas trop, patientes, mais pas trop.
«On leur demande tout, confirme Véronique Moraldi, qui vient de publier La fille de sa mère, aux Éditions de l'Homme. La mère, c'est la «matrie», le premier objet d'amour, l'amour idéal. Mais pourquoi est-ce que cet amour maternel serait plus parfait que les autres?», s'interroge-t-elle, jointe à son domicile à Toulouse.
Est-ce qu'une mère un peu moins présente, un peu plus colérique, ou un peu moins câline, bref, un peu moins parfaite qu'une autre, est du coup une mauvaise mère?
La bonne mère n'existe pas
Ici et là, des voix discordantes commencent à se faire entendre. Non, il n'est pas nécessaire de se sacrifier pour être une bonne mère. D'ailleurs, la bonne mère n'existe peut-être même pas. C'est un peu ce qui ressort du documentaire Le mythe de la bonne mère, diffusé le mois dernier à Zone Libre. La réalisatrice Micheline Lanctôt y avoue sa «légère déception» à la naissance de ses enfants, parce qu'ils n'étaient pas «comme dans les commerciaux». «Je suis tombée du nuage, solide», dit-elle à la caméra.
Elle y dénonce du même souffle la «sentimentalisation de la maternité» présentée comme un «beau bonbon» par la publicité, ainsi que la pression sociale d'une maternité dite «vitale», où «il faut être une mère à l'enfant sans quoi il est fucké à vie». «C'est une pression considérable qu'on internalise rapidement, nous, les mères».
Mais après cette pression monstre véhiculée par des décennies d'études psy, voilà que des experts viennent désormais nous dire qu'il n'est pas nécessaire d'être parfaite. Mieux, que cette perfection n'existe pas. «Ça ne se peut pas une mère qui élève des jeunes enfants et qui se couche le soir parfaitement en paix avec elle-même», dit aussi Hélène David, professeure de psychologie à l'Université de Montréal. Je ne crois pas à cette image de la mère en parfait contrôle. Ce n'est pas ça la vraie vie.»
Vive la folie
Selon elle, toute mère, dans la «vraie vie» finit par perdre patience, hausser le ton, parfois avec raison, parfois non. «Toute mère, dans la vie quotidienne, a des moments de «folie», estime celle qui signe aussi un texte intitulé La mère suffisamment folle, dans un recueil de psychanalyse publié dernièrement, La folie maternelle ordinaire, aux éditions Puf.
Par «folie maternelle», l'auteure entend la «douce et petite folie», et non pas les «grandes pathologies». Elle parle de la mère qui perd patience un soir devant fiston, parce qu'elle a eu une rude journée au boulot, ou encore de celle qui ne se reconnaît plus quand elle se met à crier pour défendre l'un ou l'autre de ses enfants.
«Ce sont les enfants qui viennent le plus nous chercher dans la vie, dit-elle. Il faut faire attention aux femmes qui ne vivent aucune folie. Peut-être que ce sont des mères trop rigides, incapables de se connecter à la grande passion que c'est que d'élever un enfant.»
Ces moments de «folie» pourraient aussi être bénéfiques pour nos enfants, poursuit-elle. «Il faut que nos enfants nous voient ainsi, avec nos défauts et nos qualités. Parce que si on devient un modèle trop parfait, cela peut créer un backlash chez l'enfant!»
Même son de cloche de la part de Véronique Moraldi. «La perfection, c'est impossible. Cela conduit à faire pire que mieux. Les enfants ont besoin de voir que leurs parents sont imparfaits. Cela leur permet d'être imparfaits aussi.»
Une mère trop parfaite risque d'avoir trop d'exigences, et finir par imposer un poids énorme à ses enfants. Elle risque aussi de s'oublier en tant que femme, conclut l'auteure française. «La femme n'est pas seulement une mère. C'est aussi une femme. Elle a une identité de femme. La maternité est une fonction. Si le femme met toute son énergie dans sa fonction, elle risque de ne pas vivre sa vie de femme.»
http://www.cyberpresse.ca/article/20060513/CPACTUEL/60512131/5859/FRONTPAGE
Par Michaeliss
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Publié dans : www.adoptionetmaternite
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