Comme vous aurez pu le comprendre et le constater, du moins je l’espère, ne croyant pas à la suprématie des liens du sang sur ceux de l'attachement, mes écrits sont nettement en faveur de l’adoption (je n'ai pas dit de l'abandon...) et des parents adoptifs. Car sans vous, que seraient devenus mes enfants?!
Ce qui ne m’empêche pas d’être farouchement opposée à l’accouchement anonyme, négation de l’identité d’une personne par excellence, ces deux positions n’étant pas le moins du monde incompatibles. C’est seulement, qu’à différence de beaucoup de personnes, je ne mélange pas tout:
les droits d’un côté (droit de savoir qui on est et qui sont ses parents ou de savoir ce qu'est devenu son enfant), les sentiments de l’autre (droit de la personne à ne pas confondre avec "illusions", "amour" ou "souffrance").
Témoignage de Claudia et Frida, respectivement bénévole et assistante sociale auprès de l’Anfaa (Association nationale des familles adoptives et d’accueil) - Italie
"L'Anfaa mène depuis toujours une campagne pour protéger ce droit - explique Frida Tonizzo, assistante sociale de l'association - parce qu'il va de pair avec le droit du nouveau-né à grandir dans une famille qui sache garantir les conditions adéquates au développement harmonieux de sa personnalité".
Et la non reconnaissance, d’après F. Tonizzo, est un moyen nécessaire pour limiter le phénomène des abandons dans les conteneurs et des infanticides.
Le principe de l'anonymat de la mère, au cœur de la loi 127/97, est absolu. Ainsi, les non reconnus à la naissance ne peuvent pas, de par la loi, faire recours au tribunal pour découvrir l'identité des parents biologiques. À l’opposé des adoptés reconnus, qui une fois leurs 25 ans accomplis, peuvent remonter à leurs origines biologiques. »
Et au nom de quel principe «humain» une personne abandonnée par sa mère ne devrait-elle jamais savoir d’où elle provient ?!
Le débat en la matière est vif. Il y a aussi qui est contraire. "Si, à un enfant non reconnu, on devait octroyer le droit de rechercher sa mère biologique - dit Claudia Roffino – le principe de l’ «anonymat» garanti par la loi italienne s’écroulerait. Je ne parviens pas à ne pas voir le risque que la loi en ressorte «dénaturée» car privée de toute crédibilité". Aux dires de l’association Faegn, le risque n'existe pas. "Nous avons en tête un parcours particulier pour les enfants non reconnus qui veulent retrouver leurs parents naturels - explique C. - Une rencontre complètement anonyme, avec le consentement préalable du parent naturel, dans un endroit neutre et protégé. Nous espérons en une proposition de loi ".
Vraiment ? N’est-ce pas là plutôt une loi qui permet que l’on «dénature» un enfant qui se verra à jamais privé de sa véritable identité ?!
Nous, mères et enfants réunis, avons besoin de votre soutien, afin que la France et l’Italie évoluent dans le sens de la raison et de la transparence, vers une harmonisation européenne des lois sur l’adoption, afin que cessent tant de souffrances inutiles.
J’espère être parvenue, au travers de mon double témoignage, à vous démontrer que «qui sait, ne cherche pas», qu’au plus d’informations vous transmettrez à vos enfants, au plus ils vous aimeront et vous respecteront, et qu’au plus vite ils pourront ainsi faire une croix sur leur passé d’abandonné et poursuivre sereinement leur chemin.
De même, au plus tôt les mères seront informées et rassurées sur le sort de leur enfant, au moins elles viendront s’interposer entre vous et lui.
Les forums des sites traditionnels pullulent de lamentations, de rancoeurs, de recherches qui virent à l’obsession, de tristesse, de revendications, de rapports ou comptes-rendus, de conseils psycho-socio-politico-juridico-administratifs, de projets et de propositions de loi (toujours les mêmes que l’on ressasse depuis 25 ans d’ailleurs) ou soit, de tout un charabia nébuleux et incompréhensible aux oreilles des pauvres gens «normaux» - nous, «de l’extérieur», le grand public - que nous sommes, nous «les bio», les «non adoptés» considérés ignares et insensibles aux souffrances des autres…
Pour ma part, je m’adresse à vous en solo et avec des mots simples, ceux de la vie de tous les jours, ceux du cœur et de la raison, ceux que tout être humain peut aisément assimiler sans se casser la tête sur d’interminables et ennuyeux textes de loi.
Je m’adresse à vous en qualité de mère de naissance à mère adoptive, et je vous dis :
Parents adoptifs, merci d’exister, merci d’avoir permis à mes créatures de ne pas croupir dans une institution de l’Etat!
Grâce à vous, j’ai pu continuer à vivre ma vie librement et à ma façon sans répercuter mes erreurs, mes difficultés ou mes souffrances sur eux; de même que, de leur côté, ils ont pu grandir dans un contexte de stabilité et de sécurité affective sans avoir eu à pâtir toute leur vie de mes défaillances.
Que cette utopique «triade adoptive» puisse un jour se réaliser, et qu’avec le temps mon message passe parmi vous tous.
Et que toutes les mères de naissance en recherche qui me liront comprennent que, pour le bien-être de leur enfant, elles ne peuvent et ne doivent que vouloir votre amitié.
Mais aussi…
Que opter pour la politique de l’autruche ne vous avancera à rien: tôt ou tard vos enfants se poseront des questions sur leur abandon et leurs origines. Présentez-leur la chose le plus naturellement et le plus simplement du monde, et ceci dès leur plus jeune âge.
Parlez-en à vos enfants sans attendre qu’ils vous le demandent et qu’ils n’aillent se confier à d’autres plutôt qu’à vous, ou pire encore, se défouler sur Internet pour savoir comment entreprendre des recherches «dans le plus grand secret».
Soutenez-les et accompagnez-les dans leurs démarches, cela ne fera que renforcer votre complicité et gagner un temps précieux à tous. Au plus vite ils trouveront et sauront, au plus vite notre vie à tous pourra continuer sans plus d’amertume.
Dans l’espoir d’avoir pu apporter une modeste contribution à cette évolution du changement des mentalités, je vous livre quelques beaux témoignages, lus sur divers forums (d’adoptés et d’adoptants):
J'ai 27 ans et j’ai été adoptée à l’âge de 3 ans.
Vous voulez savoir à propos de nos expériences à école, dans la société ou autres ?
Et bien, ainsi vous nous faites sentir différents. Mais nous ne le sommes pas, et moi je ne me suis jamais sentie comme telle.
Mais le conseil que je veux vous donner, à vous tous, parents adoptifs, est celui-ci :
Faites sentir à vos enfants tout l’amour de ce monde et faites-leur comprendre que vous les avez toujours aimés et voulus; dites-le leur depuis le tout début, de façon à ce qu’ils soient toujours conscients de leur histoire. À moi, il m’a constamment été dit qu'ils avaient toujours été là, mais qu'ils n’avaient pas pu venir me chercher plus tôt, et que, même si je n'avais pas été dans le ventre de ma maman, j’avais toujours été dans son coeur.
Adolescente, j’ai pourtant eu des crises d’identité, j'en ai parlé beaucoup avec des personnes chères... mais pas avec eux !
Parce qu'en parler ainsi tellement à fond, leur aurait pesé lourd… Aussi parce qu'ils sont directement concernés... Mieux vaut plutôt un psychologue, quelqu'un du dehors… Parce que nous savons que nous les faisons souffrir en leur exposant nos doutes ou nos questions, et donc nous préférons nous attaquer à quelqu’un d’autre... Et puis, ils commencent alors à croire qu’ils ont manqué ou raté quelque chose… et s’inventent des erreurs inutiles.
Lorsqu'arrive le moment de la curiosité ou même de l’«angoisse» qui, tôt ou tard, nous prend à tous, c’est vrai, les derniers à le savoir ce sont les parents, parce que, nous enfants, inconsciemment nous voulons les défendre et les protéger.
Moi j'ai toujours su, depuis le départ (ou presque)... parce qu'aussi, ayant déjà 3 ans, on y comprend quelque chose ...
N'ayez pas peur de ce qu’il pourrait se passer! Parce que, pour moi, il n'y a pas d’autres parents que mes seuls et uniques deux! La vie m'a enseigné qu'on ne peut pas être parents biologiques uniquement, et que, si oui, il y a bien quelqu'un qui te donne la vie, cela se limite à ça... Le pas le plus important est de pouvoir nous donner la possibilité de la vivre cette vie !
De toute façon, à moi, ni la société ni l'école ne m’ont jamais faite sentir différente, et pourtant tout le monde savait, parce que le village est petit... L'unique chose qui peut se passer est quelque plaisanterie au téléphone comme cela m’est arrivé... Des idiots, il y en a partout, mais j'ai eu la chance d'avoir des amis près de moi.
La vie nous enseigne que la relation la plus forte qui accompagne deux personnes atteint son point culminant avec le mariage... On vit la plus grande partie de sa vie avec son compagnon, bon gré malgré… Donc ce n’est pas le DNA ou le groupe sanguin qui marque les affections... Et nous sommes là pour en témoigner ! Nous avons un quelque chose en plus, et je considère mes parents comme un don divin. Donc, soyez tranquilles ! »
La question était:
La réponse donnée était la suivante:
Ceci vaut pour mes deux enfants, tant pour celle qui n’a pas connu sa mère biologique (abandonnée à la naissance) que pour celui qui en garde un clair souvenir.
La première maman (la maman indienne que nous avons commencé à appeler ainsi, laissant tomber une autre définition, plus hypocrite : "la dame qui t’a mis au monde") est un fantasme qu’on ne peut ignorer, ni gommer, qu’il faut affronter, mais qu’il est aussi très difficile de classer dans ces catégories, dont les enfants ont pourtant un besoin vital, de "bon" ou "mauvais".
Comment faire?
Dépeindre la première maman comme «une méchante qui t’a abandonné», c’est blesser nos enfants en profondeur dans ce lien, qui de toute façon existe, dans cette petite tranche d’eux qui ne nous appartient pas.
La dépeindre comme «une bonne» et une victime est une erreur aussi, parce que cela nous fait apparaître comme superflus, ou même abusifs; ou encore, cela risque de confirmer cette peur que tous les enfants abandonnés ont, celle d’être, eux, la cause de l’abandon («on m’a laissé parce que j’étais méchant»)… Ou bien, on risque de leur communiquer une nouvelle peur: que nous puissions les abandonner à notre tour, même si nous avons l’air tellement bons, vu que même les bons abandonnent.
Nous avons donc mis en application, avec de bons résultats, un conseil reçu :
.
"La première maman t’a abandonné(e) parce qu’elle ne savait pas faire la maman, parce que personne ne le lui a jamais appris. Elle n’avait personne pour le lui enseigner, pas même nous qui, de toute façon, ne l’avons pas connue, et qu'il était quand même trop tard pour le faire, car ces choses-là s’apprennent tout petit. Toi tu es en train d’apprendre, et nous sommes en train de te l’enseigner, ainsi quand tu seras grand, tu n’abandonneras jamais tes enfants."
C’est une explication qui tient ensemble deux nécessités: ne pas diaboliser la première maman, mais ne pas non plus ignorer la gravité d’un acte d’abandon, parce que nos enfants sont bien conscients qu’un grand tort leur a été infligé, et si nous ne le reconnaissions pas, nous donnerions l’impression que cela n’en est pas un, et donc, que nous pouvons très bien leur faire un tort nous aussi.
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander




Donc, mères ou pères de naissance, si le sujet vous intéresse, 




