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Dimanche 26 février 2006
23 février 2006

Enfance- BRÉSIL
Enfants abandonnés, enfants de l'indifférence

Mario Osava

RIO DE JANEIRO (IPS) - Une réalité familiale dépourvue d'affection, faite de mauvais traitements et même de violence précède généralement l'abandon des nouveau-nés, un phénomène plutôt fréquent au Brésil, là où, au cours de ces dernières semaines, quelques épisodes tragiques ont eu une vaste résonance.

Contrairement à l'opinion commune selon laquelle la pauvreté serait à l’origine d’un tel geste, une étude de l'Université fédérale de Paraná a révélé que les mères qui abandonnent leurs enfants le font surtout "parce qu’ayant développé d’autres valeurs dans un passé de négligence familiale", comme le confirme Lydie Dobrianskij Weber, professeur de psychologie et coordinatrice de la recherche.

L'événement a suscité un intérêt particulier après le 28 janvier, lorsque, de la lagune Pampulha, à Belo Horizonte, capitale de l'Etat sud-occidental de Minas Gerais, a été repêchée vivante une petite fille de deux mois, jetée dans l’eau dans un sac en plastique. Un morceau de bois attaché au sachet lui a permis de flotter jusqu’à ce que quelques personnes, s'apercevant des gémissements initialement pris pour des miaulements, ne la trouvent et ne la sauvent.

Cet évènement surprenant a été repris sur une vidéo tournée par un des «sauveurs», et la nouvelle, transmise à la télévision, a provoqué un impact encore plus fort, soulevant une vague d'indignation nationale contre la mère, arrêtée pour tentative d’homicide, alors que des centaines de personnes exprimaient le désir d'adopter l'enfant.

Dans les jours qui suivirent, telle une épidémie, d’autres cas de nouveau-nés abandonnés ou morts firent leur apparition. Une enfant à peine née laissée sur le parvis d’une habitation de la classe moyenne dans la même ville de Belo Horizonte, et une autre trouvée morte dans un étang à la périphérie de la ville de Porto Alegre dans le sud du Brésil, ont continué à ébranler le pays.

D’autres cas de nouveau-nés vivants ou morts retrouvés dans différentes villes du pays, ont continué d’alimenter les nouvelles alarmantes des dernières semaines, avec par exemple le cas d'une enfant d'un an et demi amenée à hôpital avec des traces visibles de violence, toujours à Belo Horizonte.

À San Paolo, dans le sud du pays, entre novembre et janvier, 67 enfants abandonnés ont été accueillis dans des refuges de la commune du Secrétariat municipal de l’aide sociale.
Les abandons en clinique, sur les routes ou dans des églises sont cependant beaucoup plus nombreux que ce qui est rapporté par la presse, intéressée seulement aux "cas les plus dramatiques" ou pouvant avoir un impact majeur tel que celui de Pampulha, a fait observer Mme Weber, qui depuis de nombreuses années s'occupe d’enfance abandonnée et d’adoptions dans ce pays de plus de 184 millions d’habitants.

Par exemple, l'experte cite le cas d'un orphelinat de Curitiba, capitale de l'état méridional de Paraná, où elle vit et où elle a découvert que 24 des 28 enfants accueillis pendant l'année avaient été abandonnés. D’autre part, de nombreux autres cas se cachent derrière l'adoption illégale, au cours de laquelle les nouveau-nés sont enregistrés comme enfants biologiques du couple qui les reçoit.

La recherche, effectuée par Carolina dos Santos pour sa thèse de doctorat et coordonnée par Mme Weber, se basait sur des dialogues et des questionnaires composés de 70 demandes adressées à 21 femmes qui ont abandonné leurs enfants et à 21 autres qui avaient décidé de les garder, toutes pauvres et vivant dans des quartiers marginaux, le «favelas» de Curitiba. "Les conditions économiques étaient identiques", a assuré la psychologue.

Le traitement différent que les deux groupes de mères avaient reçu petites ou adolescentes dans leurs familles respectives est apparu évident. Les premières ont grandi sans soins, sans attentions, "jamais complimentées" mais souvent méprisées et malmenées, contrairement aux autres qui, malgré les difficultés économiques, ont gardé leur enfant.

"Nous avons appris à traiter nos enfants comme nous-même avons été traitées; nous aimons, si dans la vie nous avons reçu de l’amour": c’est un élément culturel qui se reproduit et qui se "perpétrera s'il n'y a pas un soutien, une intervention familiale qui interrompt ce processus", a déclaré l’enseignante.

Le comportement des femmes qui ont renoncé à leurs enfants révèle des valeurs différentes de celles communément reconnues par l'opinion publique. Elles ne se sont pas refusées de répondre ouvertement aux questions, ont admis l'abandon sans aucun sens de culpabilité, en le justifiant avec le désir "d'aller aux fêtes" ou par l’ennui d'élever des enfants, a expliqué Mme Weber.

Dans les deux les cas, les enfants abandonnés étaient cinq, et une mère a raconté avoir simplement oublié son bébé dans une salle de billard.

"On ne peut toutefois pas les juger sur base de nos propres valeurs et points de repères" ; il faut plutôt comprendre la situation et essayer de faire en sorte que le processus ne se répète pas".

Ces nombreux abandons remplissent les orphelinats et autres institutions pour enfants sans famille, tout en créant un paradoxe. En dépit des centaines de mille de mineurs privés d'une famille, au Brésil, les personnes font la file pour adopter un enfant. Mais la plus grande partie ne peut pas être adoptée, parce que les parents conservent leurs droits parentaux, même s’ils sont totalement absents et laissent leurs enfants biologiques enfermés pendant des années sans jamais aller les voir.

Une loi est actuellement en discussion pour définir l'abandon, qui suspendrait le droit des parents au bout d’un certain laps de temps où ils n’auraient pas assumé leurs responsabilités, permettant ainsi l'adoption des enfants. Mis à part quelques exceptions, les structures d'accueil n'offrent pas un traitement adéquat en vue d’éviter que le manque d’affection ne se reproduise.

Mais ce qui manque, c’est surtout l'information, a souligné Mme Weber. Ces mères avec des grossesses non désirées ne savent pas que se défaire d’un enfant illégalement, en le laissant dans la rue ou en s’enfuyant des maternités où elles auront laissé une fausse adresse et identité, n’est pas la seule façon d’agir. Elles peuvent le confier à la tutelle des juges et ainsi ne pas mettre obstacle à l’adoption.

 http://www.ipsnotizie.it/nota.php?idnews=610

Traduction française de l'article en exclusivité pour ce blog



PEUT-ON OUBLIER SES ENFANTS?


28 octobre 2005 – Le témoignage de M.T. – Italie
Bonjour à tous,
Je me suis inscrite en août parce que je recherchais un frère qui devait s’appeler D., mais depuis lors, j'ai découvert et trouvé des choses très différentes de ce à quoi je m’attendais.
Tout d’abord, j’ai retrouvé et connu ma maman naturelle (qui, d'après la suite du témoignage, ne semble pourtant pas être amnésique...), et maintenant nous nous téléphonons tous les jours; elle me fait un peu de peine pour tout ce qu’elle a traversé dans sa vie, et étrangement, cela provoque en moi un sentiment de protection, presque à vouloir la consoler et lui assurer que son choix d’alors avait été une vraie chance pour moi. Je n'ai pas eu de grosses palpitations en la voyant, au contraire, je dois reconnaître que la première sensation a été d’avoir en face de moi une étrangère.
Mais je suis vraiment très heureuse de l’avoir rencontrée.
Par elle j’ai su finalement le vrai nom du frère que je croyais s’appeler D. et qui en réalité s’appelle A. et qui a été adopté à A.
Ensuite ma mère m'a confessé que j'ai aussi une soeur, abandonnée elle aussi à l’orphelinat de C., mais dont elle n’a rien pu se rappeler sinon le prénom, C., qu'elle était «peut-être» née à C. «ou en province…», et «plus ou moins» entre 1955 et 1957…
En fait, cette femme, en 6-7 ans environ, a abandonné 3 enfants, moi comprise, tous les trois d’un même père qui, semblerait-il la faisait chanter……..



Sur le plateau de  «Ça se discute»  (Émission du 22 septembre 1999): Françoise Moggio

Abandon, séparation… Peut-on oublier ses enfants?

Françoise exerce en cabinet et au centre Alfred Binet, centre de soins psychiques et psychanalytiques pour l'enfant, dans le 13ème à Paris. Ses champs de recherche principaux: les bébés et leurs parents, les difficultés psychiques d'une naissance et d'un jeune enfant.

La séparation
L'angoisse de la séparation est une des angoisses les plus banales. L'angoisse d'abandon s'organise autour de la figure maternelle. On craint d'être séparé de la mère. Cette angoisse est ressentie extrêmement tôt chez l'enfant. Les conséquences d'une séparation sont variables selon l'âge de l'enfant et selon les circonstances. Par exemple, un enfant, en mesure de parler, de comprendre, peut souffrir moins qu'un enfant plus jeune. Une séparation ne veut pas dire forcément que l'enfant va aller mal tout de suite. Il faut observer et traiter les effets de cet événement traumatique dans la perspective du devenir. L'enfant peut aller bien puis mal par la suite, c'est la notion d'après-coup. L'enfant est un sujet en voie de développement. Des expériences sur la séparation de courte durée ont été faites, en laboratoire, avec des mères et leurs bébés âgés d'au moins 18 mois. La maman rentre dans une pièce avec son bébé puis s'en va. On observe alors le comportement de l'enfant au moment du départ de la mère et au moment des retrouvailles. Les bébés qui manifestent leur déplaisir quand leur mère s'en va et qui vont la retrouver avec bonheur sont ceux qui vont bien. Ceux qui ignorent le départ de leur mère et la snobent quand elle revient, manifestent des troubles de l'attachement.
L'absence nous renvoie à la mort, c'est pour ça que ça nous angoisse.

L'instinct maternel
C'est un terme que je n'utilise pas. C'est un concept éthologique, on parle d'instinct pour les animaux. Entre la mère et l'enfant se noue un lien fait de réciprocité: la mère s'attache à l'enfant et l'enfant s'attache à la mère. L'attachement concerne tout individu. Une femme qui a des troubles de l'attachement va le retransmettre à son bébé. Nous sommes génétiquement programmés à entrer en relation avec un bébé et à s'adapter à lui pendant la grossesse et les premières semaines de sa vie. La mère doit effectuer un travail psychologique pour que l'enfant qu'elle a dans ses bras soit celui qu'elle imaginait. Quand il n'y a pas de drame et que la maman va bien, elle doit tomber amoureuse de son bébé. L'état amoureux est un état qui se construit. Une mère qui va bien, va normalement investir son enfant, l'aimer, le choyer, le soigner...

L'abandon
La notion d'abandon est liée à notre culture judéo-chrétienne. Dans certains pays, donner son enfant fait partie de la culture. L'abandon s'inscrit contre notre morale ordinaire. Nous avons tous été le bébé d'une maman et l'idée qu'elle puisse nous avoir abandonné est intolérable. Ce n'est pas un choix, où la volonté consciente serait la seule en cause. Les femmes qui abandonnent leur enfant agissent sous la contrainte. Les contraintes peuvent être internes (une femme qui ne peut pas s'imaginer mère) ou externes (famille, environnement social...). Le plus souvent, il s'agit d'une combinaison des deux. Toutes les femmes qui abandonnent leur enfant vivent un conflit interne. Une femme n'accouche pas impunément sous X, ce sont toujours des situations douloureuses. Les femmes se sentent coupables, elles peuvent exprimer leur culpabilité mais aussi refuser de la reconnaître. Une femme peut haïr son enfant, consciemment ou inconsciemment. Ce sentiment est lié aux conditions de la naissance de l'enfant... Lors d'un abandon, la mère abandonne son enfant physiquement mais jamais psychiquement.
Une femme qui a abandonné un enfant et qui a d'autres enfants par la suite, aura le sentiment d'être mauvaise, d'avoir fait quelque chose de mal, de ne pas être une mère suffisamment bonne pour ses autres enfants. La naissance d'un nouvel enfant va révéler la souffrance de l'abandon du premier enfant.
On peut imaginer qu'un enfant abandonné aura des difficultés à construire une famille mais cela dépend de la façon dont il s'organise avec son histoire. Il peut avoir une crainte de répéter leur histoire ou de ne pas être capable de fonder une famille.

Les liens du sang
Ils sont sans grande importance. Ce sont les liens d'attachement, subjectifs et psychiques qui sont les plus importants. Les enfants adoptés entretiennent souvent des liens puissants avec les gens qui s'occupent d'eux. Le travail consiste à ne pas rompre les liens avec les parents d'origine et à s'attacher à d'autres personnes que ses parents biologiques. Il est toujours conseillé aux parents adoptifs de dire la vérité à leurs enfants. C'est toujours un moment difficile mais les secrets de famille sont toujours des secrets de polichinelle. Les secrets de famille peuvent être très pathogènes. On cache toujours ce qui fait honte (suicide, maladie mentale, faillite, adultère...). Les gens ont généralement peur que la révélation du secret fasse éclater la famille en morceaux.
Les enfants abandonnés peuvent s'attacher à d'autres personnes que la mère biologique, à un substitut maternel de qualité. L'accouchement anonyme est davantage le problème de la mère que du bébé. Les américains évoquent la notion de donneur de soins et non pas de mère. C'est mieux d'avoir sa mère mais on peut avoir un substitut susceptible de donner de l'amour et du soin.
La notion de lien du sang sous-entend qu'il y a quelque chose de magique. Mais un enfant abandonné qui croise sa mère dans la rue ne va pas la reconnaître.
Lorsqu'un enfant fait la démarche de retrouver ses parents, quelque chose de puissant se passe, c'est gratifiant pour les parents. La mère se dit que l'enfant qu'elle a abandonné l'a retrouvée et qu'elle comptait pour lui. Le conseil que l'on pourrait donner aux parents et aux enfants qui se retrouvent après des années de séparation est de se parler, de se raconter, de réapprendre à se connaître, de dialoguer au maximum.

Les rapts
Les parents auxquels on a enlevé les enfants se sentent disqualifiés, ils se sentent en accusation. Si un parent en est réduit à "rapter" son enfant, c'est une situation traumatique pour tous. C'est une situation de transgression, c'est interdit d'enlever son enfant. Les conséquences pour l'enfant ne sont pas les mêmes suivant son âge lors de l'enlèvement. Il vaut peut-être mieux être "rapté" à la sortie de la maternité que de s'être habitué à sa mère.

http://www.casediscute.com/1999/04_abandon/invites/specialiste_01.shtml




LE  MYTHE  DES  RETROUVAILLES... démystifié!


24 avril 2006

Retrouver sa mère biologique. Et si c'était décevant ?

Par Nadine Descheneaux  du magazine Madame.ca

Retrouver sa mère biologique est une expérience riche en émotions: les retrouvailles représentant toujours un grand bouleversement de part et d'autre. Et quand la réalité n'est pas à la hauteur du rêve longtemps entretenu, comment s'en sortir tout de même grandi. Témoignage et explications.

L'histoire d'Anne-Marie

Enceinte de son deuxième enfant, Anne-Marie, une professionnelle au début de la trentaine, ressent un besoin plus pressant de retrouver ses origines. «J'ai toujours su que j'avais été adoptée, mais je n'avais jamais ressenti le besoin de rechercher ma mère biologique. Enceinte, avec tous les bouleversements hormonaux qui jouent sur nos sentiments, j'ai voulu savoir. Je me disais que cela devait être si difficile de se séparer de son enfant», raconte-t-elle.

Les démarches entreprises auprès d'un centre jeunesse aboutissent environ un an plus tard. «Même si je suis très forte psychologiquement, j'ai été ébranlée quand on m'a appelée pour me décrire ma mère biologique. Pendant une demi-heure environ, on m'a parlé d'elle: son âge, sa vie, son lieu de résidence, etc. On m'a aussi dit qu'elle avait aussi donné en adoption deux autres enfants, en plus de moi. Déjà là, j'ai eu un choc. J'avais toujours nourri l'idée que mon abandon avait dû lui crever le coeur. Connaissant maintenant la puissance de l'amour maternel, je me disais: «Pauvre madame qui a dû se séparer de son enfant», mais la réalité était toute autre. Mes illusions étaient brisées: je n'avais pas été la seule à être abandonnée. Comment pouvait-on faire cela «à répétition»? Ce fut vraiment la fin d'un fantasme sur ce que je m'étais imaginé», confie Anne-Marie.

Craignant de l'avoir jugée trop rapidement, Anne-Marie a laissé passer quelques semaines, puis elle s'est ravisée et a demandé à la rencontrer. «Je suis allée chez elle avec mon conjoint pendant quelques heures. Avant de sonner, toutes les émotions m'envahissaient. J'étais craintive et heureuse à la fois. On a parlé de tout et de rien. Ce n'est pas évident de savoir quoi se dire. Aussi, on s'est examinées, se cherchant des ressemblances. Je l'ai rassurée sur mon enfance en lui disant que j'avais d'excellents parents adoptifs.»

Enfin, Anne-Marie savait. Mais, elle a aussi pris conscience que sa vie n'aurait jamais été la même si elle avait été élevée par cette femme plutôt que par ses parents adoptifs. Par la suite, les deux femmes se sont parlées deux fois au téléphone, puis Anne-Marie a cessé de répondre aux tentatives de rapprochements de sa mère biologique. «Ma mère biologique, sa vie et ses valeurs étaient très éloignées des miennes. Je ne voulais donc pas entretenir de relation plus poussée avec elle. Je ne cherchais pas à la faire entrer dans ma vie, je voulais seulement savoir. Et, rétrospectivement, si une boule de cristal m'avait permis de savoir ce que je sais maintenant, je n'aurais pas entrepris mes recherches. Je n'en avais pas assez besoin dans ma vie. Quand on s'est parlé pour la première fois, elle m'a parlé de ma grande soeur et de mon jeune frère, mais elle n'avait aucun souvenir de moi. Ce fut, somme toute, une expérience plutôt décevante. Et nos vies étaient si éloignées que je ne me reconnaissais aucunement en elle.»

De ces retrouvailles, Anne-Marie retient deux choses: sa mère biologique lui a rendu un immense service dans la vie en la confiant en adoption alors qu'elle était bébé. Ainsi, elle a vécu une vie bien différente et plus positive que si elle était restée auprès d'elle. Aussi, elle a retrouvé sa grande soeur avec qui elle a partagé une belle relation avant que cette dernière ne décède.





VOIR AUSSI:

Les " Libres d'enfant par choix"

Par Michaeliss - Publié dans : www.adoptionetmaternite
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Texte libre



« Les histoires des enfants abandonnés n'ont pas toujours le même déroulement  heureux (la maman qui revient, comme dans les fables), parce que, souvent, les mères s'en restent au loin et ne reviennent jamais plus en arrière. Soit elles souffrent comme des bêtes et se traînent alors dans une vie de remords. Ou bien elles effacent cette douleur, elles la rayent de leur vie et en recommencent une nouvelle, là où il ne s'est rien  passé, là où cette histoire n'a jamais eu lieu.»

Extrait de l'article « Elle avait abandonné son nouveau-né » - LA STAMPA – 9/11/2003



Tomber enceinte, c'est l'affaire de quelques secondes.
Décider d'avorter ou non, c'est l'affaire de quelques semaines.
Se préparer à devenir mère, c'est l'affaire de quelques mois.
Accoucher d'un enfant, c'est l'affaire de quelques heures.
L'élever, c'est l'affaire de toute une vie...

Et quand les rêves s'évanouissent? Quand 
«les joies de la maternité» se transforment en fardeau, voire même en enfer ??



www.maman-blues.org

Lire mon autre témoignage à ce sujet dans l'article intitulé:
"Faut-il accoucher pour être mère?"...


MON HISTOIRE 4

Octobre 2004
– Bien que n’ayant jamais cessé, de près ou de loin et, comme tout le monde, avec des hauts et des bas, de suivre l’évolution du combat des adoptés italiens pour le DROIT AUX ORIGINES, je décide, par solidarité avec eux, de repartir à l’attaque, de relancer le débat.  

Mon but premier ?
Voir «enfin» d’autres mères de naissance apparaître et prendre la parole sur le Web italien!
En effet, je ne comprends pas… Moi qui suis la moins maternelle de toutes, qui ne suis pas en souffrance, moi qui ai «oublié» mon enfant, du moins dans mon cœur, et qui ne me traîne pas dans une vie de regrets ou de remords, moi qui ne me sens «coupable» de rien, sinon d’avoir donné la vie à un être humain pour ensuite l’abandonner (je n’ai pas avorté par lâcheté, mais si la pilule du lendemain avait existé, je n’aurais probablement pas hésité longtemps), comment se fait-il que moi, mère indigne, je sois après 5 ans d’appels et d’attente, toujours la seule et unique mère naturelle à oser s’exprimer, à raconter, à réclamer un DROIT DE SAVOIR OÙ EST MA FILLE avant que «ne sonne le glas» ?? !
Il y a à tout cela un tel non sens, quelque chose qui m'échappe...


Je mets donc en ligne un site Internet bilingue français-italien. Forte de ma bonne connaissance des deux langues, je m’associe avec le site italien Astro Nascente auquel je propose de calquer le combat sur celui de la France, où une association de Mères dites «de l’Ombre» existe depuis plusieurs années déjà, en lui expliquant que le versant «mères» était le maillon fort de la chaîne, les mères détenant la vérité et tout le secret d’une naissance, que ABSOLUMENT TOUT partait d’elles et que ce combat ne prendrait réellement du poids qu’au travers d’elles. Et que seule une prise de conscience de leur part permettrait d’avancer.

Novembre 2004 – 15 jours avant la date anniversaire de ma fille (18/11/1982), l’inspiration me vient soudainement, et en un quart d’heure je rédige quelques lignes sous forme de «Lette ouverte à ma fille» que j’envoie aussitôt par mail et par lettre à la rédaction du quotidien italien «Il Secolo XIX» de Gênes, région où ma fille aurait été adoptée.

«Le hasard» (??) veut que ma lettre tombe dans les mains d’un journaliste qui semblait être concerné «de très, très, près par l’adoption» (j’ignore à quel titre, mais je peux m‘en douter…), et qui, 10 jours après, me sort un article d’une demi page, déballant à sa façon une bonne partie de ma vie.
 
Le vrai départ était donné, je ne pouvais plus faire marche arrière, il m’avait peaufiné une bonne carte de visite, je ne pouvais pas laisser passer l’occasion. Quelques jours après, je suis contactée par la chaîne TV nationale italienne RAI2 qui veut «m’aider à retrouver ma fille» sous condition que je participe à Noël ou à Nouvel An à une de leurs très populaires émissions… Ce que, pour plusieurs raisons, notamment de santé, je dois (et je mentirais si je disais «malheureusement») refuser.
En fait, je crois que la journaliste s’attendait à se trouver en face d’une «maman en sanglots prête à tout pour retrouver son enfant»… Elle était plutôt mal tombée… Non, décidemment, tous me prenaient au dépourvu, tout allait trop vite, je n’étais pas prête, ni à affronter une caméra que déjà je déteste, et encore moins un public italien qui, rien qu’à prononcer le mot «maman», se met déjà à pleurer !

Octobre 2005 – Après 3 ans de traitement par vaccin (tous les mois la 1ère année, toutes les 6 semaines la 2ème, tous les 3 mois la 3ème), je suis en rémission complète. Mes 35 nodules sous la peau ont disparu, la science et mon moral ont réussi à me stabiliser…
Les médecins eux-mêmes n’en reviennent pas. «Vous ne finirez jamais de nous étonner» me disent-ils à chaque fois qu’ils me rencontrent dans les couloirs.
C'est vrai que je reviens de loin, oui, mais, pour combien de temps encore… ?

Insidieusement cependant, les effets secondaires ont fait des ravages. Mes forces et mes énergies diminuent d’année en année, la fatigue chronique est devenue le nouvel ennemi à combattre, mais - oh cercle vicieux ! - contre lequel je ne trouve plus la force de lutter, par manque d'énergie…
 
Fort heureusement, tous mes plaisirs, toutes mes passions sont chez moi, dont une bonne partie sur mon PC, ce petit bijou de technologie qui réunit des personnes d’un extrême à l’autre de la planète.
Désormais mon bonheur à moi est dans la liberté absolue, le silence et l’isolement. La solitude m’accompagne depuis le berceau, il m’aura fallu 50 ans pour apprendre à l’apprivoiser d’abord, à l’aimer ensuite: je me retiens donc maintenant une femme comblée, et après tout ce que j’ai passé, aussi terriblement chanceuse!
Car, oui, j’ai la chance d’avoir encore mes 2 jambes et mes 2 bras valides, d’avoir un petit emploi et un petit 28 M2 où vivre et me réfugier en paix, d’avoir encore mes 2 yeux pour voir, mes 2 oreilles pour entendre, et un esprit encore suffisamment lucide que pour pouvoir lire et écrire et exprimer toutes les choses que j'ai encore à dire.

Mais de quoi les adoptés se plaignent-ils donc toujours? N’y a-t-il pas une «limite» à leurs plaintes ou gémissements à respecter ? Je peux comprendre, soutenir, adhérer et compatir pleinement à la «blessure primitive» et à cette exigence profonde (pour certains d’entre eux) de vouloir connaître ses origines (à condition toutefois que cela ne rime pas avec «maman»), je peux me ranger aux côtés de ceux qui militent pour l’obtention de ce DROIT FONDAMENTAL de l’homme, mais je ne peux accepter l’obsession, les excès (ni «d’amour», ni de haine), le stade du mur des lamentations, de la «persécution» ou de la hargne contre les adoptants ou les institutions de l’État tels qu’on peut les trouver en certains endroits.

« OUI à l’adoption, NON au secret ! ». Nul n’est à l’abri d’un échec social ou familial, et ce n’est pas dans les familles adoptives que l’on retrouve les pires cas de maltraitance sur l’enfant, mais bien dans les familles biologiques.
 
Et les mères dans tout cela?
Pour moi la réponse est purement et simplement dans ces quelques lignes, claires et concises, écrites par un journaliste italien dans son article intitulé « Elle avait abandonné son nouveau-né » (LA STAMPA – 9/11/2003) - VOIR  PLUS HAUT -

Quant à la «bonne recette pour l’apaisement» des personnes adoptées, c’est sans doute au travers de ce témoignage d’un jeune adopté italien de 19 ans, actuellement en quête de ses origines, que j’ai pu trouver une des meilleures réponse à donner:

« L’important, c’est de SAVOIR. Ton histoire était déjà écrite, et tu sais où elle t’a menée, c’est juste que tu ne la connais pas: alors, découvre-la et puis, mets-la de côté ! »


Et entre Novembre 2004 et Novembre 2005, que s’est-il passé ?

Décembre 2004 - Je me place «en observation»: pendant des mois je découvre et je lis des témoignages de mères, d’adoptés (ou non) et d’adoptants français, je m’instruis, et je reste surtout la première étonnée devant ces histoires de mères victimes et dépossédées de leurs enfant, je n’imaginais même pas que de telles situations puissent exister!
Avec mon petit caractère, à leur place, tôt ou tard, je me serais probablement rebellée aussi… (bien que, pas sûr, j’aurais sans doute «cicatrisé» très vite…), mais certainement pas en m’entremettant dans la vie de mon enfant avant sa majorité, cette façon de faire me choque profondément! Je ne peux concevoir ce manque de respect envers la famille adoptive, sans compter le risque de nouvelle déstabilisation d’un enfant adolescent que l’on court.

Car, quelles qu’aient été les circonstances de l’abandon, à moins d’avoir subi un viol ou un inceste, la mère a quand même consenti à un rapport sexuel, et a donc toujours sa part de tort et de responsabilité à assumer.
 
Et puis, quel est le pourcentage de femmes dans leur cas? S’agit-il d’une petite minorité…, la grande majorité des femmes ayant, tout comme moi, depuis longtemps oublié et tourné la page? Où suis-je moi l’exception, l’extra-terrestre, la seule inhumaine au cœur de pierre??
Heureusement que l’actualité, les forum de discussion, les chiffres officiels publiés dans divers pays et les statistiques sont là pour me répondre et me rassurer!

Mais où sont donc toutes ces mères et ces enfants remplis d’émotion qui se tombent dans les bras l’un de l’autre au moment des retrouvailles?! Pourquoi la majorité des mères «s’enfuient-elles» lorsqu’elles sont retrouvées? Pourquoi faut-il déployer tant d’efforts de «médiation» et de moyens pour qu’une mère accepte de lever le secret sur son identité ou même simplement de se montrer? Ah, que c’est beau «l’immense et éternel amour maternel»!
Aujourd’hui plus que jamais, je reste donc convaincue que ce sont bien les mères au cœur déchiré qui forment l’exception. Et si vous parvenez un jour à me prouver le contraire, et bien, ce sera TANT MIEUX,  car ce sera alors le premier VRAI  grand pas vers la Victoire pour le droit aux origines !

Je m’étonne également de cette sorte de «discrimination» qui est souvent faite entre mères ayant reconnu (mais abandonné tout de même !) leur enfant, et mères ayant «accouché sous X» que l’on retrouve sur certains sites, tant français qu’italiens…
Pour celles qui souffrent, leur souffrance est-elle donc tellement différente ? N’est-il pas encore plus cruel et plus douloureux pour une mère qui tient à ses enfants de se les voir «enlever» après les avoir connus et élevés pendant plusieurs mois, parfois plusieurs années, plutôt que de se voir retirer un enfant qu’on a à peine ou même jamais entrevu à la naissance? Les femmes ayant accouché sous X ont-elles l’exclusivité du malheur et de la souffrance?
Et ce n’est pas parce qu’une femme a reconnu son enfant qu’on lui octroie le droit de le retrouver! 
Un enfant/adolescent/adulte ne recherche-t-il pas avant toute chose sa mère «biologique»? Ou bien à l’avenir devra-t-il aussi d'abord se préoccuper que sa mère ait bien accouché dans le plus strict anonymat sous peine de se voir «exclu du clan»? !
Bizarrement d'ailleurs, parmi les quelques rares mères ayant timidement osé «sortir de l’ombre» sur les forums italiens, 2 sur 3 sont des mères ayant reconnu leurs enfants. Tiens, tiens, seraient-elles plus aimantes, plus en souffrance, ou plus maternelles que les autres?!

LE MOT DE LA FIN...

Voilà pourquoi, bien que membre du bureau et solidaire de deux associations représentatives du combat pour DROIT AUX ORIGNES, et bien que souhaitant de tout cœur que ces adultes en recherche trouvent la maman (ou l'enfant) dont ils rêvent, je ne peux toutefois que continuer mon chemin et mon exploration toute seule, sous peine de blesser des tas de personnes dont, même avec la meilleure volonté du monde, je ne parviens pas à partager les sentiments.  

Pour ce qui est de la France, «l’accouchement sous X» n’est pas mon combat, le DROIT AUX ORIGINES, oui. Certains ont bien compris la nuance, d’autres pas. Pas grave, les premiers grandissent, les autres ternissent: bon vent à ces derniers.

Pour ce qui est de l’Italie, le gouvernement ayant, depuis juillet 2005, lancé une immense campagne de sensibilisation visant à faire connaître et à «promouvoir» l’accouchement anonyme, et vu la foule de réactions que cette annonce a suscité sur les adoptés – 0 sur près de 600 inscrits, tous «leaders» compris ! – il apparaît désormais plus qu’évident que la bataille est perdue d’avance, si elle a même jamais commencé !

La seule et unique qui ait réagit, c’est une mère «d’Origine», indigne, ayant reconnu son enfant, non maternelle et non en souffrance, et qui plus est, malade et étrangère… Allez donc y comprendre quelque chose…
Donc, côté italien, nous continuerons dorénavant à nous échanger de gentils petits messages de consolation… et à nourrir des tas de fausses espérances dans le cœur de centaines de personnes…

Mais, sur au moins un point, nous sommes je crois TOUS bien d’accord:
Oui, « l’accouchement sous X »  a encore de très beaux jours devant lui !




« L'idée d’avoir été abandonné(e) provoque de la souffrance, il est inutile de le nier. Chacun surmonte cela à sa façon, il y a ceux qui choisissent le détachement et ceux qui par contre veulent rencontrer leurs parents au moins une fois.
C’est aussi naturel que boire un verre d'eau.»
Journal Terredimezzo – Décembre 2004 - Italie



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Pour régler ses comptes avec le passé

Pour prévenir les maladies génétiques

Pour dire: « Oui, maintenant JE SAIS, et c'était
MON DROIT! »



10 novembre 2005 – Le témoignage de A… (Italie)

 
 

« J’ai depuis peu connu ma mère naturelle. Pour moi cela a été important même si cela n’a pas été la classique fable au grand beau final.

Cela a quand même été une expérience profonde qui m’a énormément changé. J’ai rempli beaucoup de vides que je portais en moi depuis 18 ans (j’en ai 30). Des choses qui peuvent sembler banales, pour moi, ont été une découverte: j’ai les yeux de ma mère, et aussi son sale caractère -:)) »…



 

 MAIS L’HISTOIRE NE S’ARRÊTE PAS LÀ POUR AUTANT…


NOVEMBRE 2005

 Un mois chargé d’émotions… de toutes sortes. 

18 novembre, date d’anniversaire de ma fille qui fêtera, joyeusement ou tristement (?) ses 23 ans, un événement incroyable se produit: j’aurais peut-être réuni un frère et une sœur, de la France à l’Italie. Nouveau miracle de la vie? Mais pourquoi juste en ces jours-ci, alors que l’annonce du frère était sur nos fichiers italiens depuis presque deux ans ?!! Quelle force mystérieuse m’a poussée à me pencher «soudainement» à nouveau sur ce cas que j’avais pris particulièrement à cœur il y a quelques mois?

 19 novembre, ce frère italien «retrouvé» fête aujourd'hui ses 32 ans, en larmes, après la découverte de sa supposée histoire que je viens de lui révéler. A l’autre bout du fil, en France, une sœur pleure de joie… 

22 novembre, c’est le nouveau verdict qui tombe: l’heure de la récidive tellement attendue et redoutée a sonné. Le cancer s’est propagé à la rate. Ma 6ème opération chirurgicale se prépare donc.

9 décembre, la sensation d'un destin qui devait s'accomplir s'accroît comme jamais auparavant: ce soir le téléphone a sonné... pour m'annoncer... que l'on avait retrouvé ma fille !  Pour l'instant, dans mon coeur et dans mon esprit, toujours aussi peu d'émotion, juste beaucoup d'appréhension pour le nouveau drame que cela pourrait déclencher dans la vie de cette jeune fille...  qui a cessé d'être ma fille depuis une éternité...



Vendu gratuitement sur le net

Un site d'enchères en ligne néerlandais (www.marktplaats.nl, l'équivalent batave d'eBay, situé à Emmeloord) a retiré mardi soir une annonce dans laquelle une mère se proposait de donner gratuitement son fils d'un an.
« Il n'a pas de maladie et je le donne parce que j'ai tant de soucis en tête et que je ne suis pas très bonne pour m'occuper des enfanst »,
selon le texte qui accompagne l'annonce.
L'auteur(e) se prétend être une mère de quatre enfants, victime du stress.
www.lesoir.be du 11 janvier 2006



PARLONS  "STATISTIQUES"...

16 décembre 2005 - Journal "Le Quotidien"

Région Saguenay/Lac-Saint-Jean (Québec-CA)

Voilà ce que démontrent les statistiques compilées par la directrice régionale du Mouvement Retrouvailles, Denise Boudreau. En ce moment, elle compte 700 dossiers ouverts dans la région.

De ce nombre,

12 % sont des dossiers de mères qui recherchent,

30 % ont été initiés par des hommes adoptés,

58 % par des femmes à la recherche de leur mère.



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QUI SUIS-JE ?

Une «mère», tout à fait indigne de ce nom, qui, il y a maintenant 23 ans de cela, a mis au monde (en Italie) une petite fille... alors qu'elle n'aurait jamais dû le faire.

Dans la situation où je me trouvais, pratiquement sans famille, sans travail et sans aucun diplôme pour pouvoir un jour décrocher un boulot stable, habitant isolée en campagne et sans plus de voiture, sans argent et endettée jusqu'au cou à cause d'un petit flat qui était "bien à moi" mais qui n'était payé qu'à moitié, c'était de la folie pure. 

Pas maternelle pour un sou, et n'ayant jamais désiré ni me marier ni avoir des enfants, je décidai toutefois de ne pas avorter, non pas par "moralité" ou par conviction religieuse, mais tout simplement par lâcheté, parce que j'avais une peur bleue de l'intervention et de me retrouver toute seule dans un hôpital pour accomplir ce terrible geste. Une étincelle d'instinct maternel s'était aussi réveillée en moi, et j'avais fini par désirer fortement cet enfant.

Mon "rêve" s'exauça: je voulais une petite fille, j'eus une petite fille... Et après avoir traversé mes mois de grossesse dans l'isolement total et dans une misère noire, je me retroussai les manches pour affronter du mieux possible les années de galère qui s'annonçaient devant moi…



Pourquoi est-il si difficile de faire «sortir de l'ombre» des mères (ou des pères) «biologiques» ayant, par le passé, abandonné ou donné en adoption un enfant ?

Tout être humain a LE DROIT de connaître ses racines, l’histoire de sa naissance.

Les enfants (devenus adultes) adoptés se regroupent par centaines partout dans le monde pour tenter de retrouver leur mère naturelle, mais ces parents «d'origine», eux, continuent de faire la sourde oreille...


Depuis 6 ans, j'essaie de comprendre POURQUOI ?

Donc, mères ou pères de naissance, si le sujet vous intéresse, contactez-moi

(Lien "contact" tout en bas de la page).  Merci.




« Aujourd'hui, comme hier, malgré la grossesse, des dizaines de milliers d'enfants sont abandonnés et maltraités. Par ailleurs, le fait que l'enfant coûte parfois tant, physiquement et moralement, à la mère, n'est pas sans répercussions négatives. Certaines femmes détestent leur enfant pour cela. Vous voyez, ce n'est pas simple.»
(Henri Atlan)



En 2000, 3.393 bébés de moins d'un an sont morts en France. Les trois quarts de ces morts relèvent de deux causes: le «syndrome du bébé secoué» et la mort à la naissance par asphyxie, noyade ou abandon sans soins… Toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées.
Rapport Inserm 2005


 
«Quelque 2.000 enfants démunis souffrent de ne pouvoir s'accrocher à aucun foyer déterminé. Pour prendre la véritable mesure du phénomène, il suffit de rappeler qu'il y a quelque 15 000 enfants «placés» par année au Québec...»

Les dilemmes de la protection de la jeunesse

L'adoption est-elle la meilleure solution ?


«Il faut abandonner cette espèce de droit biologique des parents dits naturels... On n'en a rien à foutre d'un parent qui a mis au monde un enfant et qui ne s'en occupe pas. Il faut passer à une nouvelle modernité contemporaine de la famille!»

(Dr J.-Fr. Chicoine de l'Hôpital Sainte-Justine - Québec)
Source: www.ledevoir.com

«Jusqu'à quand laisser à des parents biologiques la tâche de prouver qu'ils peuvent être des parents ?»

Tout le dossier sur S-O-S-AbbandonoeAdozione



MON HISTOIRE 3

Parallèlement cependant, une autre vie, «virtuelle» cette fois, allait lentement se développer. L’Internet allait m’ouvrir de nouvelles portes...

Août 1997 (J’ai 48 ans)- Le diagnostic tombe: mélanome malin, stade avancé.  Pour la première fois de ma vie, je me vois contrainte et forcée de me faire prendre en charge par l’État, belge, cette fois, le destin m’ayant étrangement «poussée» à regagner ma ville natale (Bruxelles).
Je ne réalise absolument pas le danger que je cours, et je me retrousse les manches. Bien que «minimexée» (équivalent du RMI en France), je parviens à m’acheter un tout vieil ordinateur d’occasion et à m’inscrire à une formation sociale pour faire mes premiers pas en informatique.
Déterminée à vouloir m’en sortir à tout prix, je commence tout doucement et péniblement à remonter, «une nouvelle fois» la pente.

Février 2000 – J’ai enfin pu m’acheter un «vrai» ordinateur relié à l’Internet, et je me demande ce que je vais en faire, ce que je suis venue y chercher. Quelle recherche faire, de quoi…?  Ou si…? Peut-être, plutôt, «QUI» rechercher ?? !

Car, instinctivement, la première pensée qui me traversa alors l’esprit fut: «Et si j’essayais de lancer un appel pour retrouver ma fille?».
Mon tout premier mot-clé rentré dans un moteur de recherche fut: « ADOPTION ». Et, quelques jours après, mon tout premier message: «Je recherche ma fille, née le…».

Je me fais immédiatement «récupérer» par une jeune fille qui me redirige vers un groupe de discussion italien intitulé «Enfants adoptés et Parents naturels». Je place également une annonce sur le registre d’un autre site de recherches en ligne, appelé ASTRO NASCENTE.

Mars 2000 – Je découvre les premiers témoignages des enfants adoptés en quête de leurs  origines. Leurs cœurs se gonflent d’espoir car je suis la toute première «maman» à apparaître sur leur site. Je raconte mon histoire, je découvre «leurs vides», leur chagrin, la profondeur de leur blessure, que, bien sûr, je comprends (cela me paraît évident que grande souffrance il y a lorsqu’on est abandonné par sa mère). Mais je découvre aussi des réactions qui me laissent terriblement perplexe : sens de culpabilité (comment un enfant peut-il se sentir responsable du geste de sa mère?), rancœur, haine parfois, ou, au contraire, messages d’amour à leur «vraie maman» (comment est-il possible d’éprouver de «l’amour» pour une personne qu’on n’a jamais vu ni connu dans sa vie?), sacralité des liens du sang, des «9 mois passés ensemble», recherches qui tournent à l’obsession…

Et là je ne comprends plus du tout... N’y a-t-il pas un stade où il faut pouvoir se résigner, tourner la page, se rendre compte de la chance qu’on a d’avoir pu être adopté et sauvé d’une vie misérable?
Toutes ces personnes qui écrivent aujourd’hui derrière un PC ont une vie normale, une famille, un foyer, un(e) conjoint(e), des enfants, un travail, une voiture, une seconde résidence à la mer ou à la montagne, des vacances une ou deux fois par an, de quoi donc se plaignent-elles?
Bien sûr que l’argent ne fait pas le bonheur...Quand on ne s’est jamais retrouvé à la rue, sans travail et sans PERSONNE à qui demander de l’aide, quand on n’a jamais manqué de rien c’est tellement facile à dire!

Août 2000Première récidive, le premier ganglion est atteint. 2ème intervention chirurgicale,  nettement plus lourde cette fois. Mais je n’ai toujours pas pris réellement conscience du danger et de la rapidité avec laquelle la maladie peut de propager. Je reste confiante.

Mai 2001 -  Un bref séjour en Italie. J’y rencontre 3 personnes adoptées italiennes: j’ai devant moi des personnes équilibrées, heureuses, épanouies. Je n’ose pas leur dire que jamais je n’ai pensé à ma fille le jour de son anniversaire, que je ne pleure plus sur cet épisode du passé, que je ne souffre pas le moins du monde de cette séparation forcée de ma fille, que «ce qui est fait est fait» et que se ronger intérieurement ne sert à rien sinon à se faire du mal à soi-même...

Je me rends vite compte qu’un mur nous sépare, et que mes paroles pour eux sont dures à entendre. Je me dis toutefois que si tant d’enfants adoptés souffrent en silence de leur abandon, ma fille doit sûrement en souffrir aussi, et que bientôt, tout comme moi, par le biais de l’Internet, elle aussi se mettra à ma recherche, qu’elle voudra sûrement me connaître, savoir les raisons qui m’ont contrainte à ce geste, connaître son histoire, ses origines, savoir qui est son père… Car, j’estime que c'est SON DROIT le plus strict et qu’il est de MON DEVOIR de lui laisser «au moins cela» avant de m’en aller pour toujours.

Mais cette prise de conscience de ma part n’est survenue que grâce à l’apparition de l’Internet dans ma vie au quotidien. Sans cela, jamais je n’aurais songé à entamer une recherche. L’adoption étant un acte irréversible, je pensais en toute sincérité et ingénuité qu’il en allait de même pour l’enfant, que passés les premiers traumatismes du changement, il faisait le deuil de son abandon, et que la sérénité prenait finalement le dessus sur la tristesse.

… Plus de 5 ans ont passé depuis mon premier appel à ma fille. Je l’attends toujours, par le biais de la magie du Web, mais je n’ai toujours pas effectué la moindre recherche active, je n’en ressens pas le besoin, et surtout, je ne m’en sens pas le droit ni vis-à-vis d’elle, ni vis-à-vis de ses parents adoptifs.

D’ailleurs, aux mamans qui, sur les forums italiens, recherchent désespérément leur enfant, je réponds toujours:

« Mais ce sera quand même toujours à ton enfant, et à personne d’autre, de décider s’il voudra ou non t’accepter dans son coeur. Petit, il n’a pas pu choisir, maintenant qu’il est grand, pouvoir choisir, c’est SON droit. »

Pour ma part j’ai cessé d’être mère le jour où j’ai, avec au moment même un immense chagrin, laissé ma fille à d’autres, où j’ai renoncé à assumer plus longtemps mes responsabilités. Pour moi, la vraie mère est celle avec qui on a tissé des liens d’amour et d’affection tout au long d’une vie, et non pas celle qui a accouché.

(Ai-je répondu à vos attentes chère Madame Luisa Forti ?)

VOIR PAGE D'ACCUEIL: lettre ouverte à ma fille du 17 novembre 2004




Ni la grossesse ni l’accouchement ne sont pour moi des souvenirs heureux, loin de là… Je les ai donc, avec tout le reste, rapidement effacés de ma mémoire.

Maintenant, tout ceci ne veut pas forcément dire que «SI» un jour je devais la retrouver, je ne craquerais pas… Peut-être ce jour-là toute la déchirure du passé remontera-t-elle à la surface?
Je l’ignore, j’ignore complètement quelle sera ma réaction face à elle. Sans doute cela dépendra-t-il aussi fortement de sa propre réaction et situation... Heureuse ? Malheureuse ?

Une chose est certaine: la rancœur, les méchancetés ou les reproches seront très mal reçus, elle a intérêt à ne pas me braquer, car à s’en prendre plein la figure, hélas, ce sera elle, pas moi...
Après tant d’années de d'observation et de réflexion à ce sujet, j’en suis d’ailleurs encore et toujours au stade de me demander s’il ne vaudrait pas mieux qu’elle ne cherche jamais à me connaître ni à
«savoir» la vérité... Car, TOUTES les vérités sont-elles bonnes à dire et à entendre ? Malgré les centaines de témoignagnes que j'ai pu lire sur de multiples forum, j'en doute toujours, et même très fortement...

Il est évident que seule une profonde maturité et une grande ouverture d’esprit de sa part pourront éventuellement rétablir une relation mère-fille entre nous. Et que pour moi, au plus les années passent, au mieux c’est.

Septembre 2001Deuxième récidive. Le foie est atteint. Là, enfin, je réalise… Le ciel me tombe sur la tête. Je me vois morte et enterrée endéans les 6 mois, la panique s’empare de moi…

C’est terrible de n’avoir personne à qui laisser les choses qu’on aime, les quelques rares souvenirs de famille, de ne même pas pouvoir faire un testament parce qu’on ne sait pas à qui léguer quoi… C’est à ce moment-là que je me rends compte combien il serait important pour moi aussi de pouvoir transmettre un quelque chose, un reste de moi à ma fille…

Les médecins tentent quand même l’opération, et me sauvent provisoirement la vie. Un anti-dépresseur me sauve le moral. Je dévore à nouveau la vie à pleines dents, je me replonge corps et âme dans le travail, mes collègues sont chouettes, cela m’aide beaucoup.
 
Comme pour l’abandon de ma fille, oublier son mal, ne pas y penser, c'est le meilleur moyen d’y remédier.
Paradoxalement pourtant, le seule douleur qui, chez moi, même 20 ans après, «ne passe pas», c’est la mort de ma mère… Jamais je n’oublierai cet écrasant sentiment «d’abandon total» que j’ai éprouvé à ce moment-là…  Mais sans doute aussi, parce qu’à 33 ans, plus personne n’était là pour m’adopter...
Comme quoi on peut ne pas partager du tout les mêmes émotions «d’enfant à mère» que «de mère à enfant»… Et que «l’illusion d’une réciprocité» peut par conséquent faire beaucoup de mal...

Janvier 2002 – On tente un nouveau vaccin censé bloquer le développement des métastases. Je sers de cobaye, je suis dans le «premier groupe». Bilan de santé tous les 2 mois, je passe la moitié de mon temps dans les hôpitaux. Les examens, l’angoisse des résultats…
Comme pour toute chose, abandon compris, «seul qui est passé par là peut comprendre»…

Mais le traitement échoue.

Mai 2002Troisième récidive. Les  yeux sont atteints, une métastase dans chaque œil… On me prépare déjà à devoir perdre la vue, on me parle déjà de «prothèses»…  Je m’imagine déjà… Seule au monde, sans personne pour m’aider, aveugle, en mutuelle avec 600 € par mois pour survivre, clouée toute la journée dans un fauteuil sans pouvoir rien faire sinon à attendre de mourir, lentement mais sûrement, de mon cancer…

Etrangement pourtant, je ne panique pas, je n’y crois pas, je me dis que ce n’est pas possible qu’une chose pareille m’arrive…

Et effectivement, le miracle se produit à nouveau: un chirurgien extraordinaire accomplit un véritable exploit médical, il parvient à me sauver les 2 yeux, même si pour lire et écrire un des deux est dorénavant à moitié condamné. Mon cas est d’ailleurs cité lors d’un congrès scientifique d’ophtalmologie.

Septembre 2002 -  Le répit aura été de courte durée. Tout mon corps s’est rempli progressivement de métastases sous-cutanées, des «boules» sous la peau de toutes les dimensions me sortent de partout, de la tête aux pieds, parfois 6 en l’espace d’une nuit… Après 13 biopsies pour enlever les premières, la chimiothérapie s’avère cette fois inévitable, «ça urge» même…

Mais l’anti-dépresseur fait toujours son effet. J’affronte cela haut la main, avec un moral de plomb; entre un cycle et l’autre je trouve même la force d’aller travailler un peu. Trois semaines après mon 3ème cycle, je reprends le travail à plein temps.

Je réclame aussitôt un nouveau vaccin, car étant un sujet désormais «hors protocole» (vu que l’invasion métastatique avait commencé), il ne pouvait plus m’être attribué qu’à titre «compassionnel», dit humanitaire.
Je me retrouve alors à nouveau dans «un groupe de tête », ce vaccin n’ayant jamais été expérimenté sur quelqu’un à un stade avancé comme le mien…


SUITE DANS LA COLONNE DE GAUCHE...




15 décembre 2005 – Italie –  Quotidien "Il Messaggero"

http://ilmessaggero.caltanet.it

 

UNE SOMALIENNE REJETTE SA FILLE, FRUIT D'UNE VIOLENCE

Elle s’en est occupée pendant 10 longs mois, mois durant lesquels elle a mûri son choix d'abandonner sa petite fille conçue sous la contrainte. Et elle lui a dit adieu.

Ainsi une jeune et belle somalienne de 19 ans a motivé hier soir sa décision de renoncer à sa fille. Accompagnée de sa soeur et d'une amie italienne, elle s'est présentée au Tribunal des Mineurs. "Je ne la veux plus, je ne l'aime pas. Je veux la donner en adoption", a-t-elle expliqué.

Une brigade du commissaire Castro Pretorio est aussitôt arrivée sur place, les agents ont essayé de la faire raisonner, mais il n'y a rien eu à faire.




PRESSE ITALIENNE

Traduction française de l’article paru en septembre 2005 sur le journal La Repubblica

  
LES GRANDS TITRES
 

La proposition arrive après les faits récents de nouveau-nés tués et jetés dans un conteneur d’immondices, 3 cas en quelques jours.

 

Des «fenêtres à bébés» déjà ouvertes à l’étranger

Le Président (de l’institut) des Innoncents (situé à Florence) : "Nous ne pouvons pas rester les yeux fermés"

 
300 les abandonnés

Sur base des données de la Commission pour l’Égalité des chances, 300 nouveau-nés sont retrouvés chaque année, « morts ou vifs »

 

+ 10% l'augmentation

En 2002, on dénombre une augmentation des abandons de 10% en 5 ans. La Sicile, suivie de la Lombardie, détient le record.    

 


UN PEU D’HISTOIRE


Les lieux
Depuis l'antiquité existent des lieux où abandonner les nouveau-nés. Dans la Rome antique, au pied de la « colonne lactaria » (*)

« La roue »
Faite «à mesure de nouveau-né» pour éviter l'abandon d'enfants plus grands, elle apparaît dans les années 500

Les enfants trouvés
Les noms inventés pour les enfants trouvés rappellent leur origine. Innocenti se rapporte à la Toscane, Proietti à Rome, Esposti à Naples.

Les années 700
Des pics d'abandons ont eu lieu dans les années 700, parallèlement à la révolution industrielle et à l'entrée des femmes dans le monde du travail.

L'abolition
L'adieu à « la roue » date de 1875. Récemment, dans plusieurs pays européens, des « portiques appropriés » ont fait leur apparition à l’extérieur des hôpitaux



(*) Située dans les catacombes romaines, près de l’actuel Théâtre de Marcello, et où l’on trouve un grand nombre de tombes d’enfants




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le 14 décembre 2005.


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