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Mercredi 8 mars 2006

J’ai mis au monde 2 enfants, nés de 2 pères différents ayant eux-mêmes chacun au minimum un enfant de leur côté. Ce qui signifie que chacun de mes enfants ignore l’existence de minimum deux demi-frères/sœurs.

Entre eux, peuvent-ils tous se considérer comme «des frères de sang»?
S’ils venaient à se découvrir et à se rencontrer, leur «sang» ne ferait-il qu’un tour dans leurs veines?
Et en quoi cela changerait-il leur vie?

Faut-il réellement aller «remuer tout ça», au risque d’aller créer une grande confusion, voire même des dégâts, au sein de plusieurs familles, au nom des liens du sang?
Car, si ceux-ci devaient réellement «parler», ne devraient-ils pas forcément «fonctionner» tant du côté du père que de la mère…

Aller révéler à mes enfants l’existence de ces demi-frères/sœurs, est-ce réellement nécessaire, est-ce forcément «leur faire du bien»?


16 décembre 2OO5 – Le témoignage de M., fille adoptive – Italie
Chers tous,
Maintenant je sais tout. Ma mère, lorsqu'elle m'a eue, avait 40 ans et était déjà mère de 3 enfants. J'étais vraiment celle de trop, et ainsi elle a décidé de me donner en adoption. Ma recherche m'a amenée à la retrouver avec un an de retard. J'ai découvert qu'elle est morte en novembre de 2004. Cela a été un coup vraiment dur à encaisser. En plus, la découverte d'avoir aussi deux soeurs et un frère m'a déboussolée. Je n'y avais jamais pensé. Je suis presque certaine qu'ils ne se doutent même pas de mon existence. Que faire? Aller jusqu'au bout et tenter de les connaître ou bien mettre une pierre sur tout cela? Le risque est de bouleverser la vie de trois personnes, mais si pense à moi seulement, je sens que ma sérénité dépend aussi de cette tentative..........

28 janvier 2006 - Merci aussi à Misha pour ce témoignage
Pendant près de 40 ans j'ai été persuadée et ai défendu avec vigueur l'idée que les liens du sang c'était du pipo, que cela n'existait pas.
Mais depuis lors, j'ai rencontré mon frère bio. La rencontre était d'autant plus intéressante qu'elle était suivie 15 jours plus tard de celle de mon frère de coeur. Cela m'a donc permis de comparer. La concomitance des deux visites et les émotions liées aux deux ont pu être comparées plus aisément. Dieu sait pourtant combien on peut tenir à une idée proportionnellement à la durée de vie de cette idée; et bien, il a fallu que je me rende compte que les liens du sang existaient, même si c'est toujours pour moi curieux de l'admettre et même difficile à définir. J'en ai discuté avec d'autres dans le même cas. Et il ressort une chose en commun, c'est cette facilité et cette sorte de complicité ou d'entente immédiate qui ne repose sur rien, n'ayant pas été élevés ensemble, n'ayant aucune manie ou habitude ni donc, d'éducation en commun. Il y a tout de même cette bizarre complicité qui, passée les premiers moments, disons quelques heures, se met en place. On pourra m'objecter que c'est parce que je savais que c'était mon frère, etc… Oui, seulement, j'avais des idées sur la question qui s'opposaient totalement à cette affirmation, et psychologiquement j'étais contre intellectuellement également.
J'ai donc réfléchi depuis cette première rencontre qui a été suivie par d'autres depuis deux ans. Ma conclusion est la suivante: il est tout aussi stupide de nier les liens du sang que ceux du coeur dans une relation. Les deux ont leur importance et je dirais, à part égale, dans un individu. On ne peut nier cette part biologique, et ce sont nos cellules qui se reconnaissent dans ces relations du sang; ensuite la relation se développe sur celle du coeur si les caractères des deux personnes s'accordent, ce qui fut le cas pour moi. Mais il y a bien une reconnaissance biologique, je suis tentée de dire une reconnaissance du "clan" de type charnel, du sang, des cellules. Je mettrais un bémol pour le moment pour une raison essentielle, c'est que je n'ai pas de témoignage dans ce sens. Les liens biologiques semblent bien exister, surtout entre frères et soeurs issus du même utérus et non pas par les spermato, un peu comme les jumeaux; c'est ce type de relation, malgré que l'on n'ait pas partagé EN MÊME TEMPS, mais successivement la même chambre d'origine.


LIENS  DU  SANG, OU  LIENS  D'AFFECTION?


Ma deuxième grande interrogation étant la suivante:

Mais pourquoi mon coeur bat-il tellement plus pour ma fille (23 ans), dont les souvenirs lointains parviennent encore à me faire pleurer parfois, que pour mon fils (30 ans), dont je ne garde aucun souvenir, aucune émotion ??

C'est suite à cette dernière comparaison que je suis arrivée à mes convictions et à mes conclusions.

1)  Bien que «pas maternelle pour un sou», je constate, qu’à partir du moment précis où j’ai su être enceinte, j’ai subitement et étrangement «ardemment désiré» mes deux enfants… mais aussi, qu’au moment de l’accouchement et des mois suivants, aucun facteur de joie ou «d’extase» envers eux ne s’est jamais déclenché, que ni ma première ni ma seconde maternité ne m'ont jamais ni particulièrement émue, ni bouleversée, ni transformée en aucune manière. Et ne croyez pas que j'aie un coeur de pierre, je suis au contraire une hypersensible qui, avec beaucoup de mal, s'est forgée une carapace au fil du temps...

En fait, je ne me suis jamais «pâmée» devant aucun bébé dans ma vie, pas plus devant les miens que devant celui des autres, et la maternité est rapidement devenue pour moi plus un boulet qu’autre chose…
Et pourtant, «la vie m’avait comblée», puisque pour le premier «je voulais» un garçon, et je l’ai eu, alors que pour la deuxième, «je voulais» une fille, et je l’ai eue…

2) Mais aussi, qu’ils ont toutefois été conçus dans un «esprit» totalement différent:

- le premier, j’ai voulu le garder parce que c’était «un quelque chose, une partie, un souvenir de LUI» (homme pourtant marié et déjà père d’une petite fille, mais avec qui j’espérais garder au moins toujours un contact)… et sans réaliser le moins du monde (malgré mes 26 ans) qu’avoir un enfant ce n’était pas (n’ayant moi-même jamais été confrontée dans ma jeunesse ni à des enfants ni à de «vraies» familles) comme «jouer à la poupée» ;

- la deuxième par contre (aussi d’un homme marié et futur père d’un enfant qui devait naître prochainement, mais au sujet duquel je ne nourrissais aucune illusion), j’ai voulu la garder surtout «pour donner un sens et un but à ma vie», pour combler ma solitude…Mais «je priais toutefois le bon Dieu» pour que ce soit une fille, convaincue que si j’avais «cette chance-là», cette fois je réussirais à l’élever… Que ce serait-il passé si j’avais dû affronter «la déception» d'avoir un garçon...?

3) Pour mon fils, JE SAIS PRATIQUEMENT TOUT AVEC CERTITUDE ...
    Pour ma fille, JE NE SAIS RIEN DU TOUT AVEC CERTITUDE...

D'où l'importance du DROIT DE SAVOIR où se trouve une mère ou un enfant. Le simple fait de SAVOIR tranquillise les esprits et apaise la douleur, dans un sens comme dans l'autre (mère ou enfant)....
D'où la raison de mon engagement profond et sincère dans ce combat pour le DROIT AUX ORIGINES

4) JE ME SUIS TRÈS PEU OCCUPÉE de mon fils....
    JE ME SUIS PRISE TOTALEMENT À CHARGE ma fille et l'ai en partie élevée moi-même...

D'où: on (se) construit au travers des liens d'AMOUR qui se créent avec les personnes qui nous élèvent et qui nous entourent tout au long de notre vie, on s’attache et on s’habitue à la présence d’un être au jour le jour, et ce n'est que sur base de ces liens «d'amour», et non « du sang », qu'une éducation ou une «construction de soi» rate ou réussit, peu importe que ces liens soient adoptifs ou biologiques.

5)  Mes très brefs instants de vie passés à m’occuper de mon fils ne sont liés à aucune souffrance, à aucun traumatisme, à aucun souvenir douloureux ni à aucun passé difficile. Ma vie était alors déjà instable et compliquée, mais je vivais en libertine et en insouciante, j’accumulais bêtises sur bêtises, mais tout ceci se passait dans la plus parfaite inconscience et immaturité. J’ai quitté la Belgique sans le moindre pleur ni regret, je partais pour réaliser mon grand rêve, aller vivre sur la méditerranée, j’avais l’avenir devant moi, je voyais encore la vie en rose. Retrouver mon fils ne raviverait donc aucune douleur particulière, les retrouvailles resteraient «saucées» d’indifférence…

Les très longs mois passés avec ma fille à mes côtés ont été une source de préoccupations constantes, de traumatismes physiques et psychiques permanents, de batailles continues et exténuantes. L’insouciance avait fait place au poids écrasant d’une responsabilité trop lourde à assumer pour moi toute seule, les années passaient et, avec elles, tout espoir d’un nouveau futur meilleur, l’avenir s’annonçait bien sombre… La séparation d’avec ma fille est liée à la mort brutale de ma mère, à de grands amours perdus, aux années plus intenses (tant en joies qu’en souffrances) de ma vie, au pays et aux amis que j’aime par-dessus tout et que j’ai été contrainte d’abandonner.
Chaque fois que je pense à ma fille, c'est tout cela qui remonte à la surface, de sorte que j’ignore totalement si les larmes, que je contiens, mais que je verse quand même, sont sur elle ou sur moi, sur «mon» passé…
Les retrouvailles seraient à l’enseigne des sanglots, oui sûrement, mais sur quoi, sur qui ?  Sur une petite fille de 4 ans ½ certainement, car elle fait partie de ce passé lourd et douloureux, mais sur une jeune fille de 23 ans… Alors là… Pas sûr du tout…
Si j'ai voulu rechercher ma fille, ce n'est pas pour renouer des liens par la suite entre nous, mais simplement pour qu'elle puisse se mettre l'âme en paix et poursuivre ensuite son chemin de vie dans la vérité, et surtout, dans la lucidité; pour qu'elle n'ait pas à souffrir de mon silence..

Mais les dés ne sont pas encore jetés.
Vais-je «craquer» ou non quand je la retrouverai ?
Sans doute, oui, car un réel lien d’attachement et donc, d’affection, s’était créé,
... mais certainement pas parce qu'elle est "sortie de mon ventre"...

Et c'est non seulement en fonction de mon rapport avec mes 2 enfants donnés en adoption que j'aboutis à cette conclusion, mais également en fonction de ma réflexion sur mes liens entre moi et ma propre mère. Bien que la pleurant dans mon coeur encore chaque jour depuis plus de 20 ans - car je n'avais qu'elle au monde, elle était mon seul et unique point de chute et de repère dans la vie - je me demande aujourd'hui:

«Mais au fond, où sont donc tous ces fameux liens du sang qui nous unissaient?»...

Je ne lui ressemble en rien, ni physiquement, ni de caractère, et nous n'avions pratiquement que très peu d'affinités sur tous les plans, sinon à travers tout ce qu’elle m’a enseigné (et non transmis par le sang); tout ce que j'ai hérité d'elle, ce sont des choses, des goûts, des inclinations (amour pour les animaux, la danse, les voyages, le luxe «artificiel») qui m'ont été inculqués au travers d'idées, d'un mode de vie et d'un modèle d'éducation, mais rien de vraiment "naturel", absolument rien qui «ne coule de source»....
Ma vie a raté uniquement par manque de caresses, de tendresse, de mots doux, de câlins, de complicité... et donc par manque de liens "d'Amour"... les liens du sang n'ayant en rien réussi à combler cette défaillance… de même que des dizaines de millions d'enfants dans le monde élevés par leurs parents biologiques  ne se "construisent" jamais non plus pour cause de trop ou pas assez d'amour.

Et sans doute, à l’origine de ma froideur maternelle: les liens qui s’étaient établis entre ma mère et moi.
En effet, j'ai eu exactement le même rapport avec mes enfants qu'elle a eu avec moi. Le «transfert» ne s’est jamais fait, «l’élan» ne s’est jamais produit... Toutes deux nous étions à la fois présentes et distantes, complices et étrangères...
Seule différence: contrairement à moi, ma mère avait les moyens, et aussi la tête sur les épaules...

Je comprends parfaitement (et soutiens à 100%) la quête des origines en tant que «recherche des propres racines et identité biologique» et «droit de savoir», mais pas en tant que recherche d'un « lien maternel », qui peut très bien
- ne pas exister du tout;
- ne pas exister au départ mais qui peut être en devenir, «s'apprendre» et se construire au jour le jour;
- «s’oublier» sans peine dès qu’il y a éloignement de longue durée de la personne (au même titre qu’on fait son deuil d’un amour perdu ou de la mort d’un être cher).

Avec le nombre d'abandons qui ont toujours existés et qui existeront toujours dans le monde, comment peut-on penser que toutes les femmes qui abandonnent ou donnent en adoption en enfant puissent encore les "aimer" après 20, 30, ou 40 ans... C'est absurde.

Voilà pourquoi, le jour de Noël, de leur anniversaire ou de la fête des mères, mes enfants doivent se serrer autour de leur maman adoptive, celle avec qui ils ont créé tous ces liens d'amour, bien plus importants que les liens du sang... Je confirme et je signe...


Et comme dirait le président de la CADCO (Coordination des Actions pour le Droit à la Connaissance des Origines - http://www.cadco.asso.fr/), je cite :

Auteur: Pierre Verdier (---.mts.modulonet.fr)
Date: 10-07-2005 16:22

... Vous enfouissez, vous cachez, vous ignorez, mais elle existe toujours cette filiation première dans la tête et dans les gênes de vos enfants...

Entièrement d'accord, dans la tête et dans les gênes..., en effet !
 Mais certainement pas dans le sang en terme d’affectif.
Aucun liquide au monde ne véhicule des sentiments!

Et donc: peut-on oublier ses enfants ?
Pour moi la réponse est simple et évidente.
Oui, on peut oublier ses enfants, mais à condition de savoir où ils se trouvent et de les savoir en bonnes mains.
Cette certitude (pour mon premier enfant) n’ayant jamais été remise en question, j’ai pu aisément tourner la page et continuer ma vie sans souffrance, sans aucun résidu douloureux de cette séparation.

L’amour maternel peut-il resurgir tout à coup après 20 ou 30 de séparation ???
Seul l’avenir me le dira (peut-être) un jour…

Je précise toutefois que je n’ai PAS ACCOUCHÉ SOUS X, et donc pas abandonné mes enfants à la naissance, pour moi, il s’agit bien d’un choix, non «délibéré (on subit toujours la situation: le choix, c'est la vie, les circonstances ou les services sociaux qui le font pour nous), mais auquel j’ai consenti quand même.

Je n'ai subi aucune "violence" ni frustration d'aucune sorte, mon seul regret étant d'avoir mis au monde des enfants que je n'étais pas capable d'élever. Il est possible que si j’avais dû m’en séparer «sous la pression» (familiale ou autre), à peine nés et sans jamais savoir où ils auraient été placés, j'aurais peut-être (ou probablement ?) réagi tout différemment… Allez savoir ?


CONCLUSION
À la racine des souffrances des enfants abandonnés/adoptés, un seul grand coupable et
responsable:
cette abomination qu’est l’accouchement dans le secret!
Pourquoi vouloir à tout prix transformer le système de l'adoption en une véritable condamnation à vie?

Ah, et puis j'oubliais...

Un grand point commun entre mes deux histoires:

Pour aucun de mes deux enfants, je n'ai JAMAIS été ni convoquée, ni consultée, ni interrogée une seule fois par une assistante sociale pour éventuellement me proposer une aide ou des solutions à ma situation…
Leur premier et seul réflexe devra-t-il donc toujours être de
«retirer» l'enfant à la mère ?


LES  LIENS  DU  SANG: MYTHE  OU  REALITE ?

"RETROUVAILLES": ce terme rime-t-il avec "MAMAN" ?
L'adoption toujours "une grande souffrance" ?


3 Juillet 2005 - Le témoignage de L. - France
"Oui, bien sûr que toutes les personnes abandonnées (adoptées ou non) ont au fond d’elles une blessure profonde, mais la plupart s’en accommodent très bien et vivent avec, comme nous tous vivons avec nos propres blessures et souffrances quotidiennes, ni plus ni moins.
À la base de tout cela, il y a généralement aussi d’autres traumatismes liés tant à leurs conditions de vie (utérine ou pré-abandon/adoption) initiale qu'à l'éducation reçue qui viennent se rajouter, la seule «déchirure primitive» ne justifie pas une vie entière à rechercher ses origines.
Même événement, mais aussi multiples façons de le vivre."


QUELQUES TÉMOIGNAGES EN PROVENANCE D’ITALIE
 :



Décembre 2004 - Journal Terredimezzo - Le témoignage de Claudia R.
Claudia Roffino se retient chanceuse. "Je n'ai pas été abandonnée, j’ai été donnée en cadeau" - raconte-t-elle – J’ai toujours justifié ma mère biologique. C’est pour cela aussi que je n'éprouve aucune rancœur envers elle. Claudia vit dans la maison où elle est arrivée lorsqu’elle avait trois mois, après une brève parenthèse à l'Institut pour mineurs. Elle enseigne le latin et grec et se dédie à ses parents, maintenant de plus de 80 ans, qui vivent à quelques mètres d'elle. "Ce que je suis, je le dois à mes parents – explique-t-elle – et lorsque je lis sur les journaux des histoires de personnes adoptées qui recherchent leur «vraie» mère, je me fâche. Les vrais parents sont ceux qui t’élèvent, qui te bercent et qui te grondent, qui te suivent jour après jour. Il ne suffit pas de mettre au monde un enfant pour être parent. La parentalité, c’est tout ce qui vient après".

14
octobre 2005 - Le témoignage de S...
" Bonjour à tous, je voudrais vous raconter brièvement mon histoire pour recevoir des avis de personnes se trouvant dans ma même situation.
J'ai 30 ans et j’ai été adoptée à l'âge de 2 mois environ. Bien sûr, je ne me rappelle rien de la période pré-adoption, et jusqu'à l'âge d’environ 15 ans, j’ignorais complètement avoir été adoptée.
Je l'ai appris de façon assez traumatisante, puisque ma mère naturelle (qui m'avait toujours suivie à distance en s'informant auprès de ses connaissances) a commencé à donner des coups de téléphone à la maison, disant à ma mère qu’elle voulait qu’on lui offre une possibilité de me rencontrer et de tout me dire.
Ces coups de fil terrorisaient ma mère, jusqu’au jour où mes parents, par crainte que ce soit quelqu'un de ma famille naturelle qui puisse venir me le dire, décidèrent de m’en parler et de tout me raconter.

Ce fut comme un coup de tonnerre en plein ciel bleu, vu que je me retrouvais complètement prise au dépourvu. Mais, après bien des larmes et des bouleversements en tout genre, ce fut comme si rien de tout cela ne s’était jamais passé…

Quelques mois après, m'arrive à la maison une lettre de ma mère naturelle dans laquelle elle m'explique les motivations de l'abandon et surtout son grand désir de me connaître et de renouer des liens avec moi.

Ma réaction ?? Indifférence.
Je l'ai rencontrée après l'avoir eue de temps en temps au téléphone uniquement, mais je l’ai fait plus pour lui faire plaisir que par réelle curiosité de ma part. Elle était terriblement émotionnée et me regardait comme si elle avait vu un revenant, alors que moi j’étais à la limite de l'indifférence. J’avais devant moi une étrangère, rien de plus, rien de moins.

Depuis lors, 10 années ont passé avant que nous nous revoyions à nouveau parce que je n’ai jamais voulu avoir aucune relation avec elle, relation qu’elle a toujours désespérément recherchée. Maintenant je ne la vois plus depuis environ trois ans.

Ce qui me laisse perplexe est ceci: possible que la plupart des personnes qui découvrent d'être adoptées passent une bonne partie de leur vie à la recherche de leurs origines naturelles et que moi qui les ai à portée de la main je les ignore ??

Ou bien le mien est-il un refus de la réalité parce que je préfère faire semblant de rien plutôt que d’affronter des vérités qui pourraient être douloureuses et remettre ma vie en discussion ?? "....

7 décembre 2005 - Le témoignage de M...

" Bonjour à tous,

Je suis nouveau, je m’appelle P...  M…, je suis né à P… le XX/XX/1962. J’ai été adopté quand j'avais 8 ans.

Maintenant que j'en ai 43 ans, j'ai un désir inattendu de revoir l’endroit qui m’a hébergé (et qui m’est d’ailleurs cher) pendant ces 8 ans. Je ne veux rien savoir d’autre. Aussi parce que j’en ai quelques vagues souvenirs, mais plaisants.

Je voudrais juste savoir combien et quels étaient les orphelinats à Turin dans ces années-là (1962)  "…

30 décembre 2005 - Le témoignage de P...
" Bonjour à tous,

Je m’appelle P. et j’ai 27 ans. Je suis né à C. en 1978 et ai été adopté par deux splendides personnes que j’aime de tout mon être. Je ne sais pas pourquoi je suis ici, ou peut-être mon cœur le sait-il. Je n’ai jamais pensé à rechercher mes parents naturels parce que je n’en sentais pas le besoin, parce que je n’y pensais pas, parce que pour moi c’était normal ainsi… et peut-être pour ne pas blesser mes parents adoptifs (que je déteste appeler comme ça: ce sont mes parents, un point c'est tout). Je voudrais juste pouvoir me confier, me confronter à ceux qui en savent plus que moi ou qui sont passés par là avant moi, et je me réfère en particulier aux personnes adoptées"…


3 mars 2006 - Le bouleversant témoignage de A. - Italie

Bonne continuation maman...
Aujourd'hui c’est ton anniversaire, et je n'y serai pas. Un seul de tes anniversaires j’aurai vécu avec toi, j’étais en toi et j’y serais bien restée, recroquevillée à me laisser bercer par tes eaux…
Au lieu de ça, je suis ici en train d’écrire et de pleurer !


En novembre, le 9 novembre dernier (2005), je t'ai vue. Je t'ai entendue arriver, assise dans une voiture et tournée de dos, mon âme s’est dressée et a crié : "Elle est là!"… et toi tu ne savais pas que j’étais là, pour toi…

Combien de fois je t'ai dessinée en pensée. Tes yeux, tes cheveux, ton corps... Je n’imaginais pas te ressembler autant… mais toi… tu m’as dit ne pas être le coeur et les bras tendus que je cherchais, tu m’as abandonnée à nouveau, tu l’as fait une nouvelle fois. Et qui sait combien de fois dans ton fond intérieur !
Au début tu n’arrivais pas à me regarder, et tu nias, tu te souviens? Tu niais en affirmant : "Plus je la regarde, plus elle me ressemble", plus elle ressemble… à une autre femme, à une autre histoire, à une misère différente de celle du coeur, mais misère quand même.
Mes yeux ont plongé dans les tiens, mais toi, dis-moi, les as-tu sentis… descendre le long de ton corps, toujours plus bas en sanglotant jusqu'à ton ventre, jusqu'à retrouver mon nid prénatal. Et je te regardais. Mais nous étions spectatrice pour l’une et actrice pour l’autre, et puis ces paroles amères: "Je n’ai qu’une seule fille, c’est une brave fille, même si à elle je ne lui dis jamais".
Mais quel mal, oh combien… Et tu m'as laissée ainsi, en me demandant seulement : "Tu ne te trouves pas bien avec ta maman? J’aurais voulu te hurler que c’était toi ma mère, que c’est toi que j’aurais voulu pour cocon de sourires maternels, que c’étaient tes mains qui auraient dû me câliner, et maintenant, où sont-elles, où es-tu?
Le jour suivant j’ai été frapper à ta porte, deux mois à peine après avoir découvert que c’est là que j’étais née et que j’y suis restée trois mois avec mes grands-parents… Ensuite l’hôpital, puis l’orphelinat, et puis… !

Et dire que je suis venue chez toi avec deux plantes de cyclamen... sous prétexte de te prier de m’excuser pour le dérangement occasionné en pensant que c’était toi ma mère.
Mon cœur, mais le sais-tu que tu as un caractère tellement humoral qu'après avoir sonné je me suis éloignée de quelques pas par crainte de ta réaction "belliqueuse"?
"Je vous en prie, je viens en paix, je viens juste pour m’excuser!" … Et tu m'as fait entrer, en tirant la tête, comme si c’était une pénitence, comme si … je n’étais pas ta fille. Nous nous sommes assises à une table ronde, l’une en face de l’autre, et je tremblais. Tu as commencé ta petite récitation et moi la mienne... mais bon Dieu, je me demande encore aujourd'hui pourquoi je n’ai pas pleuré, pourquoi je n’ai pas laissé sortir l’ancestrale douleur, pourquoi je ne t’ai pas pris les mains, pourquoi je ne t'ai pas embrassée. Rien. Je suis restée assise, même lorsque le téléphone a sonné; ou plutôt, non. Je m'étais levée pour prendre congé – c’est ainsi qu’on dit entre étrangers ? – mais toi par contre tu m’as fait signe avec la main de m’asseoir, je t’ai regardée en faisant semblant de ne pas comprendre, je voulais que tu le répètes ce geste, cet unique geste de ta vie avec lequel tu m’as retenue. J'ai joué avec les chiens et tu regardais, j'ai essayé de regarder timidement autour de moi et tu me regardais, j’ai aperçu des portraits encadrés, certaines photos étaient en noir et blanc, d’autres en couleur, les grands-parents, l'oncle décédé, et... ma soeur.
Ma soeur, ma petite soeur, je ne peux même pas t’appeler ma sœur… Tu as presque 20 ans et tu ne sais pas que j’existe. Tu ne sais pas que dans mes prières, dans mes invocations au manteau étoilé qui me retient de faire une bêtise, il y a ton nom aussi.

Le coup de fil terminé, je me suis levée, toi tu t’es assise, et je me suis excusée à nouveau... Les larmes, ces larmes bénies qui peut-être auraient pu irriguer l’aridité de ton cœur, submergeaient ma respiration. Et tu m'as saluée. Je voulais te donner la main, seulement la main, comme tu l’avais fait le matin précédent, toi par contre, tu m’a saluée avec deux baisers, comme j’avais moi fait la veille: je t'avais doucement tirée vers moi et je t'avais embrassée pour sentir ta proximité, dans l’espoir d’entendre le battement de ton cœur frapper et donner des coups, refreiné avec peine et mis en désordre par tes pensées.
Et je suis partie, j'ai baissé la tête, et dans la rue, finalement j’ai pleuré.
Le lendemain soir, le départ étant maintenant proche, je suis venue te chercher à la sortie de la messe. Désespérée, je te cherchais, je fouillais du regard les têtes et les manteaux des gens. "Seigneur, je t’en supplie, répétais-je, demain je pars et qui sait si je pourrai jamais la revoir. Je t’en prie, fais-la moi revoir encore une fois, une fois seulement". D’un coup, je croise ton regard, je croise ton regard, cet inoubliable regard que je ne parviens pas à déchiffrer, si de stupeur de me voir tellement désemparée ou si de quelqu’un qui, aux émotions du cœur, n’a rien compris.

J'ai détaché mon regard comme quand, à l’école, on t’attrape occupée à copier et que tu fais semblant de regarder distraitement dans la direction de la feuille du devoir d’à côté.
J'ai senti tes yeux me frapper dans le dos et me dire: "Bonsoir", et je me suis retournée brusquement en te répondant avec ce "bonsoir" semblable à des mains jointes avec dedans des grains d’espoir prêts pour la semence. Tu ne t’es pas retournée, tu t’en es allée au bras de ma sœur. Tu es partie sachant que je te regardais, tandis que je répétais à mon amie, furieuse, debout à côté de moi: "quelle figure de merde, je me jetterais à la poubelle, quelle figure"… Et je riais et je pleurais, j’étais heureuse parce que, pour la quatrième fois, j’avais vu ma mère.

Le jour après, je suis repartie, et pendant le voyage, je feuilletais les images, je repensais au prêtre qui m'avait fait voir une photo de groupe où il y avait ma mère dessus, il m'avait mis une loupe en main et puis, comme si on était dans un commissariat, m’avait dit tout d’un bloc: "Trouvez-moi votre mère". Et je t'avais trouvée! Nous avons le même nez, droit, qui ressemble à une pyramide. Tu n’étais qu’un point, un petit visage lointain, et puis tu es devenue un sourire derrière une vitre au cours d’une froide soirée de novembre dans le nord-est de la Vénétie.
Les mois ont passé, et pas sous silence; j’ai toujours des contacts avec les personnes qui m'ont aidée à te retrouver. Le prêtre et sa loupe, les gérants de l'hôtel qui pleurent encore pour l’issue de l'événement et qui dans ma vie sont comme deux frères, les "tantes", deux dames qui m’adorent et que, lorsque je les entends, me répètent toujours: "Tu ne dois pas penser à elle, tu ne dois pas avoir mal, promets-nous de ne plus y penser, laisse faire à Dieu".
Ma soeur, dont je n'ai même pas pu voir le visage, et puis toi… toi, et encore toi qui es la déchirure de mon âme et le rêve de mon coeur. Ce stupide petit coeur qui se promène dans les rues de ce village du sud des Pouilles où je vis et qui me pousse à parler toute seule aux étoiles, à la lune et aux nuages, qui, comme ce soir, ressemblaient à un berceau se balançant dans le ciel, de même que le vent faisait se balancer ma nostalgie de toi.

Bonne chance maman, mon cadeau est le respect que je veux et que je dois à ta volonté de ne pas être ma mère, mais ce soir, je t'en prie, fais-toi un cadeau: pense à moi…
Je t’aime.

P.S. Parfois les voyages commencent avec un espoir qui fait briller les yeux d'attente et puis ils finissent avec une douleur qui fait passer l’envie de vivre. Je vous ai raconté mon histoire, d’une façon inhabituelle, peut-être, et je m’en excuse... Mais c’est ainsi que je l’ai vécue et que je la vis toujours, dans la souffrance. Je ne sais pas quoi faire, si essayer de l’approcher encore, si prendre le téléphone et l’appeler juste pour lui dire: "Bonjour, vous vous souvenez de moi, je ne voulais pas vous déranger", ou alors quoi d’autre… Aidez-moi, conseillez-moi, et si cela vous va, réconfortez-moi.

La suite se trouve dans l'article intitulé:



Par Michaeliss - Publié dans : www.adoptionetmaternite
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Texte libre



« Les histoires des enfants abandonnés n'ont pas toujours le même déroulement  heureux (la maman qui revient, comme dans les fables), parce que, souvent, les mères s'en restent au loin et ne reviennent jamais plus en arrière. Soit elles souffrent comme des bêtes et se traînent alors dans une vie de remords. Ou bien elles effacent cette douleur, elles la rayent de leur vie et en recommencent une nouvelle, là où il ne s'est rien  passé, là où cette histoire n'a jamais eu lieu.»

Extrait de l'article « Elle avait abandonné son nouveau-né » - LA STAMPA – 9/11/2003



Tomber enceinte, c'est l'affaire de quelques secondes.
Décider d'avorter ou non, c'est l'affaire de quelques semaines.
Se préparer à devenir mère, c'est l'affaire de quelques mois.
Accoucher d'un enfant, c'est l'affaire de quelques heures.
L'élever, c'est l'affaire de toute une vie...

Et quand les rêves s'évanouissent? Quand 
«les joies de la maternité» se transforment en fardeau, voire même en enfer ??



www.maman-blues.org

Lire mon autre témoignage à ce sujet dans l'article intitulé:
"Faut-il accoucher pour être mère?"...


MON HISTOIRE 4

Octobre 2004
– Bien que n’ayant jamais cessé, de près ou de loin et, comme tout le monde, avec des hauts et des bas, de suivre l’évolution du combat des adoptés italiens pour le DROIT AUX ORIGINES, je décide, par solidarité avec eux, de repartir à l’attaque, de relancer le débat.  

Mon but premier ?
Voir «enfin» d’autres mères de naissance apparaître et prendre la parole sur le Web italien!
En effet, je ne comprends pas… Moi qui suis la moins maternelle de toutes, qui ne suis pas en souffrance, moi qui ai «oublié» mon enfant, du moins dans mon cœur, et qui ne me traîne pas dans une vie de regrets ou de remords, moi qui ne me sens «coupable» de rien, sinon d’avoir donné la vie à un être humain pour ensuite l’abandonner (je n’ai pas avorté par lâcheté, mais si la pilule du lendemain avait existé, je n’aurais probablement pas hésité longtemps), comment se fait-il que moi, mère indigne, je sois après 5 ans d’appels et d’attente, toujours la seule et unique mère naturelle à oser s’exprimer, à raconter, à réclamer un DROIT DE SAVOIR OÙ EST MA FILLE avant que «ne sonne le glas» ?? !
Il y a à tout cela un tel non sens, quelque chose qui m'échappe...


Je mets donc en ligne un site Internet bilingue français-italien. Forte de ma bonne connaissance des deux langues, je m’associe avec le site italien Astro Nascente auquel je propose de calquer le combat sur celui de la France, où une association de Mères dites «de l’Ombre» existe depuis plusieurs années déjà, en lui expliquant que le versant «mères» était le maillon fort de la chaîne, les mères détenant la vérité et tout le secret d’une naissance, que ABSOLUMENT TOUT partait d’elles et que ce combat ne prendrait réellement du poids qu’au travers d’elles. Et que seule une prise de conscience de leur part permettrait d’avancer.

Novembre 2004 – 15 jours avant la date anniversaire de ma fille (18/11/1982), l’inspiration me vient soudainement, et en un quart d’heure je rédige quelques lignes sous forme de «Lette ouverte à ma fille» que j’envoie aussitôt par mail et par lettre à la rédaction du quotidien italien «Il Secolo XIX» de Gênes, région où ma fille aurait été adoptée.

«Le hasard» (??) veut que ma lettre tombe dans les mains d’un journaliste qui semblait être concerné «de très, très, près par l’adoption» (j’ignore à quel titre, mais je peux m‘en douter…), et qui, 10 jours après, me sort un article d’une demi page, déballant à sa façon une bonne partie de ma vie.
 
Le vrai départ était donné, je ne pouvais plus faire marche arrière, il m’avait peaufiné une bonne carte de visite, je ne pouvais pas laisser passer l’occasion. Quelques jours après, je suis contactée par la chaîne TV nationale italienne RAI2 qui veut «m’aider à retrouver ma fille» sous condition que je participe à Noël ou à Nouvel An à une de leurs très populaires émissions… Ce que, pour plusieurs raisons, notamment de santé, je dois (et je mentirais si je disais «malheureusement») refuser.
En fait, je crois que la journaliste s’attendait à se trouver en face d’une «maman en sanglots prête à tout pour retrouver son enfant»… Elle était plutôt mal tombée… Non, décidemment, tous me prenaient au dépourvu, tout allait trop vite, je n’étais pas prête, ni à affronter une caméra que déjà je déteste, et encore moins un public italien qui, rien qu’à prononcer le mot «maman», se met déjà à pleurer !

Octobre 2005 – Après 3 ans de traitement par vaccin (tous les mois la 1ère année, toutes les 6 semaines la 2ème, tous les 3 mois la 3ème), je suis en rémission complète. Mes 35 nodules sous la peau ont disparu, la science et mon moral ont réussi à me stabiliser…
Les médecins eux-mêmes n’en reviennent pas. «Vous ne finirez jamais de nous étonner» me disent-ils à chaque fois qu’ils me rencontrent dans les couloirs.
C'est vrai que je reviens de loin, oui, mais, pour combien de temps encore… ?

Insidieusement cependant, les effets secondaires ont fait des ravages. Mes forces et mes énergies diminuent d’année en année, la fatigue chronique est devenue le nouvel ennemi à combattre, mais - oh cercle vicieux ! - contre lequel je ne trouve plus la force de lutter, par manque d'énergie…
 
Fort heureusement, tous mes plaisirs, toutes mes passions sont chez moi, dont une bonne partie sur mon PC, ce petit bijou de technologie qui réunit des personnes d’un extrême à l’autre de la planète.
Désormais mon bonheur à moi est dans la liberté absolue, le silence et l’isolement. La solitude m’accompagne depuis le berceau, il m’aura fallu 50 ans pour apprendre à l’apprivoiser d’abord, à l’aimer ensuite: je me retiens donc maintenant une femme comblée, et après tout ce que j’ai passé, aussi terriblement chanceuse!
Car, oui, j’ai la chance d’avoir encore mes 2 jambes et mes 2 bras valides, d’avoir un petit emploi et un petit 28 M2 où vivre et me réfugier en paix, d’avoir encore mes 2 yeux pour voir, mes 2 oreilles pour entendre, et un esprit encore suffisamment lucide que pour pouvoir lire et écrire et exprimer toutes les choses que j'ai encore à dire.

Mais de quoi les adoptés se plaignent-ils donc toujours? N’y a-t-il pas une «limite» à leurs plaintes ou gémissements à respecter ? Je peux comprendre, soutenir, adhérer et compatir pleinement à la «blessure primitive» et à cette exigence profonde (pour certains d’entre eux) de vouloir connaître ses origines (à condition toutefois que cela ne rime pas avec «maman»), je peux me ranger aux côtés de ceux qui militent pour l’obtention de ce DROIT FONDAMENTAL de l’homme, mais je ne peux accepter l’obsession, les excès (ni «d’amour», ni de haine), le stade du mur des lamentations, de la «persécution» ou de la hargne contre les adoptants ou les institutions de l’État tels qu’on peut les trouver en certains endroits.

« OUI à l’adoption, NON au secret ! ». Nul n’est à l’abri d’un échec social ou familial, et ce n’est pas dans les familles adoptives que l’on retrouve les pires cas de maltraitance sur l’enfant, mais bien dans les familles biologiques.
 
Et les mères dans tout cela?
Pour moi la réponse est purement et simplement dans ces quelques lignes, claires et concises, écrites par un journaliste italien dans son article intitulé « Elle avait abandonné son nouveau-né » (LA STAMPA – 9/11/2003) - VOIR  PLUS HAUT -

Quant à la «bonne recette pour l’apaisement» des personnes adoptées, c’est sans doute au travers de ce témoignage d’un jeune adopté italien de 19 ans, actuellement en quête de ses origines, que j’ai pu trouver une des meilleures réponse à donner:

« L’important, c’est de SAVOIR. Ton histoire était déjà écrite, et tu sais où elle t’a menée, c’est juste que tu ne la connais pas: alors, découvre-la et puis, mets-la de côté ! »


Et entre Novembre 2004 et Novembre 2005, que s’est-il passé ?

Décembre 2004 - Je me place «en observation»: pendant des mois je découvre et je lis des témoignages de mères, d’adoptés (ou non) et d’adoptants français, je m’instruis, et je reste surtout la première étonnée devant ces histoires de mères victimes et dépossédées de leurs enfant, je n’imaginais même pas que de telles situations puissent exister!
Avec mon petit caractère, à leur place, tôt ou tard, je me serais probablement rebellée aussi… (bien que, pas sûr, j’aurais sans doute «cicatrisé» très vite…), mais certainement pas en m’entremettant dans la vie de mon enfant avant sa majorité, cette façon de faire me choque profondément! Je ne peux concevoir ce manque de respect envers la famille adoptive, sans compter le risque de nouvelle déstabilisation d’un enfant adolescent que l’on court.

Car, quelles qu’aient été les circonstances de l’abandon, à moins d’avoir subi un viol ou un inceste, la mère a quand même consenti à un rapport sexuel, et a donc toujours sa part de tort et de responsabilité à assumer.
 
Et puis, quel est le pourcentage de femmes dans leur cas? S’agit-il d’une petite minorité…, la grande majorité des femmes ayant, tout comme moi, depuis longtemps oublié et tourné la page? Où suis-je moi l’exception, l’extra-terrestre, la seule inhumaine au cœur de pierre??
Heureusement que l’actualité, les forum de discussion, les chiffres officiels publiés dans divers pays et les statistiques sont là pour me répondre et me rassurer!

Mais où sont donc toutes ces mères et ces enfants remplis d’émotion qui se tombent dans les bras l’un de l’autre au moment des retrouvailles?! Pourquoi la majorité des mères «s’enfuient-elles» lorsqu’elles sont retrouvées? Pourquoi faut-il déployer tant d’efforts de «médiation» et de moyens pour qu’une mère accepte de lever le secret sur son identité ou même simplement de se montrer? Ah, que c’est beau «l’immense et éternel amour maternel»!
Aujourd’hui plus que jamais, je reste donc convaincue que ce sont bien les mères au cœur déchiré qui forment l’exception. Et si vous parvenez un jour à me prouver le contraire, et bien, ce sera TANT MIEUX,  car ce sera alors le premier VRAI  grand pas vers la Victoire pour le droit aux origines !

Je m’étonne également de cette sorte de «discrimination» qui est souvent faite entre mères ayant reconnu (mais abandonné tout de même !) leur enfant, et mères ayant «accouché sous X» que l’on retrouve sur certains sites, tant français qu’italiens…
Pour celles qui souffrent, leur souffrance est-elle donc tellement différente ? N’est-il pas encore plus cruel et plus douloureux pour une mère qui tient à ses enfants de se les voir «enlever» après les avoir connus et élevés pendant plusieurs mois, parfois plusieurs années, plutôt que de se voir retirer un enfant qu’on a à peine ou même jamais entrevu à la naissance? Les femmes ayant accouché sous X ont-elles l’exclusivité du malheur et de la souffrance?
Et ce n’est pas parce qu’une femme a reconnu son enfant qu’on lui octroie le droit de le retrouver! 
Un enfant/adolescent/adulte ne recherche-t-il pas avant toute chose sa mère «biologique»? Ou bien à l’avenir devra-t-il aussi d'abord se préoccuper que sa mère ait bien accouché dans le plus strict anonymat sous peine de se voir «exclu du clan»? !
Bizarrement d'ailleurs, parmi les quelques rares mères ayant timidement osé «sortir de l’ombre» sur les forums italiens, 2 sur 3 sont des mères ayant reconnu leurs enfants. Tiens, tiens, seraient-elles plus aimantes, plus en souffrance, ou plus maternelles que les autres?!

LE MOT DE LA FIN...

Voilà pourquoi, bien que membre du bureau et solidaire de deux associations représentatives du combat pour DROIT AUX ORIGNES, et bien que souhaitant de tout cœur que ces adultes en recherche trouvent la maman (ou l'enfant) dont ils rêvent, je ne peux toutefois que continuer mon chemin et mon exploration toute seule, sous peine de blesser des tas de personnes dont, même avec la meilleure volonté du monde, je ne parviens pas à partager les sentiments.  

Pour ce qui est de la France, «l’accouchement sous X» n’est pas mon combat, le DROIT AUX ORIGINES, oui. Certains ont bien compris la nuance, d’autres pas. Pas grave, les premiers grandissent, les autres ternissent: bon vent à ces derniers.

Pour ce qui est de l’Italie, le gouvernement ayant, depuis juillet 2005, lancé une immense campagne de sensibilisation visant à faire connaître et à «promouvoir» l’accouchement anonyme, et vu la foule de réactions que cette annonce a suscité sur les adoptés – 0 sur près de 600 inscrits, tous «leaders» compris ! – il apparaît désormais plus qu’évident que la bataille est perdue d’avance, si elle a même jamais commencé !

La seule et unique qui ait réagit, c’est une mère «d’Origine», indigne, ayant reconnu son enfant, non maternelle et non en souffrance, et qui plus est, malade et étrangère… Allez donc y comprendre quelque chose…
Donc, côté italien, nous continuerons dorénavant à nous échanger de gentils petits messages de consolation… et à nourrir des tas de fausses espérances dans le cœur de centaines de personnes…

Mais, sur au moins un point, nous sommes je crois TOUS bien d’accord:
Oui, « l’accouchement sous X »  a encore de très beaux jours devant lui !




« L'idée d’avoir été abandonné(e) provoque de la souffrance, il est inutile de le nier. Chacun surmonte cela à sa façon, il y a ceux qui choisissent le détachement et ceux qui par contre veulent rencontrer leurs parents au moins une fois.
C’est aussi naturel que boire un verre d'eau.»
Journal Terredimezzo – Décembre 2004 - Italie



DROIT AUX ORIGINES

 POURQUOI CHERCHER?


Pour régler ses comptes avec le passé

Pour prévenir les maladies génétiques

Pour dire: « Oui, maintenant JE SAIS, et c'était
MON DROIT! »



10 novembre 2005 – Le témoignage de A… (Italie)

 
 

« J’ai depuis peu connu ma mère naturelle. Pour moi cela a été important même si cela n’a pas été la classique fable au grand beau final.

Cela a quand même été une expérience profonde qui m’a énormément changé. J’ai rempli beaucoup de vides que je portais en moi depuis 18 ans (j’en ai 30). Des choses qui peuvent sembler banales, pour moi, ont été une découverte: j’ai les yeux de ma mère, et aussi son sale caractère -:)) »…



 

 MAIS L’HISTOIRE NE S’ARRÊTE PAS LÀ POUR AUTANT…


NOVEMBRE 2005

 Un mois chargé d’émotions… de toutes sortes. 

18 novembre, date d’anniversaire de ma fille qui fêtera, joyeusement ou tristement (?) ses 23 ans, un événement incroyable se produit: j’aurais peut-être réuni un frère et une sœur, de la France à l’Italie. Nouveau miracle de la vie? Mais pourquoi juste en ces jours-ci, alors que l’annonce du frère était sur nos fichiers italiens depuis presque deux ans ?!! Quelle force mystérieuse m’a poussée à me pencher «soudainement» à nouveau sur ce cas que j’avais pris particulièrement à cœur il y a quelques mois?

 19 novembre, ce frère italien «retrouvé» fête aujourd'hui ses 32 ans, en larmes, après la découverte de sa supposée histoire que je viens de lui révéler. A l’autre bout du fil, en France, une sœur pleure de joie… 

22 novembre, c’est le nouveau verdict qui tombe: l’heure de la récidive tellement attendue et redoutée a sonné. Le cancer s’est propagé à la rate. Ma 6ème opération chirurgicale se prépare donc.

9 décembre, la sensation d'un destin qui devait s'accomplir s'accroît comme jamais auparavant: ce soir le téléphone a sonné... pour m'annoncer... que l'on avait retrouvé ma fille !  Pour l'instant, dans mon coeur et dans mon esprit, toujours aussi peu d'émotion, juste beaucoup d'appréhension pour le nouveau drame que cela pourrait déclencher dans la vie de cette jeune fille...  qui a cessé d'être ma fille depuis une éternité...



Vendu gratuitement sur le net

Un site d'enchères en ligne néerlandais (www.marktplaats.nl, l'équivalent batave d'eBay, situé à Emmeloord) a retiré mardi soir une annonce dans laquelle une mère se proposait de donner gratuitement son fils d'un an.
« Il n'a pas de maladie et je le donne parce que j'ai tant de soucis en tête et que je ne suis pas très bonne pour m'occuper des enfanst »,
selon le texte qui accompagne l'annonce.
L'auteur(e) se prétend être une mère de quatre enfants, victime du stress.
www.lesoir.be du 11 janvier 2006



PARLONS  "STATISTIQUES"...

16 décembre 2005 - Journal "Le Quotidien"

Région Saguenay/Lac-Saint-Jean (Québec-CA)

Voilà ce que démontrent les statistiques compilées par la directrice régionale du Mouvement Retrouvailles, Denise Boudreau. En ce moment, elle compte 700 dossiers ouverts dans la région.

De ce nombre,

12 % sont des dossiers de mères qui recherchent,

30 % ont été initiés par des hommes adoptés,

58 % par des femmes à la recherche de leur mère.



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QUI SUIS-JE ?

Une «mère», tout à fait indigne de ce nom, qui, il y a maintenant 23 ans de cela, a mis au monde (en Italie) une petite fille... alors qu'elle n'aurait jamais dû le faire.

Dans la situation où je me trouvais, pratiquement sans famille, sans travail et sans aucun diplôme pour pouvoir un jour décrocher un boulot stable, habitant isolée en campagne et sans plus de voiture, sans argent et endettée jusqu'au cou à cause d'un petit flat qui était "bien à moi" mais qui n'était payé qu'à moitié, c'était de la folie pure. 

Pas maternelle pour un sou, et n'ayant jamais désiré ni me marier ni avoir des enfants, je décidai toutefois de ne pas avorter, non pas par "moralité" ou par conviction religieuse, mais tout simplement par lâcheté, parce que j'avais une peur bleue de l'intervention et de me retrouver toute seule dans un hôpital pour accomplir ce terrible geste. Une étincelle d'instinct maternel s'était aussi réveillée en moi, et j'avais fini par désirer fortement cet enfant.

Mon "rêve" s'exauça: je voulais une petite fille, j'eus une petite fille... Et après avoir traversé mes mois de grossesse dans l'isolement total et dans une misère noire, je me retroussai les manches pour affronter du mieux possible les années de galère qui s'annonçaient devant moi…



Pourquoi est-il si difficile de faire «sortir de l'ombre» des mères (ou des pères) «biologiques» ayant, par le passé, abandonné ou donné en adoption un enfant ?

Tout être humain a LE DROIT de connaître ses racines, l’histoire de sa naissance.

Les enfants (devenus adultes) adoptés se regroupent par centaines partout dans le monde pour tenter de retrouver leur mère naturelle, mais ces parents «d'origine», eux, continuent de faire la sourde oreille...


Depuis 6 ans, j'essaie de comprendre POURQUOI ?

Donc, mères ou pères de naissance, si le sujet vous intéresse, contactez-moi

(Lien "contact" tout en bas de la page).  Merci.




« Aujourd'hui, comme hier, malgré la grossesse, des dizaines de milliers d'enfants sont abandonnés et maltraités. Par ailleurs, le fait que l'enfant coûte parfois tant, physiquement et moralement, à la mère, n'est pas sans répercussions négatives. Certaines femmes détestent leur enfant pour cela. Vous voyez, ce n'est pas simple.»
(Henri Atlan)



En 2000, 3.393 bébés de moins d'un an sont morts en France. Les trois quarts de ces morts relèvent de deux causes: le «syndrome du bébé secoué» et la mort à la naissance par asphyxie, noyade ou abandon sans soins… Toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées.
Rapport Inserm 2005


 
«Quelque 2.000 enfants démunis souffrent de ne pouvoir s'accrocher à aucun foyer déterminé. Pour prendre la véritable mesure du phénomène, il suffit de rappeler qu'il y a quelque 15 000 enfants «placés» par année au Québec...»

Les dilemmes de la protection de la jeunesse

L'adoption est-elle la meilleure solution ?


«Il faut abandonner cette espèce de droit biologique des parents dits naturels... On n'en a rien à foutre d'un parent qui a mis au monde un enfant et qui ne s'en occupe pas. Il faut passer à une nouvelle modernité contemporaine de la famille!»

(Dr J.-Fr. Chicoine de l'Hôpital Sainte-Justine - Québec)
Source: www.ledevoir.com

«Jusqu'à quand laisser à des parents biologiques la tâche de prouver qu'ils peuvent être des parents ?»

Tout le dossier sur S-O-S-AbbandonoeAdozione



MON HISTOIRE 3

Parallèlement cependant, une autre vie, «virtuelle» cette fois, allait lentement se développer. L’Internet allait m’ouvrir de nouvelles portes...

Août 1997 (J’ai 48 ans)- Le diagnostic tombe: mélanome malin, stade avancé.  Pour la première fois de ma vie, je me vois contrainte et forcée de me faire prendre en charge par l’État, belge, cette fois, le destin m’ayant étrangement «poussée» à regagner ma ville natale (Bruxelles).
Je ne réalise absolument pas le danger que je cours, et je me retrousse les manches. Bien que «minimexée» (équivalent du RMI en France), je parviens à m’acheter un tout vieil ordinateur d’occasion et à m’inscrire à une formation sociale pour faire mes premiers pas en informatique.
Déterminée à vouloir m’en sortir à tout prix, je commence tout doucement et péniblement à remonter, «une nouvelle fois» la pente.

Février 2000 – J’ai enfin pu m’acheter un «vrai» ordinateur relié à l’Internet, et je me demande ce que je vais en faire, ce que je suis venue y chercher. Quelle recherche faire, de quoi…?  Ou si…? Peut-être, plutôt, «QUI» rechercher ?? !

Car, instinctivement, la première pensée qui me traversa alors l’esprit fut: «Et si j’essayais de lancer un appel pour retrouver ma fille?».
Mon tout premier mot-clé rentré dans un moteur de recherche fut: « ADOPTION ». Et, quelques jours après, mon tout premier message: «Je recherche ma fille, née le…».

Je me fais immédiatement «récupérer» par une jeune fille qui me redirige vers un groupe de discussion italien intitulé «Enfants adoptés et Parents naturels». Je place également une annonce sur le registre d’un autre site de recherches en ligne, appelé ASTRO NASCENTE.

Mars 2000 – Je découvre les premiers témoignages des enfants adoptés en quête de leurs  origines. Leurs cœurs se gonflent d’espoir car je suis la toute première «maman» à apparaître sur leur site. Je raconte mon histoire, je découvre «leurs vides», leur chagrin, la profondeur de leur blessure, que, bien sûr, je comprends (cela me paraît évident que grande souffrance il y a lorsqu’on est abandonné par sa mère). Mais je découvre aussi des réactions qui me laissent terriblement perplexe : sens de culpabilité (comment un enfant peut-il se sentir responsable du geste de sa mère?), rancœur, haine parfois, ou, au contraire, messages d’amour à leur «vraie maman» (comment est-il possible d’éprouver de «l’amour» pour une personne qu’on n’a jamais vu ni connu dans sa vie?), sacralité des liens du sang, des «9 mois passés ensemble», recherches qui tournent à l’obsession…

Et là je ne comprends plus du tout... N’y a-t-il pas un stade où il faut pouvoir se résigner, tourner la page, se rendre compte de la chance qu’on a d’avoir pu être adopté et sauvé d’une vie misérable?
Toutes ces personnes qui écrivent aujourd’hui derrière un PC ont une vie normale, une famille, un foyer, un(e) conjoint(e), des enfants, un travail, une voiture, une seconde résidence à la mer ou à la montagne, des vacances une ou deux fois par an, de quoi donc se plaignent-elles?
Bien sûr que l’argent ne fait pas le bonheur...Quand on ne s’est jamais retrouvé à la rue, sans travail et sans PERSONNE à qui demander de l’aide, quand on n’a jamais manqué de rien c’est tellement facile à dire!

Août 2000Première récidive, le premier ganglion est atteint. 2ème intervention chirurgicale,  nettement plus lourde cette fois. Mais je n’ai toujours pas pris réellement conscience du danger et de la rapidité avec laquelle la maladie peut de propager. Je reste confiante.

Mai 2001 -  Un bref séjour en Italie. J’y rencontre 3 personnes adoptées italiennes: j’ai devant moi des personnes équilibrées, heureuses, épanouies. Je n’ose pas leur dire que jamais je n’ai pensé à ma fille le jour de son anniversaire, que je ne pleure plus sur cet épisode du passé, que je ne souffre pas le moins du monde de cette séparation forcée de ma fille, que «ce qui est fait est fait» et que se ronger intérieurement ne sert à rien sinon à se faire du mal à soi-même...

Je me rends vite compte qu’un mur nous sépare, et que mes paroles pour eux sont dures à entendre. Je me dis toutefois que si tant d’enfants adoptés souffrent en silence de leur abandon, ma fille doit sûrement en souffrir aussi, et que bientôt, tout comme moi, par le biais de l’Internet, elle aussi se mettra à ma recherche, qu’elle voudra sûrement me connaître, savoir les raisons qui m’ont contrainte à ce geste, connaître son histoire, ses origines, savoir qui est son père… Car, j’estime que c'est SON DROIT le plus strict et qu’il est de MON DEVOIR de lui laisser «au moins cela» avant de m’en aller pour toujours.

Mais cette prise de conscience de ma part n’est survenue que grâce à l’apparition de l’Internet dans ma vie au quotidien. Sans cela, jamais je n’aurais songé à entamer une recherche. L’adoption étant un acte irréversible, je pensais en toute sincérité et ingénuité qu’il en allait de même pour l’enfant, que passés les premiers traumatismes du changement, il faisait le deuil de son abandon, et que la sérénité prenait finalement le dessus sur la tristesse.

… Plus de 5 ans ont passé depuis mon premier appel à ma fille. Je l’attends toujours, par le biais de la magie du Web, mais je n’ai toujours pas effectué la moindre recherche active, je n’en ressens pas le besoin, et surtout, je ne m’en sens pas le droit ni vis-à-vis d’elle, ni vis-à-vis de ses parents adoptifs.

D’ailleurs, aux mamans qui, sur les forums italiens, recherchent désespérément leur enfant, je réponds toujours:

« Mais ce sera quand même toujours à ton enfant, et à personne d’autre, de décider s’il voudra ou non t’accepter dans son coeur. Petit, il n’a pas pu choisir, maintenant qu’il est grand, pouvoir choisir, c’est SON droit. »

Pour ma part j’ai cessé d’être mère le jour où j’ai, avec au moment même un immense chagrin, laissé ma fille à d’autres, où j’ai renoncé à assumer plus longtemps mes responsabilités. Pour moi, la vraie mère est celle avec qui on a tissé des liens d’amour et d’affection tout au long d’une vie, et non pas celle qui a accouché.

(Ai-je répondu à vos attentes chère Madame Luisa Forti ?)

VOIR PAGE D'ACCUEIL: lettre ouverte à ma fille du 17 novembre 2004




Ni la grossesse ni l’accouchement ne sont pour moi des souvenirs heureux, loin de là… Je les ai donc, avec tout le reste, rapidement effacés de ma mémoire.

Maintenant, tout ceci ne veut pas forcément dire que «SI» un jour je devais la retrouver, je ne craquerais pas… Peut-être ce jour-là toute la déchirure du passé remontera-t-elle à la surface?
Je l’ignore, j’ignore complètement quelle sera ma réaction face à elle. Sans doute cela dépendra-t-il aussi fortement de sa propre réaction et situation... Heureuse ? Malheureuse ?

Une chose est certaine: la rancœur, les méchancetés ou les reproches seront très mal reçus, elle a intérêt à ne pas me braquer, car à s’en prendre plein la figure, hélas, ce sera elle, pas moi...
Après tant d’années de d'observation et de réflexion à ce sujet, j’en suis d’ailleurs encore et toujours au stade de me demander s’il ne vaudrait pas mieux qu’elle ne cherche jamais à me connaître ni à
«savoir» la vérité... Car, TOUTES les vérités sont-elles bonnes à dire et à entendre ? Malgré les centaines de témoignagnes que j'ai pu lire sur de multiples forum, j'en doute toujours, et même très fortement...

Il est évident que seule une profonde maturité et une grande ouverture d’esprit de sa part pourront éventuellement rétablir une relation mère-fille entre nous. Et que pour moi, au plus les années passent, au mieux c’est.

Septembre 2001Deuxième récidive. Le foie est atteint. Là, enfin, je réalise… Le ciel me tombe sur la tête. Je me vois morte et enterrée endéans les 6 mois, la panique s’empare de moi…

C’est terrible de n’avoir personne à qui laisser les choses qu’on aime, les quelques rares souvenirs de famille, de ne même pas pouvoir faire un testament parce qu’on ne sait pas à qui léguer quoi… C’est à ce moment-là que je me rends compte combien il serait important pour moi aussi de pouvoir transmettre un quelque chose, un reste de moi à ma fille…

Les médecins tentent quand même l’opération, et me sauvent provisoirement la vie. Un anti-dépresseur me sauve le moral. Je dévore à nouveau la vie à pleines dents, je me replonge corps et âme dans le travail, mes collègues sont chouettes, cela m’aide beaucoup.
 
Comme pour l’abandon de ma fille, oublier son mal, ne pas y penser, c'est le meilleur moyen d’y remédier.
Paradoxalement pourtant, le seule douleur qui, chez moi, même 20 ans après, «ne passe pas», c’est la mort de ma mère… Jamais je n’oublierai cet écrasant sentiment «d’abandon total» que j’ai éprouvé à ce moment-là…  Mais sans doute aussi, parce qu’à 33 ans, plus personne n’était là pour m’adopter...
Comme quoi on peut ne pas partager du tout les mêmes émotions «d’enfant à mère» que «de mère à enfant»… Et que «l’illusion d’une réciprocité» peut par conséquent faire beaucoup de mal...

Janvier 2002 – On tente un nouveau vaccin censé bloquer le développement des métastases. Je sers de cobaye, je suis dans le «premier groupe». Bilan de santé tous les 2 mois, je passe la moitié de mon temps dans les hôpitaux. Les examens, l’angoisse des résultats…
Comme pour toute chose, abandon compris, «seul qui est passé par là peut comprendre»…

Mais le traitement échoue.

Mai 2002Troisième récidive. Les  yeux sont atteints, une métastase dans chaque œil… On me prépare déjà à devoir perdre la vue, on me parle déjà de «prothèses»…  Je m’imagine déjà… Seule au monde, sans personne pour m’aider, aveugle, en mutuelle avec 600 € par mois pour survivre, clouée toute la journée dans un fauteuil sans pouvoir rien faire sinon à attendre de mourir, lentement mais sûrement, de mon cancer…

Etrangement pourtant, je ne panique pas, je n’y crois pas, je me dis que ce n’est pas possible qu’une chose pareille m’arrive…

Et effectivement, le miracle se produit à nouveau: un chirurgien extraordinaire accomplit un véritable exploit médical, il parvient à me sauver les 2 yeux, même si pour lire et écrire un des deux est dorénavant à moitié condamné. Mon cas est d’ailleurs cité lors d’un congrès scientifique d’ophtalmologie.

Septembre 2002 -  Le répit aura été de courte durée. Tout mon corps s’est rempli progressivement de métastases sous-cutanées, des «boules» sous la peau de toutes les dimensions me sortent de partout, de la tête aux pieds, parfois 6 en l’espace d’une nuit… Après 13 biopsies pour enlever les premières, la chimiothérapie s’avère cette fois inévitable, «ça urge» même…

Mais l’anti-dépresseur fait toujours son effet. J’affronte cela haut la main, avec un moral de plomb; entre un cycle et l’autre je trouve même la force d’aller travailler un peu. Trois semaines après mon 3ème cycle, je reprends le travail à plein temps.

Je réclame aussitôt un nouveau vaccin, car étant un sujet désormais «hors protocole» (vu que l’invasion métastatique avait commencé), il ne pouvait plus m’être attribué qu’à titre «compassionnel», dit humanitaire.
Je me retrouve alors à nouveau dans «un groupe de tête », ce vaccin n’ayant jamais été expérimenté sur quelqu’un à un stade avancé comme le mien…


SUITE DANS LA COLONNE DE GAUCHE...




15 décembre 2005 – Italie –  Quotidien "Il Messaggero"

http://ilmessaggero.caltanet.it

 

UNE SOMALIENNE REJETTE SA FILLE, FRUIT D'UNE VIOLENCE

Elle s’en est occupée pendant 10 longs mois, mois durant lesquels elle a mûri son choix d'abandonner sa petite fille conçue sous la contrainte. Et elle lui a dit adieu.

Ainsi une jeune et belle somalienne de 19 ans a motivé hier soir sa décision de renoncer à sa fille. Accompagnée de sa soeur et d'une amie italienne, elle s'est présentée au Tribunal des Mineurs. "Je ne la veux plus, je ne l'aime pas. Je veux la donner en adoption", a-t-elle expliqué.

Une brigade du commissaire Castro Pretorio est aussitôt arrivée sur place, les agents ont essayé de la faire raisonner, mais il n'y a rien eu à faire.




PRESSE ITALIENNE

Traduction française de l’article paru en septembre 2005 sur le journal La Repubblica

  
LES GRANDS TITRES
 

La proposition arrive après les faits récents de nouveau-nés tués et jetés dans un conteneur d’immondices, 3 cas en quelques jours.

 

Des «fenêtres à bébés» déjà ouvertes à l’étranger

Le Président (de l’institut) des Innoncents (situé à Florence) : "Nous ne pouvons pas rester les yeux fermés"

 
300 les abandonnés

Sur base des données de la Commission pour l’Égalité des chances, 300 nouveau-nés sont retrouvés chaque année, « morts ou vifs »

 

+ 10% l'augmentation

En 2002, on dénombre une augmentation des abandons de 10% en 5 ans. La Sicile, suivie de la Lombardie, détient le record.    

 


UN PEU D’HISTOIRE


Les lieux
Depuis l'antiquité existent des lieux où abandonner les nouveau-nés. Dans la Rome antique, au pied de la « colonne lactaria » (*)

« La roue »
Faite «à mesure de nouveau-né» pour éviter l'abandon d'enfants plus grands, elle apparaît dans les années 500

Les enfants trouvés
Les noms inventés pour les enfants trouvés rappellent leur origine. Innocenti se rapporte à la Toscane, Proietti à Rome, Esposti à Naples.

Les années 700
Des pics d'abandons ont eu lieu dans les années 700, parallèlement à la révolution industrielle et à l'entrée des femmes dans le monde du travail.

L'abolition
L'adieu à « la roue » date de 1875. Récemment, dans plusieurs pays européens, des « portiques appropriés » ont fait leur apparition à l’extérieur des hôpitaux



(*) Située dans les catacombes romaines, près de l’actuel Théâtre de Marcello, et où l’on trouve un grand nombre de tombes d’enfants




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le 14 décembre 2005.


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