Mercredi 8 mars 2006 3 08 /03 /Mars /2006 19:35

J’ai mis au monde 2 enfants, nés de 2 pères différents ayant eux-mêmes chacun au minimum un enfant de leur côté. Ce qui signifie que chacun de mes enfants ignore l’existence de minimum deux demi-frères/sœurs.

Entre eux, peuvent-ils tous se considérer comme «des frères de sang»?
S’ils venaient à se découvrir et à se rencontrer, leur «sang» ne ferait-il qu’un tour dans leurs veines?
Et en quoi cela changerait-il leur vie?

Faut-il réellement aller «remuer tout ça», au risque d’aller créer une grande confusion, voire même des dégâts, au sein de plusieurs familles, au nom des liens du sang?
Car, si ceux-ci devaient réellement «parler», ne devraient-ils pas forcément «fonctionner» tant du côté du père que de la mère…

Aller révéler à mes enfants l’existence de ces demi-frères/sœurs, est-ce réellement nécessaire, est-ce forcément «leur faire du bien»?


16 décembre 2OO5 – Le témoignage de M., fille adoptive – Italie
Chers tous,
Maintenant je sais tout. Ma mère, lorsqu'elle m'a eue, avait 40 ans et était déjà mère de 3 enfants. J'étais vraiment celle de trop, et ainsi elle a décidé de me donner en adoption. Ma recherche m'a amenée à la retrouver avec un an de retard. J'ai découvert qu'elle est morte en novembre de 2004. Cela a été un coup vraiment dur à encaisser. En plus, la découverte d'avoir aussi deux soeurs et un frère m'a déboussolée. Je n'y avais jamais pensé. Je suis presque certaine qu'ils ne se doutent même pas de mon existence. Que faire? Aller jusqu'au bout et tenter de les connaître ou bien mettre une pierre sur tout cela? Le risque est de bouleverser la vie de trois personnes, mais si pense à moi seulement, je sens que ma sérénité dépend aussi de cette tentative..........

28 janvier 2006 - Merci aussi à Misha pour ce témoignage
Pendant près de 40 ans j'ai été persuadée et ai défendu avec vigueur l'idée que les liens du sang c'était du pipo, que cela n'existait pas.
Mais depuis lors, j'ai rencontré mon frère bio. La rencontre était d'autant plus intéressante qu'elle était suivie 15 jours plus tard de celle de mon frère de coeur. Cela m'a donc permis de comparer. La concomitance des deux visites et les émotions liées aux deux ont pu être comparées plus aisément. Dieu sait pourtant combien on peut tenir à une idée proportionnellement à la durée de vie de cette idée; et bien, il a fallu que je me rende compte que les liens du sang existaient, même si c'est toujours pour moi curieux de l'admettre et même difficile à définir. J'en ai discuté avec d'autres dans le même cas. Et il ressort une chose en commun, c'est cette facilité et cette sorte de complicité ou d'entente immédiate qui ne repose sur rien, n'ayant pas été élevés ensemble, n'ayant aucune manie ou habitude ni donc, d'éducation en commun. Il y a tout de même cette bizarre complicité qui, passée les premiers moments, disons quelques heures, se met en place. On pourra m'objecter que c'est parce que je savais que c'était mon frère, etc… Oui, seulement, j'avais des idées sur la question qui s'opposaient totalement à cette affirmation, et psychologiquement j'étais contre intellectuellement également.
J'ai donc réfléchi depuis cette première rencontre qui a été suivie par d'autres depuis deux ans. Ma conclusion est la suivante: il est tout aussi stupide de nier les liens du sang que ceux du coeur dans une relation. Les deux ont leur importance et je dirais, à part égale, dans un individu. On ne peut nier cette part biologique, et ce sont nos cellules qui se reconnaissent dans ces relations du sang; ensuite la relation se développe sur celle du coeur si les caractères des deux personnes s'accordent, ce qui fut le cas pour moi. Mais il y a bien une reconnaissance biologique, je suis tentée de dire une reconnaissance du "clan" de type charnel, du sang, des cellules. Je mettrais un bémol pour le moment pour une raison essentielle, c'est que je n'ai pas de témoignage dans ce sens. Les liens biologiques semblent bien exister, surtout entre frères et soeurs issus du même utérus et non pas par les spermato, un peu comme les jumeaux; c'est ce type de relation, malgré que l'on n'ait pas partagé EN MÊME TEMPS, mais successivement la même chambre d'origine.


LIENS  DU  SANG, OU  LIENS  D'AFFECTION?


Ma deuxième grande interrogation étant la suivante:

Mais pourquoi mon coeur bat-il tellement plus pour ma fille (23 ans), dont les souvenirs lointains parviennent encore à me faire pleurer parfois, que pour mon fils (30 ans), dont je ne garde aucun souvenir, aucune émotion ??

C'est suite à cette dernière comparaison que je suis arrivée à mes convictions et à mes conclusions.

1)  Bien que «pas maternelle pour un sou», je constate, qu’à partir du moment précis où j’ai su être enceinte, j’ai subitement et étrangement «ardemment désiré» mes deux enfants… mais aussi, qu’au moment de l’accouchement et des mois suivants, aucun facteur de joie ou «d’extase» envers eux ne s’est jamais déclenché, que ni ma première ni ma seconde maternité ne m'ont jamais ni particulièrement émue, ni bouleversée, ni transformée en aucune manière. Et ne croyez pas que j'aie un coeur de pierre, je suis au contraire une hypersensible qui, avec beaucoup de mal, s'est forgée une carapace au fil du temps...

En fait, je ne me suis jamais «pâmée» devant aucun bébé dans ma vie, pas plus devant les miens que devant celui des autres, et la maternité est rapidement devenue pour moi plus un boulet qu’autre chose…
Et pourtant, «la vie m’avait comblée», puisque pour le premier «je voulais» un garçon, et je l’ai eu, alors que pour la deuxième, «je voulais» une fille, et je l’ai eue…

2) Mais aussi, qu’ils ont toutefois été conçus dans un «esprit» totalement différent:

- le premier, j’ai voulu le garder parce que c’était «un quelque chose, une partie, un souvenir de LUI» (homme pourtant marié et déjà père d’une petite fille, mais avec qui j’espérais garder au moins toujours un contact)… et sans réaliser le moins du monde (malgré mes 26 ans) qu’avoir un enfant ce n’était pas (n’ayant moi-même jamais été confrontée dans ma jeunesse ni à des enfants ni à de «vraies» familles) comme «jouer à la poupée» ;

- la deuxième par contre (aussi d’un homme marié et futur père d’un enfant qui devait naître prochainement, mais au sujet duquel je ne nourrissais aucune illusion), j’ai voulu la garder surtout «pour donner un sens et un but à ma vie», pour combler ma solitude…Mais «je priais toutefois le bon Dieu» pour que ce soit une fille, convaincue que si j’avais «cette chance-là», cette fois je réussirais à l’élever… Que ce serait-il passé si j’avais dû affronter «la déception» d'avoir un garçon...?

3) Pour mon fils, JE SAIS PRATIQUEMENT TOUT AVEC CERTITUDE ...
    Pour ma fille, JE NE SAIS RIEN DU TOUT AVEC CERTITUDE...

D'où l'importance du DROIT DE SAVOIR où se trouve une mère ou un enfant. Le simple fait de SAVOIR tranquillise les esprits et apaise la douleur, dans un sens comme dans l'autre (mère ou enfant)....
D'où la raison de mon engagement profond et sincère dans ce combat pour le DROIT AUX ORIGINES

4) JE ME SUIS TRÈS PEU OCCUPÉE de mon fils....
    JE ME SUIS PRISE TOTALEMENT À CHARGE ma fille et l'ai en partie élevée moi-même...

D'où: on (se) construit au travers des liens d'AMOUR qui se créent avec les personnes qui nous élèvent et qui nous entourent tout au long de notre vie, on s’attache et on s’habitue à la présence d’un être au jour le jour, et ce n'est que sur base de ces liens «d'amour», et non « du sang », qu'une éducation ou une «construction de soi» rate ou réussit, peu importe que ces liens soient adoptifs ou biologiques.

5)  Mes très brefs instants de vie passés à m’occuper de mon fils ne sont liés à aucune souffrance, à aucun traumatisme, à aucun souvenir douloureux ni à aucun passé difficile. Ma vie était alors déjà instable et compliquée, mais je vivais en libertine et en insouciante, j’accumulais bêtises sur bêtises, mais tout ceci se passait dans la plus parfaite inconscience et immaturité. J’ai quitté la Belgique sans le moindre pleur ni regret, je partais pour réaliser mon grand rêve, aller vivre sur la méditerranée, j’avais l’avenir devant moi, je voyais encore la vie en rose. Retrouver mon fils ne raviverait donc aucune douleur particulière, les retrouvailles resteraient «saucées» d’indifférence…

Les très longs mois passés avec ma fille à mes côtés ont été une source de préoccupations constantes, de traumatismes physiques et psychiques permanents, de batailles continues et exténuantes. L’insouciance avait fait place au poids écrasant d’une responsabilité trop lourde à assumer pour moi toute seule, les années passaient et, avec elles, tout espoir d’un nouveau futur meilleur, l’avenir s’annonçait bien sombre… La séparation d’avec ma fille est liée à la mort brutale de ma mère, à de grands amours perdus, aux années plus intenses (tant en joies qu’en souffrances) de ma vie, au pays et aux amis que j’aime par-dessus tout et que j’ai été contrainte d’abandonner.
Chaque fois que je pense à ma fille, c'est tout cela qui remonte à la surface, de sorte que j’ignore totalement si les larmes, que je contiens, mais que je verse quand même, sont sur elle ou sur moi, sur «mon» passé…
Les retrouvailles seraient à l’enseigne des sanglots, oui sûrement, mais sur quoi, sur qui ?  Sur une petite fille de 4 ans ½ certainement, car elle fait partie de ce passé lourd et douloureux, mais sur une jeune fille de 23 ans… Alors là… Pas sûr du tout…
Si j'ai voulu rechercher ma fille, ce n'est pas pour renouer des liens par la suite entre nous, mais simplement pour qu'elle puisse se mettre l'âme en paix et poursuivre ensuite son chemin de vie dans la vérité, et surtout, dans la lucidité; pour qu'elle n'ait pas à souffrir de mon silence..

Mais les dés ne sont pas encore jetés.
Vais-je «craquer» ou non quand je la retrouverai ?
Sans doute, oui, car un réel lien d’attachement et donc, d’affection, s’était créé,
... mais certainement pas parce qu'elle est "sortie de mon ventre"...

Et c'est non seulement en fonction de mon rapport avec mes 2 enfants donnés en adoption que j'aboutis à cette conclusion, mais également en fonction de ma réflexion sur mes liens entre moi et ma propre mère. Bien que la pleurant dans mon coeur encore chaque jour depuis plus de 20 ans - car je n'avais qu'elle au monde, elle était mon seul et unique point de chute et de repère dans la vie - je me demande aujourd'hui:

«Mais au fond, où sont donc tous ces fameux liens du sang qui nous unissaient?»...

Je ne lui ressemble en rien, ni physiquement, ni de caractère, et nous n'avions pratiquement que très peu d'affinités sur tous les plans, sinon à travers tout ce qu’elle m’a enseigné (et non transmis par le sang); tout ce que j'ai hérité d'elle, ce sont des choses, des goûts, des inclinations (amour pour les animaux, la danse, les voyages, le luxe «artificiel») qui m'ont été inculqués au travers d'idées, d'un mode de vie et d'un modèle d'éducation, mais rien de vraiment "naturel", absolument rien qui «ne coule de source»....
Ma vie a raté uniquement par manque de caresses, de tendresse, de mots doux, de câlins, de complicité... et donc par manque de liens "d'Amour"... les liens du sang n'ayant en rien réussi à combler cette défaillance… de même que des dizaines de millions d'enfants dans le monde élevés par leurs parents biologiques  ne se "construisent" jamais non plus pour cause de trop ou pas assez d'amour.

Et sans doute, à l’origine de ma froideur maternelle: les liens qui s’étaient établis entre ma mère et moi.
En effet, j'ai eu exactement le même rapport avec mes enfants qu'elle a eu avec moi. Le «transfert» ne s’est jamais fait, «l’élan» ne s’est jamais produit... Toutes deux nous étions à la fois présentes et distantes, complices et étrangères...
Seule différence: contrairement à moi, ma mère avait les moyens, et aussi la tête sur les épaules...

Je comprends parfaitement (et soutiens à 100%) la quête des origines en tant que «recherche des propres racines et identité biologique» et «droit de savoir», mais pas en tant que recherche d'un « lien maternel », qui peut très bien
- ne pas exister du tout;
- ne pas exister au départ mais qui peut être en devenir, «s'apprendre» et se construire au jour le jour;
- «s’oublier» sans peine dès qu’il y a éloignement de longue durée de la personne (au même titre qu’on fait son deuil d’un amour perdu ou de la mort d’un être cher).

Avec le nombre d'abandons qui ont toujours existés et qui existeront toujours dans le monde, comment peut-on penser que toutes les femmes qui abandonnent ou donnent en adoption en enfant puissent encore les "aimer" après 20, 30, ou 40 ans... C'est absurde.

Voilà pourquoi, le jour de Noël, de leur anniversaire ou de la fête des mères, mes enfants doivent se serrer autour de leur maman adoptive, celle avec qui ils ont créé tous ces liens d'amour, bien plus importants que les liens du sang... Je confirme et je signe...


Et comme dirait le président de la CADCO (Coordination des Actions pour le Droit à la Connaissance des Origines - http://www.cadco.asso.fr/), je cite :

Auteur: Pierre Verdier (---.mts.modulonet.fr)
Date: 10-07-2005 16:22

... Vous enfouissez, vous cachez, vous ignorez, mais elle existe toujours cette filiation première dans la tête et dans les gênes de vos enfants...

Entièrement d'accord, dans la tête et dans les gênes..., en effet !
 Mais certainement pas dans le sang en terme d’affectif.
Aucun liquide au monde ne véhicule des sentiments!

Et donc: peut-on oublier ses enfants ?
Pour moi la réponse est simple et évidente.
Oui, on peut oublier ses enfants, mais à condition de savoir où ils se trouvent et de les savoir en bonnes mains.
Cette certitude (pour mon premier enfant) n’ayant jamais été remise en question, j’ai pu aisément tourner la page et continuer ma vie sans souffrance, sans aucun résidu douloureux de cette séparation.

L’amour maternel peut-il resurgir tout à coup après 20 ou 30 de séparation ???
Seul l’avenir me le dira (peut-être) un jour…

Je précise toutefois que je n’ai PAS ACCOUCHÉ SOUS X, et donc pas abandonné mes enfants à la naissance, pour moi, il s’agit bien d’un choix, non «délibéré (on subit toujours la situation: le choix, c'est la vie, les circonstances ou les services sociaux qui le font pour nous), mais auquel j’ai consenti quand même.

Je n'ai subi aucune "violence" ni frustration d'aucune sorte, mon seul regret étant d'avoir mis au monde des enfants que je n'étais pas capable d'élever. Il est possible que si j’avais dû m’en séparer «sous la pression» (familiale ou autre), à peine nés et sans jamais savoir où ils auraient été placés, j'aurais peut-être (ou probablement ?) réagi tout différemment… Allez savoir ?


CONCLUSION
À la racine des souffrances des enfants abandonnés/adoptés, un seul grand coupable et
responsable:
cette abomination qu’est l’accouchement dans le secret!
Pourquoi vouloir à tout prix transformer le système de l'adoption en une véritable condamnation à vie?

Ah, et puis j'oubliais...

Un grand point commun entre mes deux histoires:

Pour aucun de mes deux enfants, je n'ai JAMAIS été ni convoquée, ni consultée, ni interrogée une seule fois par une assistante sociale pour éventuellement me proposer une aide ou des solutions à ma situation…
Leur premier et seul réflexe devra-t-il donc toujours être de
«retirer» l'enfant à la mère ?


LES  LIENS  DU  SANG: MYTHE  OU  REALITE ?

"RETROUVAILLES": ce terme rime-t-il avec "MAMAN" ?
L'adoption toujours "une grande souffrance" ?


3 Juillet 2005 - Le témoignage de L. - France
"Oui, bien sûr que toutes les personnes abandonnées (adoptées ou non) ont au fond d’elles une blessure profonde, mais la plupart s’en accommodent très bien et vivent avec, comme nous tous vivons avec nos propres blessures et souffrances quotidiennes, ni plus ni moins.
À la base de tout cela, il y a généralement aussi d’autres traumatismes liés tant à leurs conditions de vie (utérine ou pré-abandon/adoption) initiale qu'à l'éducation reçue qui viennent se rajouter, la seule «déchirure primitive» ne justifie pas une vie entière à rechercher ses origines.
Même événement, mais aussi multiples façons de le vivre."


QUELQUES TÉMOIGNAGES EN PROVENANCE D’ITALIE
 :



Décembre 2004 - Journal Terredimezzo - Le témoignage de Claudia R.
Claudia Roffino se retient chanceuse. "Je n'ai pas été abandonnée, j’ai été donnée en cadeau" - raconte-t-elle – J’ai toujours justifié ma mère biologique. C’est pour cela aussi que je n'éprouve aucune rancœur envers elle. Claudia vit dans la maison où elle est arrivée lorsqu’elle avait trois mois, après une brève parenthèse à l'Institut pour mineurs. Elle enseigne le latin et grec et se dédie à ses parents, maintenant de plus de 80 ans, qui vivent à quelques mètres d'elle. "Ce que je suis, je le dois à mes parents – explique-t-elle – et lorsque je lis sur les journaux des histoires de personnes adoptées qui recherchent leur «vraie» mère, je me fâche. Les vrais parents sont ceux qui t’élèvent, qui te bercent et qui te grondent, qui te suivent jour après jour. Il ne suffit pas de mettre au monde un enfant pour être parent. La parentalité, c’est tout ce qui vient après".

14
octobre 2005 - Le témoignage de S...
" Bonjour à tous, je voudrais vous raconter brièvement mon histoire pour recevoir des avis de personnes se trouvant dans ma même situation.
J'ai 30 ans et j’ai été adoptée à l'âge de 2 mois environ. Bien sûr, je ne me rappelle rien de la période pré-adoption, et jusqu'à l'âge d’environ 15 ans, j’ignorais complètement avoir été adoptée.
Je l'ai appris de façon assez traumatisante, puisque ma mère naturelle (qui m'avait toujours suivie à distance en s'informant auprès de ses connaissances) a commencé à donner des coups de téléphone à la maison, disant à ma mère qu’elle voulait qu’on lui offre une possibilité de me rencontrer et de tout me dire.
Ces coups de fil terrorisaient ma mère, jusqu’au jour où mes parents, par crainte que ce soit quelqu'un de ma famille naturelle qui puisse venir me le dire, décidèrent de m’en parler et de tout me raconter.

Ce fut comme un coup de tonnerre en plein ciel bleu, vu que je me retrouvais complètement prise au dépourvu. Mais, après bien des larmes et des bouleversements en tout genre, ce fut comme si rien de tout cela ne s’était jamais passé…

Quelques mois après, m'arrive à la maison une lettre de ma mère naturelle dans laquelle elle m'explique les motivations de l'abandon et surtout son grand désir de me connaître et de renouer des liens avec moi.

Ma réaction ?? Indifférence.
Je l'ai rencontrée après l'avoir eue de temps en temps au téléphone uniquement, mais je l’ai fait plus pour lui faire plaisir que par réelle curiosité de ma part. Elle était terriblement émotionnée et me regardait comme si elle avait vu un revenant, alors que moi j’étais à la limite de l'indifférence. J’avais devant moi une étrangère, rien de plus, rien de moins.

Depuis lors, 10 années ont passé avant que nous nous revoyions à nouveau parce que je n’ai jamais voulu avoir aucune relation avec elle, relation qu’elle a toujours désespérément recherchée. Maintenant je ne la vois plus depuis environ trois ans.

Ce qui me laisse perplexe est ceci: possible que la plupart des personnes qui découvrent d'être adoptées passent une bonne partie de leur vie à la recherche de leurs origines naturelles et que moi qui les ai à portée de la main je les ignore ??

Ou bien le mien est-il un refus de la réalité parce que je préfère faire semblant de rien plutôt que d’affronter des vérités qui pourraient être douloureuses et remettre ma vie en discussion ?? "....

7 décembre 2005 - Le témoignage de M...

" Bonjour à tous,

Je suis nouveau, je m’appelle P...  M…, je suis né à P… le XX/XX/1962. J’ai été adopté quand j'avais 8 ans.

Maintenant que j'en ai 43 ans, j'ai un désir inattendu de revoir l’endroit qui m’a hébergé (et qui m’est d’ailleurs cher) pendant ces 8 ans. Je ne veux rien savoir d’autre. Aussi parce que j’en ai quelques vagues souvenirs, mais plaisants.

Je voudrais juste savoir combien et quels étaient les orphelinats à Turin dans ces années-là (1962)  "…

30 décembre 2005 - Le témoignage de P...
" Bonjour à tous,

Je m’appelle P. et j’ai 27 ans. Je suis né à C. en 1978 et ai été adopté par deux splendides personnes que j’aime de tout mon être. Je ne sais pas pourquoi je suis ici, ou peut-être mon cœur le sait-il. Je n’ai jamais pensé à rechercher mes parents naturels parce que je n’en sentais pas le besoin, parce que je n’y pensais pas, parce que pour moi c’était normal ainsi… et peut-être pour ne pas blesser mes parents adoptifs (que je déteste appeler comme ça: ce sont mes parents, un point c'est tout). Je voudrais juste pouvoir me confier, me confronter à ceux qui en savent plus que moi ou qui sont passés par là avant moi, et je me réfère en particulier aux personnes adoptées"…


3 mars 2006 - Le bouleversant témoignage de A. - Italie

Bonne continuation maman...
Aujourd'hui c’est ton anniversaire, et je n'y serai pas. Un seul de tes anniversaires j’aurai vécu avec toi, j’étais en toi et j’y serais bien restée, recroquevillée à me laisser bercer par tes eaux…
Au lieu de ça, je suis ici en train d’écrire et de pleurer !


En novembre, le 9 novembre dernier (2005), je t'ai vue. Je t'ai entendue arriver, assise dans une voiture et tournée de dos, mon âme s’est dressée et a crié : "Elle est là!"… et toi tu ne savais pas que j’étais là, pour toi…

Combien de fois je t'ai dessinée en pensée. Tes yeux, tes cheveux, ton corps... Je n’imaginais pas te ressembler autant… mais toi… tu m’as dit ne pas être le coeur et les bras tendus que je cherchais, tu m’as abandonnée à nouveau, tu l’as fait une nouvelle fois. Et qui sait combien de fois dans ton fond intérieur !
Au début tu n’arrivais pas à me regarder, et tu nias, tu te souviens? Tu niais en affirmant : "Plus je la regarde, plus elle me ressemble", plus elle ressemble… à une autre femme, à une autre histoire, à une misère différente de celle du coeur, mais misère quand même.
Mes yeux ont plongé dans les tiens, mais toi, dis-moi, les as-tu sentis… descendre le long de ton corps, toujours plus bas en sanglotant jusqu'à ton ventre, jusqu'à retrouver mon nid prénatal. Et je te regardais. Mais nous étions spectatrice pour l’une et actrice pour l’autre, et puis ces paroles amères: "Je n’ai qu’une seule fille, c’est une brave fille, même si à elle je ne lui dis jamais".
Mais quel mal, oh combien… Et tu m'as laissée ainsi, en me demandant seulement : "Tu ne te trouves pas bien avec ta maman? J’aurais voulu te hurler que c’était toi ma mère, que c’est toi que j’aurais voulu pour cocon de sourires maternels, que c’étaient tes mains qui auraient dû me câliner, et maintenant, où sont-elles, où es-tu?
Le jour suivant j’ai été frapper à ta porte, deux mois à peine après avoir découvert que c’est là que j’étais née et que j’y suis restée trois mois avec mes grands-parents… Ensuite l’hôpital, puis l’orphelinat, et puis… !

Et dire que je suis venue chez toi avec deux plantes de cyclamen... sous prétexte de te prier de m’excuser pour le dérangement occasionné en pensant que c’était toi ma mère.
Mon cœur, mais le sais-tu que tu as un caractère tellement humoral qu'après avoir sonné je me suis éloignée de quelques pas par crainte de ta réaction "belliqueuse"?
"Je vous en prie, je viens en paix, je viens juste pour m’excuser!" … Et tu m'as fait entrer, en tirant la tête, comme si c’était une pénitence, comme si … je n’étais pas ta fille. Nous nous sommes assises à une table ronde, l’une en face de l’autre, et je tremblais. Tu as commencé ta petite récitation et moi la mienne... mais bon Dieu, je me demande encore aujourd'hui pourquoi je n’ai pas pleuré, pourquoi je n’ai pas laissé sortir l’ancestrale douleur, pourquoi je ne t’ai pas pris les mains, pourquoi je ne t'ai pas embrassée. Rien. Je suis restée assise, même lorsque le téléphone a sonné; ou plutôt, non. Je m'étais levée pour prendre congé – c’est ainsi qu’on dit entre étrangers ? – mais toi par contre tu m’as fait signe avec la main de m’asseoir, je t’ai regardée en faisant semblant de ne pas comprendre, je voulais que tu le répètes ce geste, cet unique geste de ta vie avec lequel tu m’as retenue. J'ai joué avec les chiens et tu regardais, j'ai essayé de regarder timidement autour de moi et tu me regardais, j’ai aperçu des portraits encadrés, certaines photos étaient en noir et blanc, d’autres en couleur, les grands-parents, l'oncle décédé, et... ma soeur.
Ma soeur, ma petite soeur, je ne peux même pas t’appeler ma sœur… Tu as presque 20 ans et tu ne sais pas que j’existe. Tu ne sais pas que dans mes prières, dans mes invocations au manteau étoilé qui me retient de faire une bêtise, il y a ton nom aussi.

Le coup de fil terminé, je me suis levée, toi tu t’es assise, et je me suis excusée à nouveau... Les larmes, ces larmes bénies qui peut-être auraient pu irriguer l’aridité de ton cœur, submergeaient ma respiration. Et tu m'as saluée. Je voulais te donner la main, seulement la main, comme tu l’avais fait le matin précédent, toi par contre, tu m’a saluée avec deux baisers, comme j’avais moi fait la veille: je t'avais doucement tirée vers moi et je t'avais embrassée pour sentir ta proximité, dans l’espoir d’entendre le battement de ton cœur frapper et donner des coups, refreiné avec peine et mis en désordre par tes pensées.
Et je suis partie, j'ai baissé la tête, et dans la rue, finalement j’ai pleuré.
Le lendemain soir, le départ étant maintenant proche, je suis venue te chercher à la sortie de la messe. Désespérée, je te cherchais, je fouillais du regard les têtes et les manteaux des gens. "Seigneur, je t’en supplie, répétais-je, demain je pars et qui sait si je pourrai jamais la revoir. Je t’en prie, fais-la moi revoir encore une fois, une fois seulement". D’un coup, je croise ton regard, je croise ton regard, cet inoubliable regard que je ne parviens pas à déchiffrer, si de stupeur de me voir tellement désemparée ou si de quelqu’un qui, aux émotions du cœur, n’a rien compris.

J'ai détaché mon regard comme quand, à l’école, on t’attrape occupée à copier et que tu fais semblant de regarder distraitement dans la direction de la feuille du devoir d’à côté.
J'ai senti tes yeux me frapper dans le dos et me dire: "Bonsoir", et je me suis retournée brusquement en te répondant avec ce "bonsoir" semblable à des mains jointes avec dedans des grains d’espoir prêts pour la semence. Tu ne t’es pas retournée, tu t’en es allée au bras de ma sœur. Tu es partie sachant que je te regardais, tandis que je répétais à mon amie, furieuse, debout à côté de moi: "quelle figure de merde, je me jetterais à la poubelle, quelle figure"… Et je riais et je pleurais, j’étais heureuse parce que, pour la quatrième fois, j’avais vu ma mère.

Le jour après, je suis repartie, et pendant le voyage, je feuilletais les images, je repensais au prêtre qui m'avait fait voir une photo de groupe où il y avait ma mère dessus, il m'avait mis une loupe en main et puis, comme si on était dans un commissariat, m’avait dit tout d’un bloc: "Trouvez-moi votre mère". Et je t'avais trouvée! Nous avons le même nez, droit, qui ressemble à une pyramide. Tu n’étais qu’un point, un petit visage lointain, et puis tu es devenue un sourire derrière une vitre au cours d’une froide soirée de novembre dans le nord-est de la Vénétie.
Les mois ont passé, et pas sous silence; j’ai toujours des contacts avec les personnes qui m'ont aidée à te retrouver. Le prêtre et sa loupe, les gérants de l'hôtel qui pleurent encore pour l’issue de l'événement et qui dans ma vie sont comme deux frères, les "tantes", deux dames qui m’adorent et que, lorsque je les entends, me répètent toujours: "Tu ne dois pas penser à elle, tu ne dois pas avoir mal, promets-nous de ne plus y penser, laisse faire à Dieu".
Ma soeur, dont je n'ai même pas pu voir le visage, et puis toi… toi, et encore toi qui es la déchirure de mon âme et le rêve de mon coeur. Ce stupide petit coeur qui se promène dans les rues de ce village du sud des Pouilles où je vis et qui me pousse à parler toute seule aux étoiles, à la lune et aux nuages, qui, comme ce soir, ressemblaient à un berceau se balançant dans le ciel, de même que le vent faisait se balancer ma nostalgie de toi.

Bonne chance maman, mon cadeau est le respect que je veux et que je dois à ta volonté de ne pas être ma mère, mais ce soir, je t'en prie, fais-toi un cadeau: pense à moi…
Je t’aime.

P.S. Parfois les voyages commencent avec un espoir qui fait briller les yeux d'attente et puis ils finissent avec une douleur qui fait passer l’envie de vivre. Je vous ai raconté mon histoire, d’une façon inhabituelle, peut-être, et je m’en excuse... Mais c’est ainsi que je l’ai vécue et que je la vis toujours, dans la souffrance. Je ne sais pas quoi faire, si essayer de l’approcher encore, si prendre le téléphone et l’appeler juste pour lui dire: "Bonjour, vous vous souvenez de moi, je ne voulais pas vous déranger", ou alors quoi d’autre… Aidez-moi, conseillez-moi, et si cela vous va, réconfortez-moi.

La suite se trouve dans l'article intitulé:



Par Michaeliss - Publié dans : www.adoptionetmaternite
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