Vendredi 16 décembre 2005 5 16 /12 /Déc /2005 21:35
«Le mouvement féministe n'a pas aidé les mères. Il a fait beaucoup avancer dans certains domaines, mais sur le plan de la maternité, ç'a été une catastrophe. C'est très difficile, aujourd'hui, de gérer une société de la performance et une famille. Les femmes qui veulent rester à la maison sont regardées comme si elles étaient des arriérées mentales et celles qui veulent travailler et ne veulent pas d'enfants se font regarder comme des chipies épouvantables, sans coeur. Quoi qu'elles fassent, les femmes sont mal jugées parce que cette société n'a jamais réfléchi sur ce que c'était que d'avoir des enfants.»
«Ce qui est clair, poursuit Micheline Lanctôt, c'est que nous vivons dans une société qui ne veut pas d'enfants
«Plus que ça, ajoute Lori Saint-Martin, je pense que l'on n'aime vraiment pas les enfants. Il y a des cafés «sans enfants» à New York... comme il y en a des «sans fumée» ! Comme si l'enfant en soi était un peu suspect.»
 Propos tenu Micheline Lanctôt et Lori Saint-Martin (CA)



Allemagne - Au pays des sans-enfants

Par Odile BENYAHIA-KOUIDER - 13 septembre 2005

Extraits de l'article paru sur le journal Libération:

Loin d'être effrayés par la dénatalité qui frappe leur patrie, de plus en plus d'Allemands excluent de devenir parents. Surtout les jeunes hommes, prêts à se faire stériliser pour écarter tout risque de paternité. Et les incitations des pouvoirs publics ne semblent pas convaincre ces «objecteurs de procréation».

Il venait d'y avoir la catastrophe de Tchernobyl, c'était en 1986, raconte Retchie.
«J'étais tellement dégoûté par ce monde que j'ai décidé que je ne voulais pas d'enfants. Je suis allé voir un urologue à Berlin. Nous avons discuté pendant au moins cinq heures mais ma décision était prise. Je me suis fait stériliser. J'avais 23 ans

A ce rythme, le pays comptera 68,5 millions d'habitants en 2050, contre 82 millions à l'heure actuelle. A condition de laisser la porte ouverte à 100 000 émigrés chaque année.

«Ce ne serait pas une grande perte pour l'humanité. Je n'ai jamais ressenti le moindre patriotisme sur la question.»

Rudolph Körner, 50 ans, qui estime «ne rien devoir à la société», il y a quinze ans, s'est fait stériliser : «Je ne ressentais pas en moi la nécessité impérieuse d'avoir un enfant. Ma mère nous a élevés dans l'idée que nous devions être totalement indépendants. Je n'ai jamais voulu me marier. Pourtant, je pense que j'aurais été un bon père.» Sa compagne, Nina, de dix ans sa cadette, a accepté sa décision. Elle ne voulait plus prendre la pilule «à cause de toute cette chimie que l'on impose au corps». Il trouvait les préservatifs «pénibles». La stérilisation était «le meilleur contraceptif».

«Les enfants, cela coûte cher et cela empêche de faire carrière, voilà le problème», résume Sandra, 21 ans, étudiante à l'université de Bielefeld. Pour s'émanciper du modèle «Kirche, Kinder, Küche» (église, enfants, cuisine), les Allemandes souhaitant travailler ont ainsi renoncé à la maternité. 26,8 % des femmes âgées de 30 à 44 ans n'ont pas d'enfants. Quand elles ont fait des études supérieures, la proportion atteint 40 %.

«Pouvoir décider librement»

Pourtant, en révélant que l'absence de désir d'enfants chez les jeunes adultes est en très nette augmentation et que l'intérêt des hommes pour les bébés est deux fois plus limité que celui des femmes, l'étude de l'Institut fédéral de la population soulève un problème encore plus profond. 26,3 % des hommes âgés de 20 à 39 ans disent ne pas vouloir de descendance. Et 36 % des «sans-enfants» tiennent à le rester.

Les personnes interrogées invoquent leur envie de profiter de la vie, sans être obligées d'abandonner leurs hobbies. Les considérations sur les coûts engendrés par une naissance et les difficultés à concilier vie de famille et travail viennent après.

«Je n'ai jamais voulu faire de plan de carrière. J'ai toujours vécu au jour le jour et cela ne convient pas à la vie de famille», raconte Reiner Schipporeit, 53 ans. Il y a treize ans, l'une de ses petites amies, enceinte, souhaitait garder l'enfant. Pas lui. L'avortement s'est mal passé, il a décidé de se faire stériliser : «Le fait de pouvoir décider librement de se reproduire ou pas nous distingue des animaux.» Ces hommes qui refusent d'endosser la paternité ont hérité d'un surnom : «objecteurs de procréation».

«Les jeunes Allemands jugent tout à fait acceptable de ne pas avoir d'enfants. Avec l'égalité des sexes, les jeunes hommes ont compris que devenir père supposait une prise de responsabilité non seulement financière mais sociale, et ils ne sont pas prêts à l'assumer. Les Allemands se sont réfugiés dans des valeurs très matérialistes. Avoir une belle maison, une grosse voiture, se payer de belles vacances, c'est primordial. Les enfants, c'est secondaire.»

«Je ne vois pas comment on va revenir en arrière, remarque Rudolph Körner. Les conditions nécessaires au bon accueil des enfants ne sont pas réunies dans notre société. Une famille de quatre enfants est considérée comme asociale. Déjà, quand j'étais petit, en Bavière, les enfants dérangeaient.» Là encore, les Allemands, qui sont les rois du concept, ont trouvé une expression très symptomatique : «Kinderfeindlich» (ennemi des enfants). Oliver, 47 ans, raconte qu'un jour où il se promenait sur un sentier, au bord du lac Wannsee à Berlin, avec ses deux jeunes enfants, deux cyclistes roulant à vive allure lui ont crié : «Les gosses en laisse !» Les histoires de voisins anti-enfants ne manquent pas. Récemment, la cour de justice de Hambourg a donné raison à un couple âgé qui réclamait la fermeture d'une crèche au motif que les petits étaient trop bruyants.

Les Allemands ont besoin d'un changement radical de mentalité. Une révolution procréatrice. Sinon, dans quarante ans, ils seront quasiment une espèce en voie de disparition.




6 janvier 2006
Article journal Il Messagero.caltanet.it

Sans enfants et heureux ou hyper-parents:

l’affrontement des couples aux USA


Par ANNE GUAITA

NEW-YORK - Ces derniers jours, l’acteur Steve Martin attire les foules à l’écran avec le film «Une douzaine déchaînée», dans lequel il interprète le rôle d’un joyeux père de famille ayant la beauté de 12 enfants. C’est le classique film comique des fêtes de fin d’année, tout empreint de bons sentiments familiaux.

Mais, dans le réalité, Steve Martin n'a pas d’enfant, et n’en a jamais voulu, il est au contraire membre honoraire d'une association, Childfree by choice, (Libres d’enfant par choix), qui regroupe des couples ayant choisi de ne pas avoir de progéniture.

"Libres d’enfant par choix" est une organisation née il y a maintenant une dizaine d’années, mais le nombre de ses membres croît à un rythme vertigineux. Et probablement continuera à croître: le dernier recensement a en effet montré que le nombre de femmes américaines entre 40 et 44 ans, proches de la fin des années fertiles, qui n’ont jamais eu d’enfants, a augmenté de 10 % en 30 ans, touchant des pointes de 18 %. Parmi elles, il y a naturellement de nombreuses femmes qui n'ont pas eu d’enfant pour des raisons physiques ou sentimentales, mais beaucoup ont simplement fait consciemment le choix de rester nullipares.

Le phénomène prend une expansion telle qu’il n’est désormais plus considéré une curiosité comme c’était le cas à la naissance de Childfree by choice. Le mot-même, «childfree», était une nouveauté, vu que, jusqu’alors, on avait toujours employé l'expression «childless », signifiant «en manque d’enfant». L'idée que quelqu’un pouvait se définir «libre» plutôt qu’«en manque» d’enfant était révolutionnaire.

Mais aujourd'hui, dans un pays qui redécouvre les valeurs traditionnelles, les couples childfree sont souvent critiqués, vus comme des anti-américains, comme des désobéissants aux commandements divins.
Eux ne s’en soucient guère, et au contraire, énumèrent les phénomènes sociaux qui semblent renforcer leur position. 

Hier justement, le New York Times publiait un grand article pour critiquer l’intolérable et grandissante compétitivité avec les parents d'enfants particulièrement doués. Selon une série d'experts, le normal amour paternel et maternel tend de plus en plus à se transformer en attitudes de vanité agressive et de mauvais goût. Quand l'amour et l’orgueil deviennent à ce point oppressifs - mettent en garde les éducateurs - les enfants ne se sentent pas pour autant rassurés, mais au contraire, commencent à éprouver des sentiments d'insécurité. Cette façon «d’insister» de tant de parents est considérée mauvaise pour l'enfant, voire même mal élevée en général, une violation du bon goût, au point que le quotidien New-Yorkais offre un petit guide du savoir vivre pour aider les parents particulièrement enthousiastes à ne pas tomber dans la suffisance : «Parlez seulement du rôle que votre enfant a obtenu dans une représentation scolaire - conseille le quotidien -, mais évitez d'en parler pour un laps de temps qui soit plus long que la représentation elle-même».

À prêter main forte aux childfree, vient s’ajouter le fait que de nombreux parents de la génération des années ’60 optent pour des comportements «libertaires» qui dérangent souvent les gens en public: enfants qui courent dans les restaurants, entravent le chemin des garçons et crient, ont poussé quelques propriétaires de restaurants à ouvrir des salles réservées aux childfree, un peu comme quand il y avait encore les salles pour fumeurs et non fumeurs. La chose a fait crier ces parents militants au scandale. Mais les childfree se sont dits très contents : «Ceci est une société child centered (centré sur l’enfant) – déclare Jennifer Shawne, auteur du livre Baby not on Board (Aucun enfant à bord) -. Mais tous ne trouvent pas les enfants aussi intéressants".

Effectivement, les couples dits «désintéressés» sont nombreux, qui par envie de s'amuser, qui par peur de mettre au monde des enfants dans un monde pollué et corrompu.
De Oprah Winfrey, actrice et animatrice TV («Je n’ai pas le temps pour des enfants» admet-elle) au célèbre écrivain Don De Lillo, en passant par l’acteur Christopher Walken («Ma femme a déjà assez de travail avec moi» plaisante-t-il), par le musicien Bonnie Raitt, par l’acteur Ralp Fiennes («Un enfant, non, de grâce…»), par le politicien Ralph Nader («Je devais choisir entre la famille et la politique, on ne peut pas avoir assez d’énergie pour tous les deux») ou par le présentateur TV Jay Leno, les childfree ne sont plus une anomalie. Et comme expliquait George Clooney : «Choisir de ne pas faire d’enfant est légitime, au même titre que cela l’est de choisir d’en faire». 

© 2006 Traduction française en exclusivité pour ce blog.



" Chez les Mésopotamiens (1600 av. Jésus Christ), certains auteurs affirment que Ramsès II faisait distribuer des contraceptifs pour limiter le risque de surpopulation menant à la famine."


14 février 2006

La provocation de Marco Pannella:
«Basta avec les enfants ou nous exploserons »

Ça suffit avec les tsunamis natalistes, il faut maintenant une politique démographique de "rentrée en douceur". Bref, assez d’enfants. Paroles de Marco Pannella, publiées dans le très visité site Internet du comique génois Beppe Grillo.

La dernière provocation du leader du parti radical est simple et part de la crise énergétique que traverse l'Occident ces dernières semaines. Nous consommons tellement d'énergie parce que nous sommes beaucoup, et même beaucoup trop. Donc, arrêtons de faire des enfants, arrêtons avec cette «multiplication bestiale et irresponsable» voulue part les «pouvoirs fondamentalistes cléricaux».

Cette provocation de Panella est une violente attaque aux politiques familiales, au dogme de la «défense de la famille» relancé par les partis de droite et de gauche. Selon Pannella, c’est une erreur de continuer à baser la politique sociale sur cette «famille» qui n'est rien d'autre que «la reproduction continue, intensifiée et encouragée par l’Etat de bébés. «Mais quelle famille - écrit le leader de la Rose dans le poing –, quels droits sociaux et éthiques ont ceux qui la constituent ?
Nous allons être emportés si les autres, les jeunes, ne savent pas que la bombe démographique peut éclater et tout détruire.»
«Si le communisme nazi chinois n'avait pas décidé depuis des générations d'empêcher «à la nazi » les naissances en détruisant par la force de l'État des foetus et des nouveau-nés, qui sait à quel point nous ne serions déjà pas?»




«En fait, une réduction graduelle de la population est la seule solution pour garantir une certaine qualité de vie pour les générations futures»
estime le professeur Manning, soulignant que selon les prévisions la population mondiale devrait passer de 6,5 milliards à 9,1 milliards d'ici 2050.

http://www.cyberpresse.ca


26 mai 2006

Fête des mères - A quand la fête des non-mères?
Sans enfant si je veux

Par Serge CHAUMIER

En France, à peine 10 % des femmes ne seront pas devenues mères à la fin de leur vie. En Allemagne, elles sont presque trois fois plus nombreuses. Ce n'est pas l'Allemagne qui fait exception, c'est la France qui demeure proche des pays les plus pauvres. Il n'y a guère que l'Irlande pour lui tenir compagnie en Europe, depuis que les femmes d'Italie ou d'Espagne ont découvert massivement que l'on pouvait être femme sans être mère.

En France, une idéologie pesante maintient le tabou. Il serait temps de lever le voile sur ces questions, alors que l'on se persuade de notre émancipation vis-à-vis des héritages rétrogrades. Pourquoi, malgré l'évolution des moeurs, l'élévation du niveau d'étude, la libération sexuelle et l'émancipation féministe, le taux de femme sans enfant demeure le même que par le passé ? Contrairement aux pays occidentaux développés, la France continue à enfanter, au point que le taux de natalité demeure un des plus hauts d'Europe.

Si le chiffre de 195 enfants pour 100 femmes est connu (seule l'Irlande devance la France, alors que la moyenne européenne est de 150), et si les femmes ont des enfants plus tardivement que par le passé, en revanche, il est peu signalé que le taux de femmes qui seront sans enfant au terme de leur vie reste stable et bas.

Si elles sont 14 % en Italie ou en Espagne, 20 % en Grande-Bretagne, 30 % en Allemagne (et même 45 % lorsqu'elles sont diplômées de l'enseignement supérieur), elles sont à peine 10 % en France. Si l'on exclut les femmes qui n'ont pas pu avoir d'enfants pour des raisons biologiques, le nombre qui a fait le choix de ne pas se reproduire oscille entre 4 et 6 %. Ce n'est pas le fruit du hasard ou d'une quelconque prédestination.

L'empreinte du catholicisme dans un pays qui se croit laïcisé est manifeste. Pour les sujets tenant à la vie comme à la mort, la pesanteur des idéologies chrétiennes demeure omniprésente. La France n'est pourtant pas, loin de là, la seule à devoir assumer cet héritage. Seulement, la prise de conscience nécessaire à la levée des antiennes commandant de se reproduire n'a pas été faite. Les bénéfices des techniques de contrôle des naissances sont manifestes, mais cela ne s'est guère accompagné d'une remise en question plus radicale. Ce qui avait permis d'élever sensiblement le niveau de vie des populations, en promulguant une éducation sexuelle donnant lieu aux contrôles des naissances et à la baisse du nombre d'enfants dans les familles, le malthusianisme porté par les militants de gauche à la fin du XIXe et au début du XXe a été abandonné en chemin. Nul n'ose plus tenir ce discours émancipateur, la gauche moins qu'une autre, à l'heure où elle prend pour héraut une femme qui se déclare porteuse des valeurs familiales et de l'enfantement comme réalisation de soi.

Il reste à découvrir que la vie peut être digne d'être vécue et heureuse sans enfant. Affirmer que l'on peut être pleinement femme sans être mère, voilà ce que le féminisme français n'a pas pleinement assumé, préférant exalter la féminitude et surenchérir sur le vieux credo chrétien. Marcela Iacub a raison d'accuser le féminisme français d'être promaternité, et d'en montrer les conséquences multiples sur les politiques d'égalité des sexes. «Un enfant si je veux, quand je veux», clamait le slogan des années 70, c'est essentiellement la seconde partie de la phrase qui a été retenue. L'âge de procréation est certes repoussé, il demeure dans l'imaginaire français que la réalisation de soi passe par l'enfantement.

Quand il est proposé, dès 18 mois, aux petites filles, des jouets sexistes qui indiquent les rôles et forgent les habitus, apprenant les gestes pour allaiter, changer les couches et bercer le poupon avec des jouets dits d'«imitation interactive», il faut une certaine force de caractère pour s'affranchir de ce qui semble pour le moins naturel. Il n'est pas surprenant que ce soit les femmes diplômées qui y parviennent plus aisément. Mais il faut aussi y être aidé, notamment par des discours d'affranchissement des normes ; or, bien peu s'expriment en France.

Les pressions sociales, et avant tout familiales, pèsent sur chacun, et d'abord sur chaque femme, pour convaincre que le destin est contenu dans cet accomplissement. "Avoir un enfant est une chance dont on ne saurait se priver sans être marginales et sans avoir un peu raté sa vie, sous-entend le sens commun. Sans nier l'aventure que représente le fait d'avoir un enfant, l'idée que l'on se prive de quelque chose est sans cesse réaffirmée, comme si ceux qui fondaient une famille ne renonçaient pas également à d'autres plaisirs. Les désagréments provoqués par le fait d'avoir des enfants ne sont jamais évoqués. Comme s'il était obligatoire de passer par là pour s'épanouir, comme si les vies sans descendance ne méritaient pas d'être vécues". Ce discours pèse d'autant plus fortement sur les femmes qu'elles savent que le temps leur est compté pour se décider. Peut-être faut-il voir dans les nouvelles technologies de procréation une possible libération envers cette épée de Damoclès. En permettant de remettre le choix à plus tard, une plus grande égalité avec les hommes peut libérer les femmes de cette angoisse. Sans doute est-ce pour cela qu'une opposition à ces techniques s'exprime dans les milieux les plus conservateurs.

Les femmes qui osent affirmer leurs choix de ne pas enfanter sont stigmatisées, regardées comme étranges et quasi monstrueuses. On les plaint, on cherche à les convaincre, on s'inquiète. Des femmes qui ne peuvent avoir d'enfant en deviennent obsessionnelles, l'absence vire au pathologique. Mieux, les homosexuels estiment que c'est là un passage obligé pour affirmer une vie de couple épanoui. Le désir d'homoparentalité, s'il est en soi justifié, n'est peut-être pas non plus étranger aux représentations omniprésentes qui assimilent la réussite de sa vie conjugale à la vie familiale.

Qui choque le plus aujourd'hui, le couple gay qui veut des enfants ou le couple hétérosexuel qui affirme ne pas en vouloir ? Moralistes et psys de tous acabits sont prêts à bondir pour expliquer le phénomène : individualisme, égoïsme, traumatisme, immaturité, instabilité sexuelle... Les sciences sociales nourrissent les discours catastrophistes sur une patrie qui n'aurait plus d'enfants. Le familialisme a encore de beaux jours devant lui, tant que la fête des Mères n'aura pas, en symétrie et en toute égalité de choix de vie, une fête des sans-enfants. Ce n'est là qu'un registre symbolique, mais les représentations sociales incessantes ne font que confirmer une idéologie massive d'une normalité reproductionnelle. Il est plus que temps de libérer les consciences de la parentalité forcée.





Et puis, d'ailleurs, qu'on se dise...

Un enfant, ça dérange!

Silvia Galipeau
La Presse

Qu'on se le dise. Un enfant, ça dérange.

C'est une déclaration, pour le moins surprenante de la part d'un homme qui consacre sa vie aux enfants: le pédiatre social Gilles Julien

«On n'ose pas le dire, mais un enfant, ça dérange nos vies. Même quand c'est planifié. (...) C'est un peu normal qu'un enfant dérange, et il devrait déranger, parce que ça prend beaucoup de place un enfant, alors c'est forcément dérangeant. (...) Et heureusement, parce que ça nous fait évoluer, explique le pédiatre, de sa voix douce et calme. Le problème, c'est qu'on ne se l'avoue pas. Comme société, on ferme les yeux.»

C'est d'ailleurs le sujet de son dernier livre : Vivre avec un enfant qui dérange, publié chez Bayard. L'objectif? Dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas (une mère épuisée, un voisin irrité, ou un serveur de restaurant dépassé), dépeindre une réalité, histoire de permettre à tous ces enfants (parfois turbulents, simplement pleureurs, ou carrément malades) de bien se développer. «Un enfant, ça prend de la place. Il doit casser des verres, renverser du lait, pour apprendre. Il faut voir ça comme faisant partie de son développement normal.»

Seulement voilà, parfois, ce «développement normal» est excédant. Pour toutes sortes de raison : parce que le parent est à bout de nerfs, tout simplement, séparé, seul, peut-être même battu.

Chercher de l'aide

Excédant, d'élever un enfant, et parfois terriblement culpabilisant. Quand l'enfant ne correspond pas à nos attentes, quand il est différent, ou quand nos caractères sont carrément incompatibles. Et ça arrive. Alors que faire?

«Chercher de l'aide», répond sans détour Gilles Julien. Une soeur, une tante, un organisme communautaire (même si les ressources, dans ce domaine sont encore bien maigres, déplore le pédiatre). Pour souffler, changer le mal de place, et repartir d'un bon pied. «Si votre enfant dérange, ne vous sentez pas coupable, mais cherchez de l'aide. N'ayez pas peur d'être jugé. On contraire, on devrait vous accueillir.»

__________________
Gilles Julien, Vivre avec un enfant qui dérange, Bayard Canada, 175 p.

Source: http://www.cyberpresse.ca

Et quand «de l'aide» on n'en a pas (pas de famille ou de voisins «complaisants») et qu'on sait qu'alerter les services sociaux équivaut à les avoir «à ses trousses» jusqu'à ce que, «pour son bien» l'enfant soit placé ailleurs puis enlevé à sa mère, on fait quoi???




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Par Michaeliss - Publié dans : www.adoptionetmaternite
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