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Mercredi 1 mars 2006
Parce  que  la  prévention  de  l'abandon  passe  aussi  par  la  difficulté  d'être  mère…

"J'ai rempli beaucoup de vides que je portais en moi depuis 18 ans"

 
Les enfants/adultes abandonnés se complaisent à souligner que l’on ne peut pas se construire sur un vide.
J’ai des racines, une généalogie, une histoire de famille… Mais cela ne m’a pas plus aidée à me construire.
Dans ma vie, jusqu'à mes 45-50 ans, le vide a été partout: à l’intérieur de moi, autour de moi… Tout ce que je touchais ou approchais s’évanouissait comme un bulle de savon.
L’échec d’une vie est-elle donc à imputer à la non connaissance des origines ou plutôt au manque affectif, aux défaillances éducatives ?



"Faut-il accoucher pour être mère"...? 
(L'Empire du Ventre - Marcela Iacub)


Bonjour,

C'est toujours moi, M., 57 ans, de Bruxelles, mais ayant vécu 18 ans en Italie.

À 33 ans, je me suis retrouvée accidentellement enceinte. Je n'avais pour famille que ma mère qui vivait à 1300 km de moi, j'étais donc seule, j'avais plein de dettes sur le dos et rien que des petits boulots pour tenter de survivre, j'habitais complètement isolée (et sans plus de voiture) dans un petit patelin de campagne, et n’avais aucun avenir devant moi...

Et pourtant, allez comprendre pourquoi, bien qu’ayant toute ma vie été confrontée à un total désintéressement vis-à-vis des enfants en général, ma fille je l'ai désirée, j'ai décidé de la garder envers et contre tout... Mais pour, après 4 ans de luttes infernales (et le décès de ma mère entre-temps) devoir me résigner à la donner en adoption...

Je n'ai pas connu de dépression post-partum (voir aussi: ww.maman-blues.org) et j'ai fait de mon mieux pour assumer mon devoir de mère... mais quelle désillusion!

Où était donc tout ce merveilleux bonheur de l'accouchement (dont je garde un souvenir atroce), quel stress et quelle fatigue épouvantable que ces trois premiers mois de vie où il faut se lever toutes les 3-4 heures pour "stériliser, préparer et donner" le biberon, quelle corvée que de passer mes journées à faire la lessive de bébé, quel énervement tous ces pleurs continus dont on ne comprend pas la raison, et j'en passe...

Les soucis, seule, sans argent... C'étaient donc ça les joies de la maternité!?

Ai-je réellement aimé ma fille? Ou bien me suis-je battue pour elle par simple instinct de protection d'un petit être sans défense? Je me pose encore toujours la question...

Oui, j'ai pleuré, oui j'ai souffert quand j'ai décidé de me séparer d'elle à tout jamais.
Mais ça n'a pas duré longtemps. L'adoption était pour moi un tel soulagement, une délivrance...
J'ai relativement vite tourné la page...

Aujourd'hui, je la recherche, indirectement, via le Net, car j'ai «rencontré» des sites d’enfants abandonnés/adoptés et j’ai pris conscience de la profondeur de leur souffrance (même si heureux dans la vie), et j'aimerais avoir de ses nouvelles, savoir si elle est bien ou si je l'ai vraiment rendue tellement malheureuse...

Je me bats au côté des mères biologiques pour le droit aux origines, mais en tant que "défenseure"… Et non pas en tant que "mère"... que je ne me sens toujours pas vraiment être...

Et si je la retrouvais? Que lui dire? Que je ne l'ai jamais vraiment "aimée", que pour moi, "les liens du sang" ça compte fort peu? Qu'elle était pour moi un poids et non "la lumière de ma vie"?

Les années ont passé, et, jusqu'à il y a peu, je suis restée toujours aussi seule et paumée qu'avant, depuis la naissance de ma fille, ma vie n'avait plus été que problèmes...
Mais aujourd'hui, cette solitude s'est transformée en force, en bien-être et en passions de toutes sortes, et, maintenant que la maladie à décidé de me laisser un peu de répit, je réalise qu'en fait, la vie m'a donné exactement ce pourquoi j'étais faite: l'indépendance totale, la liberté absolue, le refus de toute contrainte, corvée, obligation, servitude, ou "goulag domestique", l'absence de tout "boulet au pied", une paix royale dans un petit confort enfin tranquille, le bonheur de pouvoir faire ce que l'on veut, quand on veut et sans avoir de comptes à rendre à personne. Et pour rien au monde je n'échangerais ma vie ni mon passé pour celui d'une mère de famille!




L'abandon: les parents vivent maritalement depuis sept ans. De leur liaison, sont issus deux enfants, l'aîné est âgé de 21 mois et Pascale, que la mère nous confie ce jour à titre d'abandon…………

Demandant le secret de cette naissance, sa mère souscrivit aux services de l'assistance publique un acte d'abandon de son enfant après avoir signé la lettre qui suit :
«J'abandonne mon enfant Berthe Pascale. Je certifie avoir été informée que, passé le délai d'un mois, mon enfant sera définitivement abandonné et que l'administration se réserve la faculté de le faire adopter».
«Je refuse les secours qui m'ont été proposés».
«Je demande le secret de cette naissance».
«Je certifie avoir reçu l'imprimé exposant les renseignements de l'abandon»……………….
Berthe.

Le couple est hébergé depuis deux ans mais celle qui les recueille est menacée d'expulsion. Le père est de nationalité espagnole, exerce la profession de peintre en bâtiments, son gain mensuel est de 1 200 francs environ. Ce dernier est marié, a une fille légitime élevée par la mère. D'après les dires de la déposante (la mère), son ami ne veut pas entendre parler de Pascale, déclare qu'il ne peut assumer cette nouvelle charge. Mme Berthe paraît sans volonté, se soumet sans peine au désir de son ami. Elle n'a jamais visité sa fille à la clinique, ne voulait pas s'attacher dit-elle. Elle ne l'a vue qu'aujourd'hui, s'en sépare avec une indifférence absolue. Mme Berthe ne travaille pas, élève son fils et garde l'enfant de sa logeuse….

STRASBOURG - 13 février 2003 - Procès Pascale Odièvre à la Cour européenne des Droits de l'Homme - Arrêt


Traduction française en exclusivité pour ce blog de la page:


http://www.consapevolezza.it/mandala/frame/madri.asp

Un document exceptionnel à lire très attentivement


LA MATERNITÉ, SES MOTIVATIONS, SES EFFETS...

 L'AMOUR,  LE DÉSIR D'ENFANT,  LA RECONNAISSANCE,  LE PÈRE...


Préambule

 Probablement, après avoir lu cette page, beaucoup d'entre vous vont me détester. Je veux courir le risque. Cependant j'estime nécessaire de faire tout d'abord un bref préambule pour limiter au maximum les mauvaises interprétations et les incompréhensions. Cette analyse a été faite sur la base d'observations quotidiennes sur "cette" société. Sur celle-ci et non pas sur une autre. C'est à dire que je ne considère pas valide au sens absolu ce que je m'apprête à affirmer, mais uniquement par rapport à ce type de société et à toutes les cultures où la liberté de choix de la femme est encore limitée. Il faut rappeler que la liberté de choix n'est pas quelque chose que l'on peut exercer à l'âge adulte; la liberté de choix dépend des opportunités que les adultes déterminent pour leurs enfants dès leur premier instant de vie. Souvent cette voie peut paraître et être sans issue. Toute personne a la faculté de dépasser la culture et la mentalité au sein desquelles elle a été élevée, mais c’est certainement plus difficile pour ceux et celles qui n'ont jamais eu conscience de leurs propres droits et de leur propre valeur. C'est pourquoi ceci n'est pas une accusation acharnée contre les mères, mais une analyse, un constat sans jugement, que j'estime utile pour prendre conscience d'une problématique psychologique et donc jeter les bases pour son dépassement.

Il s'agit d'une invitation aux femmes à ne pas s'identifier trop avec un rôle naturel et social qui finirait par les asphyxier. Pour quelqu'un il sera facile de me rappeler que seulement ceux qui sont impliqués à titre personnel peuvent se permettre le luxe de la cohérence. Cependant il existe des données précises qui valident ma théorie. Il suffit de regarder les résultats des études sur les aspects sociologiques du suicide des femmes. Un grand pourcentage de femmes qui essayent de se suicider sont des femmes au foyer qui ont consacré leur vie au soin de la famille et qui, une fois que leurs enfants ont grandi, se sentent inutiles et voient leur vie dépourvue de sens. Mais mis à part ces gestes extrêmes, dans la plupart des cas, celles qui n'ont pas la possibilité ni le courage de se procurer toutes seules leurs propres satisfactions se retrouvent confrontées inévitablement à la frustration et à la déception. J'espère donc que cette page soit lue et considérée comme une sincère invitation adressée aux mères à vivre davantage pour elles-mêmes (seul moyen de vivre pleinement aussi pour les autres...), et aux hommes à reconnaître dans cette société malade le fruit de leur propre imposition.

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On dit qu'il n'y a pas d’amour plus fort et plus intense que celui d'une mère pour ses enfants: un amour pur, inconditionnel, courageux, généreux. Il est très difficile de défier ce sens commun sans recevoir en échange des regards pleins d’étonnement, de désapprobation et d’hostiles reproches d'ingratitude. Les enfants, en dépit des désaccords, défendent la réconfortante illusion d'être vraiment aimés, et les mères, bien que portant en elles la condition première, en oublient les tourments, à cause de leur rôle actuel. Celles-ci, en effet, pour quelque - à moi obscure – raison, décident de suivre la voie naturelle de la procréation, la pulsion instinctive de protection de l’espèce, mais, en tant qu’êtres humains "civils", elles ne se limitent pas à cela, parce qu'autrement elles ne seraient pas justement récompensées de tous les innombrables inconvénients de la maternité.

 Pourquoi, en effet, s’importuner à subir le poids d'un corps transformé et endolori, les nausées, le douleur, la pudeur de la régression dans la matière, les déboires sociaux, les privations, les nuits d’insomnie à vaquer au nouveau-né, le temps et les énergies pour élever l'enfant, si ceci ne représentait pas pour la mère l'épanouissement de propre «ego»? Pourquoi supporterait-elle tout cela si ensuite elle devait laisser la nouvelle créature libre d'expérimenter, de faire des erreurs, et dès son adolescence d’abandonner la cellule familiale pour poursuivre son propre chemin? Si les êtres humains n'avaient pas la liberté de choisir, comme dans le cas des animaux et, comme dans le temps, cela arrivait à eux aussi à cause des réelles difficultés à planifier la procréation, alors peut-être que cette interrogation n’aurait aucun sens, puisque s’agissant de quelque chose d'inévitable, pas nécessairement agréable, tel que peut l’être un phénomène atmosphérique ou une maladie.

 Mais aujourd'hui, avec la possibilité de décider si et quand procréer, entre en ligne de compte l'importance de la motivation. Acceptation des valeurs sociales, sentiment de vide, besoin d'affection? Toutes ces possibles raisons rentrent dans un même unique principe: l'ego, le «moi». Quelqu'un pourra objecter qu'il y a d’autres causes retenues non égoïstes par le sens commun: l'instinct maternel, l'amour pour les enfants.

Et ici s’ouvre l’immense question de «qu’est-ce vraiment l’amour». En effet, qu’est-ce que l'instinct maternel si ce n’est la nécessité de se sentir utile, de remplir un vide affectif, de tendresse et de continuité, c'est-à-dire « ego » ? L'ego est ce qui rend possible la vie dans cette forme, ce qui détermine l'attachement à l'existence et, si on partage la thèse bouddhiste selon laquelle la vie est souffrance, alors l'ego est la cause même de la souffrance: en cela est son grotesque et son tragique. Ce n’est pas par hasard que toutes les religions prédisent la nécessité de dépasser son ego, tandis que dans le Bouddhisme on va même jusqu’à en formuler le corollaire, c'est-à-dire la nécessité de dépasser l'existence même. Alors, est-ce de l’amour ce qui pousse à créer une vie nouvelle, et donc une nouvelle souffrance? Est-ce de l’amour ce qui, pour remplir son propre vide, se sert d'autres êtres humains créés expressément pour cela?

 

Une attente implique toujours un certain niveau d’illusion, de désir, et expose inévitablement à la déception: l’enfant en qui on posait tous ses espoirs devient un fardeau. Mais aucune mère n’arrivera à formuler ouvertement cette expression, ce seront ses comportements, sa nervosité, son insatisfaction à le faire. De même que pour l’animal pour lequel l’amour maternel est adapté à sa fonction à remplir de survie de l’espèce (et l’inéluctable “mécanique” liée à ce sentiment est, à mon avis, une négation intolérable de la liberté) et s’éteint dès que son petit est assez grand pour subvenir à ses besoins, les mères découvrent également cette fatigue découlant de leur rôle ainsi que toute la vanité de leurs attentes de satisfactions. En réalité, comme cela arrive souvent, «le bonheur» et l’assouvissement ne viennent pas des personnes, des choses ou des situations extérieures, mais de notre propre degré de conscience. Et les enfants sont à l’extérieur de nous, ce sont d’autres êtres humains complets et à part entière. Les mères qui, comme la plupart des êtres humains, ne veulent pas s’assumer la responsabilité de leur bonheur, trouvent plus facile de considérer leurs enfants comme une partie d’elles-mêmes et de prétendre d’eux leur propre satisfaction personnelle. Les enfants, par contre, du moins jusqu’à ce qu’ils deviennent pères ou mères (déjà que les êtres humains difficilement sont capables de cohérence et d’honnêteté lorsqu’il s’agit d’assumer de nouveaux rôles), perçoivent très distinctement leur autonomie et réagissent par la rébellion ou par le renfermement à cet excès d’attentes maternelles: de là part le conflit au sein des familles.
 

Et celles-ci sont évidemment le premier noyau de souffrance pour les nouveaux-nés. Le couple, dont naît une nouvelle vie, est souvent mal assorti et uni par des liens fragiles et non essentiels, qui sont souvent issus du besoin que le «moi» de l’un a du «moi» de l’autre; il est rarement uni par une vision commune des choses, par une recherche commune, par un regard tourné dans la même direction. Un tel couple ne pourra jamais grandir ni ne saura d’autant moins aider un autre être humain à bien grandir. La famille, par conséquent, n’est pas le “nid d’amour” entre des personnes profondément unies, mais un noyau d’individus qui, en vertu d’une froide institution, dorment et mangent sous le même toit. Au cœur de ce noyau, c’est une guerre déclarée entre des individus qui, en tant que tels, luttent pour eux-mêmes, pour leurs propres désirs à satisfaire et pour leurs propres besoins.

Mais la vie sous cette forme et cette dimension ressemble à une école et, comme on le sait, on va à l’école pour apprendre, apprendre en commettant des erreurs, puisque l’expérience est la seule façon d’apprendre et qu’elle n’a pas d’autre chemin qu’elle-même.

C’est pourquoi sans doute la famille *doit* faire souffrir l’être qu’elle mettra au monde: ce sera sa première “classe”, son premier niveau d’études. Cela ressemble à un jeu cruel, à un scénario établi par d’autres auquel il s’avère impossible d’échapper et auquel on se conforme en suivant une pulsion aveugle qui nous fait prendre un réflexe conditionné pour de l’amour. Si nous étions réellement conscients de ce jeu, de cette impulsion originelle qui annule systématiquement la faculté de choisir, nous nous refuserions probablement de nous y soumettre, et l’espèce humaine s’éteindrait. Et en effet, celui qui a compris ce mécanisme, car il s’agit bien d’un mécanisme, choisit de ne pas procréer et de vivre son impossibilité à pénétrer à fond la réalité comme un défi qu’il faut accepter et relever tout en sachant qu’il ne gagnera qu’en mourant. Or, je ne sais pas si l’extinction de la vie humaine est un bien ou un mal; bien que penchant plutôt pour la première hypothèse, ce n’est pas de cela que je veux parler, mais de la maternité, de ses motivations, de ses effets.
 

La mère met au monde ses enfants avec une hypothèque qui pèse sur leur bonheur dès leur premier instant de vie: “mon enfant devra être ma joie, ma satisfaction, ma source d’affection et d’épanouissement, et quand je serai vieille il sera ma consolation et mon réconfort. Il ne pourra pas en être autrement puisqu’il existera «grâce à moi» ”. Si nous étions sûrs de cette opportunité de gratitude, nous devrions peut-être être d’accord avec cette mère, du moins en partie. Mais, comme nous l’avons vu plus haut, nous n’en sommes pas sûrs du tout. Dans tous les cas, pourquoi devrions-nous être infiniment reconnaissants à une personne qui nous met au monde pour se gratifier elle-même et qui, afin que cela se produise réellement, veut nous priver de notre liberté et de notre possibilité d’auto-épanouissement? Mais, avant cela encore, pourquoi devrions-nous être à priori reconnaissants à la personne qui nous a mis au monde malgré que la vie soit souffrance et que cette personne elle-même se chargera de ne pas nous en priver?

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas aimer ou qu’il n’est pas possible d’aimer sa propre mère. Nous éprouverons toujours de la tendresse et de l’affection pour elle, nous sentirons toujours un transport naturel pour ses cheveux, sa voix, ses caresses, même pour ses défauts, et même quand il ne nous restera d’elle qu’une image pâlie par la nostalgie, nous ne pourrons pas ne pas nous sentir liés à elle. Nous lui pardonnerons tout, justement parce que conscients de son incapacité de choisir, justement parce que nous la savons assujettie à cette mécanique de la procréation qui veut que l’existence soit pilotée en portant la biochimie jusque dans l’âme.

Mais le fardeau de la matière et de ses incroyables réactions chimiques qui sont à même de façonner pensées et comportements peut être dépassé en réalisant l’opération inverse: façonner la matière, les réflexes conditionnés, les instincts primordiaux au moyen de la conscience. Je veux détruire les plans de ceux qui nous veulent de simples automates, de ceux qui exigent «la vie pour la vie» et qui, pour ce faire, nous rendent esclaves de nos pulsions involontaires. Je me rebelle à la suprématie aveugle de la vie qui, pour se protéger, sème la mort et la destruction chez d’autres êtres humains en se nourrissant de leur souffrance, vu qu’eux aussi sont désireux de se protéger et se perpétuer. Pourquoi donc devrais-je procréer? Et pourquoi devrais-je me congratuler avec ceux qui décident de le faire?

Dans le Bouddhisme, on croit que l’existence sous sa forme humaine est un grand privilège, car c’est une opportunité importante pour transcender l’existence elle-même grâce à la compréhension de l’ultime réalité des choses. Et pour cette raison on croit que chaque naissance humaine est une bonne chose. Mais alors, moi j’ajouterais, si la naissance est une bonne chose parce qu’elle fournit l’occasion de briser une existence conditionnée, celui qui cherche à atteindre ce but n’en est que d’autant plus louable. Et pour atteindre ce but, il est nécessaire d’avoir une mentalité non conventionnelle, bien consciente. Et nous avons vu que la prise de conscience mène à ce sentiment de renonciation qui rend inacceptable, ou en tout cas, non souhaitée, la procréation. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un hasard si, au cours de l’histoire, les personnages considérés illuminés ont toujours été des hommes. Parce que l’homme peut se permettre de procréer sans que cet événement ne change sa vie et ne lui ôte la possibilité d’aller au-delà de son rôle de père. Evidemment, c’est l’homme même qui s’est assuré que la femme ne puisse pas se soustraire à son immanence, afin qu’il puisse rester au-dessus de toute expérience possible. Mais aujourd’hui, dans ces régions du monde où l’opportunité d’apprendre à penser est donnée aussi à la femme, les choses ne vont plus ainsi et il faut se poser le problème de la procréation, celui du sens et de la fonction de la vie, ainsi que celui du droit des femmes de suivre d’autres voies que celles socialement désignées par les hommes. En fait, j’ai volontairement négligé d’affronter le rôle du père, non pas qu’il soit meilleur ou dépourvu de responsabilité, mais justement à cause de cette possibilité pour l’homme, par nature ou par règle sociale, de s’imposer.

L’homme en effet, dans la plupart des cas, vit la paternité comme une expérience importante mais pas fondatrice. Certes, son implication émotive sera très forte, mais n’en vivant pas les effets sur sa propre peau (ici, nous sommes dans le domaine de la nature) et n’en percevant pas le conditionnement profond dans sa propre liberté (là, nous sommes dans le domaine social), il n’est pas assujetti à l’attente que la mère a vis-à-vis de son enfant. Pour le père, qui n’a pas investi tout son avenir sur son enfant, il est possible d’entreprendre aussi d’autres choses, de changer de vie, d’habitudes, de lectures, de mentalité, de s’engager sur un chemin philosophique et religieux qui l’emmènera loin de l’expérience familiale. Pour la mère, ce n’est pas si facile, parce que, pour elle, le changement de ses propres plans équivaut à l’échec de son investissement et de la prise en charge de la responsabilité de son propre bonheur, un pouvoir que la société machiste lui a toujours nié.

Ainsi, pendant que l’enfant grandit et que le père reprend son existence, la mère voit son but s’évanouir, ses espoirs s’écrouler; elle devient terriblement exigeante. Au cas où son abattement évident ne suffirait pas, elle peut alors recourir à tous les moyens pour ramener son enfant au bercail maternel, ou du moins le faire sentir terriblement en faute pour son ingratitude. Pour une personne aussi prise par elle-même, convaincue en toute bonne foi de mériter la gratitude éternelle, tout ce qui peut éloigner ses enfants devient une menace dangereuse à sa propre exigence de certitude. Voilà donc que la famille, par l’intermédiaire de la mère, empêche ou essaye d’entraver l’envol de ses enfants. Elle veut en empêcher la liberté de choisir, la même qu’elle n’a jamais exercée. Plus souvent encore, elle reste indifférente, sourde et réfractaire à toute action qui distingue l’un de ses membres. Plutôt que d’être intéressée, orgueilleuse et solidaire avec certains actes importants et courageux des enfants, elle les refuse, les fuit, fait comme s’ils n’avaient jamais existés, évite même soigneusement qu’on en parle. Ou bien, deviennent alors simplement une occasion de parler d’autre chose. En général, les soupirs d’envol de ses enfants sont vécus par la mère comme une reproche silencieux de sa pérennité ou ressentis comme une menace à position centrale. Une mère frustrée préférerait un enfant voleur à un enfant libre, pourvu qu’il reste bien à elle, qu’elle voie en lui le fruit de son investissement. Il ne faut pas croire que ce sens particulier attribué à la mère se limite uniquement aux femmes dépourvues d’un propre rôle social ou sans culture. Les manifestations peuvent varier, mais les principes sont les mêmes, s’insinuant peut-être indirectement ou moins évidents, puisque c’est justement souvent la femme qui a connu le plaisir de la liberté qui est la première à exiger une valeur équivalente aux privations (qui lui ont été) imposées par sa propre expérience de mère.

Comme toujours, être pleinement conscient est la clé pour améliorer la qualité de son existence et de celle d’autrui, exactement dans cet ordre. L’altruisme en effet ne peut pas être la cause de la conscience, mais seulement son effet. La connaissance de soi devient ainsi essentielle afin que celle que l’on croit de la générosité soit réellement telle et pas seulement l’énième déguisement de l’ego pour se gratifier. Et la connaissance de soi a besoin d’introspection et d’expérience, des qualités qui demandent des énergies et du temps pour soi.

Au début, il peut arriver que le parcours de la connaissance de soi passe par le plus obscur égoïsme dans l’accomplissement d’expériences extrêmes, mais seul celui qui est prêt à descendre à l’enfer des erreurs sera prêt à monter aux sommets les plus hauts de l’expérience spirituelle réellement pleine de compassion. La conscience mûrit dans la liberté.

Celui qui consacre sa vie aux autres sans passer d’abord par soi-même, sans s’autoriser à penser, vivre, oser, ne pourra jamais permettre que les sujets de sa générosité soient libres, audacieux et autonomes. Et en descendant plus en profondeur, celui qui dédie sa vie aux autres sans avoir mûri la pleine prise de conscience qui découle de l’expérience elle-même, ne sera pas alors réellement généreux, mais foncièrement égoïste, parce qu’il sera en train d’utiliser les autres pour fuir soi-même. Et justement, la mère qui devient ainsi n’a souvent pas eu le temps, les opportunités ou la force de passer d’abord par elle-même. Et la société a dans cela une responsabilité fondamentale: la société, même la plus civilisée, ne concède pas à la femme les mêmes libertés et les mêmes opportunités qu’à l’homme. Probablement, ce désir de domination qui est présent à un stade quasi ancestral même chez le plus intelligent des hommes, est dû au même instinct aveugle de préserver l’espèce dont nous parlions pour l’amour maternel: l’homme sent que la femme ne doit pas être libre et consciente, sinon elle fuirait son rôle de mère et mettrait en péril la survie de l’espèce.

Suggérer une solution pour la souffrance infligée par les mères à leurs enfants et à elles-mêmes serait tout à fait inutile, le seul antidote étant la pleine prise de conscience de tous les individus qui font la société.

Peut-être un jour les êtres humains atteindront-ils en masse cette «conscience» et alors nous vivrons le coucher de l’humanité sur cette terre, en réalisant alors cette extinction de la souffrance tant convoitée par le Bouddhisme, à savoir, les innombrables renaissances atteindront l’objectif de mener les êtres humains à l’illumination, et donc, il n’y aura plus besoin d’aucun Bodhisattva qui reporte son Nirvana “jusqu’à tant que durera l’espace et que resteront les êtres humains”. Ou alors simplement, cela n’arrivera jamais, parce que tout est comme cela doit être sur cette terre, une école que des êtres infinis viennent fréquenter quelques temps pour apprendre à se connaître eux-mêmes et donc recréer du dualisme.  Ou si nous nous éteignons, ce sera à cause de l’énième astéroïde ou cataclysme naturel; et qui sait, peut-être qu’il existe alors un autre monde où aller à l’école sous d’autres formes...


13 septembre 2005

L’Italie découvre la difficulté maternelle

- Article paru sur le quotidien italien La Repubblica -

France, un hôpital pour les femmes qui ont un enfant mais qui ne se sentent pas mamans.

"La clinique des mauvaises mères"

La maison des mères qui n'aiment pas leur enfant est un immeuble horizontal blanc et gris, silencieux et isolé. Aux alentours, il n'y a rien d'autre, sauf un cimetière. Un panneau indique: «Maternologie». Il y a une rangée de poussettes devant la poste d'entrée. A l'intérieur les enfants pleurent, la télé est allumée. L´hôpital de L’Ecole-Saint-Cyr, près de Versailles, est l’unique au monde dans son genre: il soigne les femmes qui, tout ayant eu un enfant, ne se sentent pas mères.

"Accoucher ne suffit pas à se sentir mère" explique Jean-Marie Delassus, un homme costaud, avec une maîtrise en psychologie, qui a inventé dans les années 80 cette étrange science qui s'occupe de comment se développe l'instinct maternel. Son centre est aujourd'hui financé par l’état, et c'est une réponse à une proposition de loi pour créer des structures semblables dans chaque région. C'est aussi une science qui n'est pas écrite dans les encyclopédies et qui provoque beaucoup de polémiques.


Mais les spécialistes lui promettent un bel avenir: 1 mère su 10 a des difficultés d'ordre affectif durant la première année de vie de leur enfant. C'est un problème différent du baby-blues, qui se manifeste aux alentours du 3ème jour après la naissance et qui disparaît tout de suite après. «Il s'agit d'un mal obscur et secret, explique Delassus. Les mères ont un profond malaise durant des semaines, des mois. Elles souffrent et elles en ont honte, parce que ne pas aimer son propre enfant est la chose la plus terrible qui puisse arriver à une femme. Après des années passées à étudier, les médecins n'ont pas trouvé d'origine commune au "mal des mères": parfois la cause est à rechercher dans l'enfance, d'autre fois, il s'agit d'un problème avec le mari, de l'image qu'une femme a d'elle-même, ou encore d’un problème dû à l'incertitude économique ou professionnelle».
Marguerite, Mimosa, Tulipe. Chaque chambre porte le nom d'une fleur. Dans ce lieu, les faits divers dont on parle en Italie ne sont pas du tout regardés avec étonnement. Personne n'est scandalisé par le fait qu'une femme qui porte un enfant puisse avoir envers cette petite créature des pulsions horribles ou en tout cas préoccupantes.

Comme ce qui est arrivé à Michelle, pianiste à Paris dans le 16ème arrondissement. Belle, cultivée, maman depuis moins de 3 semaines de Raphaël. L'autre jour, elle a téléphoné en larmes: "Il est encore en train de hurler, si ça continue je vais le jeter par la fenêtre". Sylvie, employée, elle, à son 2ème enfant, a souffert d'attaques de panique juste après la naissance de Patrice il y a 4 mois. "Je ne me sentais pas à la hauteur. J'avais peur que chacun de mes gestes puisse lui faire mal". Pour Emmanuelle, la naissance de Pierre, après des années à croire qu'elle ne pouvait pas tomber enceinte et un traitement hormonal, fut la fin des illusions. "Je me sens de marbre, je n'arrive pas à communiquer avec lui, c'est comme si je n'éprouvais rien pour lui".

Quand ils arrivent, mères et enfants sont séparés. "Quand elles arrivent, les mères sont épuisées, très tendues. La première chose est de les faire reposer". Souvent elles sont aidées grâce à des tranquillisants. "Ce sont les seuls médicaments que nous utilisons" assure le directeur de l'hôpital. L'utilisation de médicaments et le fait d'éloigner les enfants a suscité des critiques de la part de pédiatres et d'obstétriciens. Les patientes vivent dans cette unité environ 6 semaines, les maris viennent tous les jours. Souvent ils participent aux séances de psychothérapie. La journée se déroule au rythme des tétées: le personnel médical enseigne comment tenir le bébé, comment le regarder. Il y a des balades, des rencontres entre mères. "Elles peuvent ainsi rencontrer des femmes dans la même situation, et c'est déjà un soulagement", explique Anne Catherine Cassin, psychologue de la clinique.

L'idée de médicaliser un mal-être féminin qui existe depuis la nuit des temps suscite de la perplexité. "Ma famille me voyait comme un monstre" se rappelle Brigitte, ex-patiente de l'hôpital, qui a maintenant créé le site "Maman blues". Un forum ou les mères malheureuses peuvent confesser leur mal être. "Souvent on guérit, mais il est important de pouvoir admettre que l'on est mal". Les visiteuses sont en augmentation, tout comme les patientes de la clinique.


http://www.maman-blues.org/forum/detail.php?forumid=35&id=385&page=1



15 février 2006

Devenir mère: un traumatisme


Claudia Gerini parle des côtés négatifs de la maternité, de la fin de son mariage et de son compagnon actuel

MILAN – Elle disait qu’elle aurait aimé avoir 3 enfants et que ça lui aurait plu d’avoir des jumeaux. Maintenant elle pourrait avoir changé idée. La splendide Claudia Gerini a raconté à Vanity Fair les côtés négatifs de la maternité: «Tu grandis en t’entendant dire que la maternité est la plus belle chose au monde. Disons la vérité: il n'en est rien».
Maman de la petite Rosa, d’un an et demi, l'actrice a vu son mariage avec le manager financier Alexandre Enginoli s’écrouler alors que sa fille avait à peine huit mois.

«Pendant la grossesse j'étais euphorique, j’avais grossi de 17 kg mais cela m'importait peu, je me sentais belle et sensuelle quand même – dit-elle.
Je continuais à travailler: dix jours avant l'accouchement, j'étais à Cannes pour présenter Non ti muovere (Ne bouge pas) de Sergio Castellitto.
Ensuite, la césarienne et une longue convalescence».
Après ? «La merde» - répond Claudia. «Mettre au monde un enfant, c’est un traumatisme, tout d’abord sur le plan physique: il y a une partie de toi qui se détache, on te l’enlève, et toi tu restes avec ce ventre mou et dégonflé, vide. Ensuite, du moins pendant les deux premiers mois, tu cesses d’exister. Tu n'as plus ton identité ni tes points de repères quotidiens, comme par exemple le travail. Et toutes les attentions des autres sont concentrées sur l'enfant».

Sa crise de maternité a été une des causes qui ont mené à la séparation d’avec Enginoli.
«Entre nous il y avait déjà des problèmes avant que je ne reste enceinte, admet-elle. Quelle a été l’erreur? Jeunes mariés, quand nous étions vraiment heureux, nous avions tente d’avoir un enfant, mais il n’avait pas voulu venir. Et puis, lorsqu’à la fin il est arrivé»………….

(Libero News)

http://magazine.libero.it/gossip/generali/ne2089.phtml





 

Par Michaeliss - Publié dans : www.adoptionetmaternite
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Texte libre



« Les histoires des enfants abandonnés n'ont pas toujours le même déroulement  heureux (la maman qui revient, comme dans les fables), parce que, souvent, les mères s'en restent au loin et ne reviennent jamais plus en arrière. Soit elles souffrent comme des bêtes et se traînent alors dans une vie de remords. Ou bien elles effacent cette douleur, elles la rayent de leur vie et en recommencent une nouvelle, là où il ne s'est rien  passé, là où cette histoire n'a jamais eu lieu.»

Extrait de l'article « Elle avait abandonné son nouveau-né » - LA STAMPA – 9/11/2003



Tomber enceinte, c'est l'affaire de quelques secondes.
Décider d'avorter ou non, c'est l'affaire de quelques semaines.
Se préparer à devenir mère, c'est l'affaire de quelques mois.
Accoucher d'un enfant, c'est l'affaire de quelques heures.
L'élever, c'est l'affaire de toute une vie...

Et quand les rêves s'évanouissent? Quand 
«les joies de la maternité» se transforment en fardeau, voire même en enfer ??



www.maman-blues.org

Lire mon autre témoignage à ce sujet dans l'article intitulé:
"Faut-il accoucher pour être mère?"...


MON HISTOIRE 4

Octobre 2004
– Bien que n’ayant jamais cessé, de près ou de loin et, comme tout le monde, avec des hauts et des bas, de suivre l’évolution du combat des adoptés italiens pour le DROIT AUX ORIGINES, je décide, par solidarité avec eux, de repartir à l’attaque, de relancer le débat.  

Mon but premier ?
Voir «enfin» d’autres mères de naissance apparaître et prendre la parole sur le Web italien!
En effet, je ne comprends pas… Moi qui suis la moins maternelle de toutes, qui ne suis pas en souffrance, moi qui ai «oublié» mon enfant, du moins dans mon cœur, et qui ne me traîne pas dans une vie de regrets ou de remords, moi qui ne me sens «coupable» de rien, sinon d’avoir donné la vie à un être humain pour ensuite l’abandonner (je n’ai pas avorté par lâcheté, mais si la pilule du lendemain avait existé, je n’aurais probablement pas hésité longtemps), comment se fait-il que moi, mère indigne, je sois après 5 ans d’appels et d’attente, toujours la seule et unique mère naturelle à oser s’exprimer, à raconter, à réclamer un DROIT DE SAVOIR OÙ EST MA FILLE avant que «ne sonne le glas» ?? !
Il y a à tout cela un tel non sens, quelque chose qui m'échappe...


Je mets donc en ligne un site Internet bilingue français-italien. Forte de ma bonne connaissance des deux langues, je m’associe avec le site italien Astro Nascente auquel je propose de calquer le combat sur celui de la France, où une association de Mères dites «de l’Ombre» existe depuis plusieurs années déjà, en lui expliquant que le versant «mères» était le maillon fort de la chaîne, les mères détenant la vérité et tout le secret d’une naissance, que ABSOLUMENT TOUT partait d’elles et que ce combat ne prendrait réellement du poids qu’au travers d’elles. Et que seule une prise de conscience de leur part permettrait d’avancer.

Novembre 2004 – 15 jours avant la date anniversaire de ma fille (18/11/1982), l’inspiration me vient soudainement, et en un quart d’heure je rédige quelques lignes sous forme de «Lette ouverte à ma fille» que j’envoie aussitôt par mail et par lettre à la rédaction du quotidien italien «Il Secolo XIX» de Gênes, région où ma fille aurait été adoptée.

«Le hasard» (??) veut que ma lettre tombe dans les mains d’un journaliste qui semblait être concerné «de très, très, près par l’adoption» (j’ignore à quel titre, mais je peux m‘en douter…), et qui, 10 jours après, me sort un article d’une demi page, déballant à sa façon une bonne partie de ma vie.
 
Le vrai départ était donné, je ne pouvais plus faire marche arrière, il m’avait peaufiné une bonne carte de visite, je ne pouvais pas laisser passer l’occasion. Quelques jours après, je suis contactée par la chaîne TV nationale italienne RAI2 qui veut «m’aider à retrouver ma fille» sous condition que je participe à Noël ou à Nouvel An à une de leurs très populaires émissions… Ce que, pour plusieurs raisons, notamment de santé, je dois (et je mentirais si je disais «malheureusement») refuser.
En fait, je crois que la journaliste s’attendait à se trouver en face d’une «maman en sanglots prête à tout pour retrouver son enfant»… Elle était plutôt mal tombée… Non, décidemment, tous me prenaient au dépourvu, tout allait trop vite, je n’étais pas prête, ni à affronter une caméra que déjà je déteste, et encore moins un public italien qui, rien qu’à prononcer le mot «maman», se met déjà à pleurer !

Octobre 2005 – Après 3 ans de traitement par vaccin (tous les mois la 1ère année, toutes les 6 semaines la 2ème, tous les 3 mois la 3ème), je suis en rémission complète. Mes 35 nodules sous la peau ont disparu, la science et mon moral ont réussi à me stabiliser…
Les médecins eux-mêmes n’en reviennent pas. «Vous ne finirez jamais de nous étonner» me disent-ils à chaque fois qu’ils me rencontrent dans les couloirs.
C'est vrai que je reviens de loin, oui, mais, pour combien de temps encore… ?

Insidieusement cependant, les effets secondaires ont fait des ravages. Mes forces et mes énergies diminuent d’année en année, la fatigue chronique est devenue le nouvel ennemi à combattre, mais - oh cercle vicieux ! - contre lequel je ne trouve plus la force de lutter, par manque d'énergie…
 
Fort heureusement, tous mes plaisirs, toutes mes passions sont chez moi, dont une bonne partie sur mon PC, ce petit bijou de technologie qui réunit des personnes d’un extrême à l’autre de la planète.
Désormais mon bonheur à moi est dans la liberté absolue, le silence et l’isolement. La solitude m’accompagne depuis le berceau, il m’aura fallu 50 ans pour apprendre à l’apprivoiser d’abord, à l’aimer ensuite: je me retiens donc maintenant une femme comblée, et après tout ce que j’ai passé, aussi terriblement chanceuse!
Car, oui, j’ai la chance d’avoir encore mes 2 jambes et mes 2 bras valides, d’avoir un petit emploi et un petit 28 M2 où vivre et me réfugier en paix, d’avoir encore mes 2 yeux pour voir, mes 2 oreilles pour entendre, et un esprit encore suffisamment lucide que pour pouvoir lire et écrire et exprimer toutes les choses que j'ai encore à dire.

Mais de quoi les adoptés se plaignent-ils donc toujours? N’y a-t-il pas une «limite» à leurs plaintes ou gémissements à respecter ? Je peux comprendre, soutenir, adhérer et compatir pleinement à la «blessure primitive» et à cette exigence profonde (pour certains d’entre eux) de vouloir connaître ses origines (à condition toutefois que cela ne rime pas avec «maman»), je peux me ranger aux côtés de ceux qui militent pour l’obtention de ce DROIT FONDAMENTAL de l’homme, mais je ne peux accepter l’obsession, les excès (ni «d’amour», ni de haine), le stade du mur des lamentations, de la «persécution» ou de la hargne contre les adoptants ou les institutions de l’État tels qu’on peut les trouver en certains endroits.

« OUI à l’adoption, NON au secret ! ». Nul n’est à l’abri d’un échec social ou familial, et ce n’est pas dans les familles adoptives que l’on retrouve les pires cas de maltraitance sur l’enfant, mais bien dans les familles biologiques.
 
Et les mères dans tout cela?
Pour moi la réponse est purement et simplement dans ces quelques lignes, claires et concises, écrites par un journaliste italien dans son article intitulé « Elle avait abandonné son nouveau-né » (LA STAMPA – 9/11/2003) - VOIR  PLUS HAUT -

Quant à la «bonne recette pour l’apaisement» des personnes adoptées, c’est sans doute au travers de ce témoignage d’un jeune adopté italien de 19 ans, actuellement en quête de ses origines, que j’ai pu trouver une des meilleures réponse à donner:

« L’important, c’est de SAVOIR. Ton histoire était déjà écrite, et tu sais où elle t’a menée, c’est juste que tu ne la connais pas: alors, découvre-la et puis, mets-la de côté ! »


Et entre Novembre 2004 et Novembre 2005, que s’est-il passé ?

Décembre 2004 - Je me place «en observation»: pendant des mois je découvre et je lis des témoignages de mères, d’adoptés (ou non) et d’adoptants français, je m’instruis, et je reste surtout la première étonnée devant ces histoires de mères victimes et dépossédées de leurs enfant, je n’imaginais même pas que de telles situations puissent exister!
Avec mon petit caractère, à leur place, tôt ou tard, je me serais probablement rebellée aussi… (bien que, pas sûr, j’aurais sans doute «cicatrisé» très vite…), mais certainement pas en m’entremettant dans la vie de mon enfant avant sa majorité, cette façon de faire me choque profondément! Je ne peux concevoir ce manque de respect envers la famille adoptive, sans compter le risque de nouvelle déstabilisation d’un enfant adolescent que l’on court.

Car, quelles qu’aient été les circonstances de l’abandon, à moins d’avoir subi un viol ou un inceste, la mère a quand même consenti à un rapport sexuel, et a donc toujours sa part de tort et de responsabilité à assumer.
 
Et puis, quel est le pourcentage de femmes dans leur cas? S’agit-il d’une petite minorité…, la grande majorité des femmes ayant, tout comme moi, depuis longtemps oublié et tourné la page? Où suis-je moi l’exception, l’extra-terrestre, la seule inhumaine au cœur de pierre??
Heureusement que l’actualité, les forum de discussion, les chiffres officiels publiés dans divers pays et les statistiques sont là pour me répondre et me rassurer!

Mais où sont donc toutes ces mères et ces enfants remplis d’émotion qui se tombent dans les bras l’un de l’autre au moment des retrouvailles?! Pourquoi la majorité des mères «s’enfuient-elles» lorsqu’elles sont retrouvées? Pourquoi faut-il déployer tant d’efforts de «médiation» et de moyens pour qu’une mère accepte de lever le secret sur son identité ou même simplement de se montrer? Ah, que c’est beau «l’immense et éternel amour maternel»!
Aujourd’hui plus que jamais, je reste donc convaincue que ce sont bien les mères au cœur déchiré qui forment l’exception. Et si vous parvenez un jour à me prouver le contraire, et bien, ce sera TANT MIEUX,  car ce sera alors le premier VRAI  grand pas vers la Victoire pour le droit aux origines !

Je m’étonne également de cette sorte de «discrimination» qui est souvent faite entre mères ayant reconnu (mais abandonné tout de même !) leur enfant, et mères ayant «accouché sous X» que l’on retrouve sur certains sites, tant français qu’italiens…
Pour celles qui souffrent, leur souffrance est-elle donc tellement différente ? N’est-il pas encore plus cruel et plus douloureux pour une mère qui tient à ses enfants de se les voir «enlever» après les avoir connus et élevés pendant plusieurs mois, parfois plusieurs années, plutôt que de se voir retirer un enfant qu’on a à peine ou même jamais entrevu à la naissance? Les femmes ayant accouché sous X ont-elles l’exclusivité du malheur et de la souffrance?
Et ce n’est pas parce qu’une femme a reconnu son enfant qu’on lui octroie le droit de le retrouver! 
Un enfant/adolescent/adulte ne recherche-t-il pas avant toute chose sa mère «biologique»? Ou bien à l’avenir devra-t-il aussi d'abord se préoccuper que sa mère ait bien accouché dans le plus strict anonymat sous peine de se voir «exclu du clan»? !
Bizarrement d'ailleurs, parmi les quelques rares mères ayant timidement osé «sortir de l’ombre» sur les forums italiens, 2 sur 3 sont des mères ayant reconnu leurs enfants. Tiens, tiens, seraient-elles plus aimantes, plus en souffrance, ou plus maternelles que les autres?!

LE MOT DE LA FIN...

Voilà pourquoi, bien que membre du bureau et solidaire de deux associations représentatives du combat pour DROIT AUX ORIGNES, et bien que souhaitant de tout cœur que ces adultes en recherche trouvent la maman (ou l'enfant) dont ils rêvent, je ne peux toutefois que continuer mon chemin et mon exploration toute seule, sous peine de blesser des tas de personnes dont, même avec la meilleure volonté du monde, je ne parviens pas à partager les sentiments.  

Pour ce qui est de la France, «l’accouchement sous X» n’est pas mon combat, le DROIT AUX ORIGINES, oui. Certains ont bien compris la nuance, d’autres pas. Pas grave, les premiers grandissent, les autres ternissent: bon vent à ces derniers.

Pour ce qui est de l’Italie, le gouvernement ayant, depuis juillet 2005, lancé une immense campagne de sensibilisation visant à faire connaître et à «promouvoir» l’accouchement anonyme, et vu la foule de réactions que cette annonce a suscité sur les adoptés – 0 sur près de 600 inscrits, tous «leaders» compris ! – il apparaît désormais plus qu’évident que la bataille est perdue d’avance, si elle a même jamais commencé !

La seule et unique qui ait réagit, c’est une mère «d’Origine», indigne, ayant reconnu son enfant, non maternelle et non en souffrance, et qui plus est, malade et étrangère… Allez donc y comprendre quelque chose…
Donc, côté italien, nous continuerons dorénavant à nous échanger de gentils petits messages de consolation… et à nourrir des tas de fausses espérances dans le cœur de centaines de personnes…

Mais, sur au moins un point, nous sommes je crois TOUS bien d’accord:
Oui, « l’accouchement sous X »  a encore de très beaux jours devant lui !




« L'idée d’avoir été abandonné(e) provoque de la souffrance, il est inutile de le nier. Chacun surmonte cela à sa façon, il y a ceux qui choisissent le détachement et ceux qui par contre veulent rencontrer leurs parents au moins une fois.
C’est aussi naturel que boire un verre d'eau.»
Journal Terredimezzo – Décembre 2004 - Italie



DROIT AUX ORIGINES

 POURQUOI CHERCHER?


Pour régler ses comptes avec le passé

Pour prévenir les maladies génétiques

Pour dire: « Oui, maintenant JE SAIS, et c'était
MON DROIT! »



10 novembre 2005 – Le témoignage de A… (Italie)

 
 

« J’ai depuis peu connu ma mère naturelle. Pour moi cela a été important même si cela n’a pas été la classique fable au grand beau final.

Cela a quand même été une expérience profonde qui m’a énormément changé. J’ai rempli beaucoup de vides que je portais en moi depuis 18 ans (j’en ai 30). Des choses qui peuvent sembler banales, pour moi, ont été une découverte: j’ai les yeux de ma mère, et aussi son sale caractère -:)) »…



 

 MAIS L’HISTOIRE NE S’ARRÊTE PAS LÀ POUR AUTANT…


NOVEMBRE 2005

 Un mois chargé d’émotions… de toutes sortes. 

18 novembre, date d’anniversaire de ma fille qui fêtera, joyeusement ou tristement (?) ses 23 ans, un événement incroyable se produit: j’aurais peut-être réuni un frère et une sœur, de la France à l’Italie. Nouveau miracle de la vie? Mais pourquoi juste en ces jours-ci, alors que l’annonce du frère était sur nos fichiers italiens depuis presque deux ans ?!! Quelle force mystérieuse m’a poussée à me pencher «soudainement» à nouveau sur ce cas que j’avais pris particulièrement à cœur il y a quelques mois?

 19 novembre, ce frère italien «retrouvé» fête aujourd'hui ses 32 ans, en larmes, après la découverte de sa supposée histoire que je viens de lui révéler. A l’autre bout du fil, en France, une sœur pleure de joie… 

22 novembre, c’est le nouveau verdict qui tombe: l’heure de la récidive tellement attendue et redoutée a sonné. Le cancer s’est propagé à la rate. Ma 6ème opération chirurgicale se prépare donc.

9 décembre, la sensation d'un destin qui devait s'accomplir s'accroît comme jamais auparavant: ce soir le téléphone a sonné... pour m'annoncer... que l'on avait retrouvé ma fille !  Pour l'instant, dans mon coeur et dans mon esprit, toujours aussi peu d'émotion, juste beaucoup d'appréhension pour le nouveau drame que cela pourrait déclencher dans la vie de cette jeune fille...  qui a cessé d'être ma fille depuis une éternité...



Vendu gratuitement sur le net

Un site d'enchères en ligne néerlandais (www.marktplaats.nl, l'équivalent batave d'eBay, situé à Emmeloord) a retiré mardi soir une annonce dans laquelle une mère se proposait de donner gratuitement son fils d'un an.
« Il n'a pas de maladie et je le donne parce que j'ai tant de soucis en tête et que je ne suis pas très bonne pour m'occuper des enfanst »,
selon le texte qui accompagne l'annonce.
L'auteur(e) se prétend être une mère de quatre enfants, victime du stress.
www.lesoir.be du 11 janvier 2006



PARLONS  "STATISTIQUES"...

16 décembre 2005 - Journal "Le Quotidien"

Région Saguenay/Lac-Saint-Jean (Québec-CA)

Voilà ce que démontrent les statistiques compilées par la directrice régionale du Mouvement Retrouvailles, Denise Boudreau. En ce moment, elle compte 700 dossiers ouverts dans la région.

De ce nombre,

12 % sont des dossiers de mères qui recherchent,

30 % ont été initiés par des hommes adoptés,

58 % par des femmes à la recherche de leur mère.



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QUI SUIS-JE ?

Une «mère», tout à fait indigne de ce nom, qui, il y a maintenant 23 ans de cela, a mis au monde (en Italie) une petite fille... alors qu'elle n'aurait jamais dû le faire.

Dans la situation où je me trouvais, pratiquement sans famille, sans travail et sans aucun diplôme pour pouvoir un jour décrocher un boulot stable, habitant isolée en campagne et sans plus de voiture, sans argent et endettée jusqu'au cou à cause d'un petit flat qui était "bien à moi" mais qui n'était payé qu'à moitié, c'était de la folie pure. 

Pas maternelle pour un sou, et n'ayant jamais désiré ni me marier ni avoir des enfants, je décidai toutefois de ne pas avorter, non pas par "moralité" ou par conviction religieuse, mais tout simplement par lâcheté, parce que j'avais une peur bleue de l'intervention et de me retrouver toute seule dans un hôpital pour accomplir ce terrible geste. Une étincelle d'instinct maternel s'était aussi réveillée en moi, et j'avais fini par désirer fortement cet enfant.

Mon "rêve" s'exauça: je voulais une petite fille, j'eus une petite fille... Et après avoir traversé mes mois de grossesse dans l'isolement total et dans une misère noire, je me retroussai les manches pour affronter du mieux possible les années de galère qui s'annonçaient devant moi…



Pourquoi est-il si difficile de faire «sortir de l'ombre» des mères (ou des pères) «biologiques» ayant, par le passé, abandonné ou donné en adoption un enfant ?

Tout être humain a LE DROIT de connaître ses racines, l’histoire de sa naissance.

Les enfants (devenus adultes) adoptés se regroupent par centaines partout dans le monde pour tenter de retrouver leur mère naturelle, mais ces parents «d'origine», eux, continuent de faire la sourde oreille...


Depuis 6 ans, j'essaie de comprendre POURQUOI ?

Donc, mères ou pères de naissance, si le sujet vous intéresse, contactez-moi

(Lien "contact" tout en bas de la page).  Merci.




« Aujourd'hui, comme hier, malgré la grossesse, des dizaines de milliers d'enfants sont abandonnés et maltraités. Par ailleurs, le fait que l'enfant coûte parfois tant, physiquement et moralement, à la mère, n'est pas sans répercussions négatives. Certaines femmes détestent leur enfant pour cela. Vous voyez, ce n'est pas simple.»
(Henri Atlan)



En 2000, 3.393 bébés de moins d'un an sont morts en France. Les trois quarts de ces morts relèvent de deux causes: le «syndrome du bébé secoué» et la mort à la naissance par asphyxie, noyade ou abandon sans soins… Toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées.
Rapport Inserm 2005


 
«Quelque 2.000 enfants démunis souffrent de ne pouvoir s'accrocher à aucun foyer déterminé. Pour prendre la véritable mesure du phénomène, il suffit de rappeler qu'il y a quelque 15 000 enfants «placés» par année au Québec...»

Les dilemmes de la protection de la jeunesse

L'adoption est-elle la meilleure solution ?


«Il faut abandonner cette espèce de droit biologique des parents dits naturels... On n'en a rien à foutre d'un parent qui a mis au monde un enfant et qui ne s'en occupe pas. Il faut passer à une nouvelle modernité contemporaine de la famille!»

(Dr J.-Fr. Chicoine de l'Hôpital Sainte-Justine - Québec)
Source: www.ledevoir.com

«Jusqu'à quand laisser à des parents biologiques la tâche de prouver qu'ils peuvent être des parents ?»

Tout le dossier sur S-O-S-AbbandonoeAdozione



MON HISTOIRE 3

Parallèlement cependant, une autre vie, «virtuelle» cette fois, allait lentement se développer. L’Internet allait m’ouvrir de nouvelles portes...

Août 1997 (J’ai 48 ans)- Le diagnostic tombe: mélanome malin, stade avancé.  Pour la première fois de ma vie, je me vois contrainte et forcée de me faire prendre en charge par l’État, belge, cette fois, le destin m’ayant étrangement «poussée» à regagner ma ville natale (Bruxelles).
Je ne réalise absolument pas le danger que je cours, et je me retrousse les manches. Bien que «minimexée» (équivalent du RMI en France), je parviens à m’acheter un tout vieil ordinateur d’occasion et à m’inscrire à une formation sociale pour faire mes premiers pas en informatique.
Déterminée à vouloir m’en sortir à tout prix, je commence tout doucement et péniblement à remonter, «une nouvelle fois» la pente.

Février 2000 – J’ai enfin pu m’acheter un «vrai» ordinateur relié à l’Internet, et je me demande ce que je vais en faire, ce que je suis venue y chercher. Quelle recherche faire, de quoi…?  Ou si…? Peut-être, plutôt, «QUI» rechercher ?? !

Car, instinctivement, la première pensée qui me traversa alors l’esprit fut: «Et si j’essayais de lancer un appel pour retrouver ma fille?».
Mon tout premier mot-clé rentré dans un moteur de recherche fut: « ADOPTION ». Et, quelques jours après, mon tout premier message: «Je recherche ma fille, née le…».

Je me fais immédiatement «récupérer» par une jeune fille qui me redirige vers un groupe de discussion italien intitulé «Enfants adoptés et Parents naturels». Je place également une annonce sur le registre d’un autre site de recherches en ligne, appelé ASTRO NASCENTE.

Mars 2000 – Je découvre les premiers témoignages des enfants adoptés en quête de leurs  origines. Leurs cœurs se gonflent d’espoir car je suis la toute première «maman» à apparaître sur leur site. Je raconte mon histoire, je découvre «leurs vides», leur chagrin, la profondeur de leur blessure, que, bien sûr, je comprends (cela me paraît évident que grande souffrance il y a lorsqu’on est abandonné par sa mère). Mais je découvre aussi des réactions qui me laissent terriblement perplexe : sens de culpabilité (comment un enfant peut-il se sentir responsable du geste de sa mère?), rancœur, haine parfois, ou, au contraire, messages d’amour à leur «vraie maman» (comment est-il possible d’éprouver de «l’amour» pour une personne qu’on n’a jamais vu ni connu dans sa vie?), sacralité des liens du sang, des «9 mois passés ensemble», recherches qui tournent à l’obsession…

Et là je ne comprends plus du tout... N’y a-t-il pas un stade où il faut pouvoir se résigner, tourner la page, se rendre compte de la chance qu’on a d’avoir pu être adopté et sauvé d’une vie misérable?
Toutes ces personnes qui écrivent aujourd’hui derrière un PC ont une vie normale, une famille, un foyer, un(e) conjoint(e), des enfants, un travail, une voiture, une seconde résidence à la mer ou à la montagne, des vacances une ou deux fois par an, de quoi donc se plaignent-elles?
Bien sûr que l’argent ne fait pas le bonheur...Quand on ne s’est jamais retrouvé à la rue, sans travail et sans PERSONNE à qui demander de l’aide, quand on n’a jamais manqué de rien c’est tellement facile à dire!

Août 2000Première récidive, le premier ganglion est atteint. 2ème intervention chirurgicale,  nettement plus lourde cette fois. Mais je n’ai toujours pas pris réellement conscience du danger et de la rapidité avec laquelle la maladie peut de propager. Je reste confiante.

Mai 2001 -  Un bref séjour en Italie. J’y rencontre 3 personnes adoptées italiennes: j’ai devant moi des personnes équilibrées, heureuses, épanouies. Je n’ose pas leur dire que jamais je n’ai pensé à ma fille le jour de son anniversaire, que je ne pleure plus sur cet épisode du passé, que je ne souffre pas le moins du monde de cette séparation forcée de ma fille, que «ce qui est fait est fait» et que se ronger intérieurement ne sert à rien sinon à se faire du mal à soi-même...

Je me rends vite compte qu’un mur nous sépare, et que mes paroles pour eux sont dures à entendre. Je me dis toutefois que si tant d’enfants adoptés souffrent en silence de leur abandon, ma fille doit sûrement en souffrir aussi, et que bientôt, tout comme moi, par le biais de l’Internet, elle aussi se mettra à ma recherche, qu’elle voudra sûrement me connaître, savoir les raisons qui m’ont contrainte à ce geste, connaître son histoire, ses origines, savoir qui est son père… Car, j’estime que c'est SON DROIT le plus strict et qu’il est de MON DEVOIR de lui laisser «au moins cela» avant de m’en aller pour toujours.

Mais cette prise de conscience de ma part n’est survenue que grâce à l’apparition de l’Internet dans ma vie au quotidien. Sans cela, jamais je n’aurais songé à entamer une recherche. L’adoption étant un acte irréversible, je pensais en toute sincérité et ingénuité qu’il en allait de même pour l’enfant, que passés les premiers traumatismes du changement, il faisait le deuil de son abandon, et que la sérénité prenait finalement le dessus sur la tristesse.

… Plus de 5 ans ont passé depuis mon premier appel à ma fille. Je l’attends toujours, par le biais de la magie du Web, mais je n’ai toujours pas effectué la moindre recherche active, je n’en ressens pas le besoin, et surtout, je ne m’en sens pas le droit ni vis-à-vis d’elle, ni vis-à-vis de ses parents adoptifs.

D’ailleurs, aux mamans qui, sur les forums italiens, recherchent désespérément leur enfant, je réponds toujours:

« Mais ce sera quand même toujours à ton enfant, et à personne d’autre, de décider s’il voudra ou non t’accepter dans son coeur. Petit, il n’a pas pu choisir, maintenant qu’il est grand, pouvoir choisir, c’est SON droit. »

Pour ma part j’ai cessé d’être mère le jour où j’ai, avec au moment même un immense chagrin, laissé ma fille à d’autres, où j’ai renoncé à assumer plus longtemps mes responsabilités. Pour moi, la vraie mère est celle avec qui on a tissé des liens d’amour et d’affection tout au long d’une vie, et non pas celle qui a accouché.

(Ai-je répondu à vos attentes chère Madame Luisa Forti ?)

VOIR PAGE D'ACCUEIL: lettre ouverte à ma fille du 17 novembre 2004




Ni la grossesse ni l’accouchement ne sont pour moi des souvenirs heureux, loin de là… Je les ai donc, avec tout le reste, rapidement effacés de ma mémoire.

Maintenant, tout ceci ne veut pas forcément dire que «SI» un jour je devais la retrouver, je ne craquerais pas… Peut-être ce jour-là toute la déchirure du passé remontera-t-elle à la surface?
Je l’ignore, j’ignore complètement quelle sera ma réaction face à elle. Sans doute cela dépendra-t-il aussi fortement de sa propre réaction et situation... Heureuse ? Malheureuse ?

Une chose est certaine: la rancœur, les méchancetés ou les reproches seront très mal reçus, elle a intérêt à ne pas me braquer, car à s’en prendre plein la figure, hélas, ce sera elle, pas moi...
Après tant d’années de d'observation et de réflexion à ce sujet, j’en suis d’ailleurs encore et toujours au stade de me demander s’il ne vaudrait pas mieux qu’elle ne cherche jamais à me connaître ni à
«savoir» la vérité... Car, TOUTES les vérités sont-elles bonnes à dire et à entendre ? Malgré les centaines de témoignagnes que j'ai pu lire sur de multiples forum, j'en doute toujours, et même très fortement...

Il est évident que seule une profonde maturité et une grande ouverture d’esprit de sa part pourront éventuellement rétablir une relation mère-fille entre nous. Et que pour moi, au plus les années passent, au mieux c’est.

Septembre 2001Deuxième récidive. Le foie est atteint. Là, enfin, je réalise… Le ciel me tombe sur la tête. Je me vois morte et enterrée endéans les 6 mois, la panique s’empare de moi…

C’est terrible de n’avoir personne à qui laisser les choses qu’on aime, les quelques rares souvenirs de famille, de ne même pas pouvoir faire un testament parce qu’on ne sait pas à qui léguer quoi… C’est à ce moment-là que je me rends compte combien il serait important pour moi aussi de pouvoir transmettre un quelque chose, un reste de moi à ma fille…

Les médecins tentent quand même l’opération, et me sauvent provisoirement la vie. Un anti-dépresseur me sauve le moral. Je dévore à nouveau la vie à pleines dents, je me replonge corps et âme dans le travail, mes collègues sont chouettes, cela m’aide beaucoup.
 
Comme pour l’abandon de ma fille, oublier son mal, ne pas y penser, c'est le meilleur moyen d’y remédier.
Paradoxalement pourtant, le seule douleur qui, chez moi, même 20 ans après, «ne passe pas», c’est la mort de ma mère… Jamais je n’oublierai cet écrasant sentiment «d’abandon total» que j’ai éprouvé à ce moment-là…  Mais sans doute aussi, parce qu’à 33 ans, plus personne n’était là pour m’adopter...
Comme quoi on peut ne pas partager du tout les mêmes émotions «d’enfant à mère» que «de mère à enfant»… Et que «l’illusion d’une réciprocité» peut par conséquent faire beaucoup de mal...

Janvier 2002 – On tente un nouveau vaccin censé bloquer le développement des métastases. Je sers de cobaye, je suis dans le «premier groupe». Bilan de santé tous les 2 mois, je passe la moitié de mon temps dans les hôpitaux. Les examens, l’angoisse des résultats…
Comme pour toute chose, abandon compris, «seul qui est passé par là peut comprendre»…

Mais le traitement échoue.

Mai 2002Troisième récidive. Les  yeux sont atteints, une métastase dans chaque œil… On me prépare déjà à devoir perdre la vue, on me parle déjà de «prothèses»…  Je m’imagine déjà… Seule au monde, sans personne pour m’aider, aveugle, en mutuelle avec 600 € par mois pour survivre, clouée toute la journée dans un fauteuil sans pouvoir rien faire sinon à attendre de mourir, lentement mais sûrement, de mon cancer…

Etrangement pourtant, je ne panique pas, je n’y crois pas, je me dis que ce n’est pas possible qu’une chose pareille m’arrive…

Et effectivement, le miracle se produit à nouveau: un chirurgien extraordinaire accomplit un véritable exploit médical, il parvient à me sauver les 2 yeux, même si pour lire et écrire un des deux est dorénavant à moitié condamné. Mon cas est d’ailleurs cité lors d’un congrès scientifique d’ophtalmologie.

Septembre 2002 -  Le répit aura été de courte durée. Tout mon corps s’est rempli progressivement de métastases sous-cutanées, des «boules» sous la peau de toutes les dimensions me sortent de partout, de la tête aux pieds, parfois 6 en l’espace d’une nuit… Après 13 biopsies pour enlever les premières, la chimiothérapie s’avère cette fois inévitable, «ça urge» même…

Mais l’anti-dépresseur fait toujours son effet. J’affronte cela haut la main, avec un moral de plomb; entre un cycle et l’autre je trouve même la force d’aller travailler un peu. Trois semaines après mon 3ème cycle, je reprends le travail à plein temps.

Je réclame aussitôt un nouveau vaccin, car étant un sujet désormais «hors protocole» (vu que l’invasion métastatique avait commencé), il ne pouvait plus m’être attribué qu’à titre «compassionnel», dit humanitaire.
Je me retrouve alors à nouveau dans «un groupe de tête », ce vaccin n’ayant jamais été expérimenté sur quelqu’un à un stade avancé comme le mien…


SUITE DANS LA COLONNE DE GAUCHE...




15 décembre 2005 – Italie –  Quotidien "Il Messaggero"

http://ilmessaggero.caltanet.it

 

UNE SOMALIENNE REJETTE SA FILLE, FRUIT D'UNE VIOLENCE

Elle s’en est occupée pendant 10 longs mois, mois durant lesquels elle a mûri son choix d'abandonner sa petite fille conçue sous la contrainte. Et elle lui a dit adieu.

Ainsi une jeune et belle somalienne de 19 ans a motivé hier soir sa décision de renoncer à sa fille. Accompagnée de sa soeur et d'une amie italienne, elle s'est présentée au Tribunal des Mineurs. "Je ne la veux plus, je ne l'aime pas. Je veux la donner en adoption", a-t-elle expliqué.

Une brigade du commissaire Castro Pretorio est aussitôt arrivée sur place, les agents ont essayé de la faire raisonner, mais il n'y a rien eu à faire.




PRESSE ITALIENNE

Traduction française de l’article paru en septembre 2005 sur le journal La Repubblica

  
LES GRANDS TITRES
 

La proposition arrive après les faits récents de nouveau-nés tués et jetés dans un conteneur d’immondices, 3 cas en quelques jours.

 

Des «fenêtres à bébés» déjà ouvertes à l’étranger

Le Président (de l’institut) des Innoncents (situé à Florence) : "Nous ne pouvons pas rester les yeux fermés"

 
300 les abandonnés

Sur base des données de la Commission pour l’Égalité des chances, 300 nouveau-nés sont retrouvés chaque année, « morts ou vifs »

 

+ 10% l'augmentation

En 2002, on dénombre une augmentation des abandons de 10% en 5 ans. La Sicile, suivie de la Lombardie, détient le record.    

 


UN PEU D’HISTOIRE


Les lieux
Depuis l'antiquité existent des lieux où abandonner les nouveau-nés. Dans la Rome antique, au pied de la « colonne lactaria » (*)

« La roue »
Faite «à mesure de nouveau-né» pour éviter l'abandon d'enfants plus grands, elle apparaît dans les années 500

Les enfants trouvés
Les noms inventés pour les enfants trouvés rappellent leur origine. Innocenti se rapporte à la Toscane, Proietti à Rome, Esposti à Naples.

Les années 700
Des pics d'abandons ont eu lieu dans les années 700, parallèlement à la révolution industrielle et à l'entrée des femmes dans le monde du travail.

L'abolition
L'adieu à « la roue » date de 1875. Récemment, dans plusieurs pays européens, des « portiques appropriés » ont fait leur apparition à l’extérieur des hôpitaux



(*) Située dans les catacombes romaines, près de l’actuel Théâtre de Marcello, et où l’on trouve un grand nombre de tombes d’enfants




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le 14 décembre 2005.


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