A presque 34 ans, je donnais naissance à une petite fille.
Tous les deux, plus au moins au même âge (4 ans ½), ont fini par suivre le même chemin: celui de l’adoption.
MATERNITÉ, LIENS DU SANG: REGARDONS LA VÉRITÉ EN FACE
LES THÈMES TRAITÉS ET RECHERCHÉS:
ABANDON, ADOPTION, ORIGINES et... MATERNITÉ: quel lien?
DÉSIR D’ENFANT - GROSSESSE – ACCOUCHEMENT: quels liens en découlent?
L’ABANDON, UN GESTE D’AMOUR: mythe ou réalité?
QUELLE PLACE ACCORDER AUX «LIENS DU SANG»?
PEUT-ON RESTER INDIFFÉRENT ou NE PAS S'ATTACHER À SON PROPRE ENFANT?
REVOIR SON ENFANT, «UN BESOIN VISCÉRAL»???
PEUT-ON OUBLIER SON ENFANT?
QUELLE PLACE ACCORDER A LA MÈRE DE NAISSANCE?
La maternité "inscrite dans le corps des femmes"? Oui, mais pas par choix! Pour moi, elle n'aura été qu'une expérience comme une autre, un acte purement (et inconsciemment) égoïste...
Car, si la maternité traverse naturellement l'esprit de toute femme, toutes les femmes ne sont pas nécessairement faites pour être mères.
ÊTRE MÈRE:
Envie, curiosité, désir ?
«Réalisation» ou «Frustration»?
L’INSTINCT MATERNEL: «Amour» ou
«Possession»?
ET LE DROIT DE DIRE: «Maternité? Non merci!»... QU'EN FAIT-ON?
Faut-il obligatoirement se sentir «mère» pour accoucher? Les mères porteuses, qu'en pensent-elles?
Traduction française de la lettre publiée sur le quotidien italien « Il Secolo XIX » du 17 novembre 2004 à l'occasion du 22ème anniversaire de ma fille
Lettre ouverte à ma fille
Je venais à peine de te confier à une famille d’accueil que je connaissais, tout près de l’endroit où, depuis le 18 novembre 1982, je t’avais élevée durant tes 6-7 premiers mois de vie, et où, à l’époque, nous avions encore un tout petit bout de toit à nous, dans un trou perdu de l’arrière pays de la ville d’Albenga.
Le malheur était que je me trouvais alors tellement loin de la Riviera (côte nord-méditerranéenne), et que pour pouvoir rejoindre Gênes en provenance de Naples, il fallait aussi avoir deux sous de côté ainsi que la possibilité de m’absenter au moins 4 jours du travail: hélas, je ne disposais d’aucune de ces deux ressources. Le travail était denrée rare, et dormir à l’hôtel, ça coûtait cher, même si c’était loin d’être un cinq étoiles…
Famille je n’en avais plus, ni personne d’autre à qui demander de l’aide. Après quatre années de luttes incessantes passées à errer par monts et par vaux changeant de ville ou de pays presque chaque mois et sautant d’un train à l’autre (avec une dizaine de valises et souvent toi en plus sous le bras), moi, des forces, je n’en avais plus, ni physiques, ni mentales… et Dieu sait pourtant si ces dernières chez moi sont dures à mourir...
Un travail, un toit, une épaule sur laquelle nous appuyer, un maigre espoir d’un futur quelconque, nous n'avions rien de tout cela..
J’ai fait la seule chose qui me restait à faire pour notre salut: tenter de sauvegarder au moins le tien d’avenir. Toi qui maintenant as encore la vie devant toi, tâche de ne pas la gâcher comme moi je l’ai gâchée… car c’est pour ton bonheur que je me suis séparée de toi.
Moi je ne te recherche pas, parce que, plus ou moins, je sais où tu es et que je sais que tu es bien… du moins en apparence...
Mais intérieurement… « Comment vas-tu »?
Je ne te recherche pas parce que je ne veux pas te perturber plus, ni toi, ni la famille qui depuis 17 ans t’élève avec amour. Je ne te cherche pas… parce que je ne saurais probablement pas quoi te dire, ni comment t’expliquer. Je ne te recherche pas… parce que sûrement tu ne comprendrais pas, et parce que je crains ta colère, ta rancœur, ton incompréhension.
Mais il est important que tu saches que, si je ne te cherche pas, en revanche, je suis là à t’attendre. Tôt ou tard, le cancer aura raison de moi et il est important que tu saches qui tu es et d’où tu viens. Un être humain ne peut pas vivre sereinement sans connaître ses racines. Une femme qui met au monde un enfant ne peut pas vivre ou mourir sans JAMAIS se faire connaître : c’est DISHUMAIN !
Ciao Eleonora: certainement en ce jour très spécial de ton anniversaire tu es aussi très triste, et qui sait combien de terribles pensées harcèlent ton esprit. Tu veux savoir si aujourd’hui je pense à toi? Voilà ma réponse. Tu veux me connaître? Tu n’as qu’à allumer un PC et te connecter à Internet: tu me trouveras facilement.
De Bruxelles, ta maman biologique.
« Chère amie, je publie votre lettre avec grande appréhension: après avoir enlevé toutes les références qui pourraient permettre à votre fille de se reconnaître. Votre histoire est malheureuse et douloureuse. Mais avez-vous pensé à comment votre fille pourrait réagir face à sa maman "biologique"? Chère Madame, les enfants sont de ceux qui les élèvent et non pas de ceux qui les génèrent. Les plus modernes écoles de pensée font référence aux drames que pourrait subir une créature adoptée et déjà insérée dans le monde qui devrait rencontrer la mère biologique, jamais connue. Madame, soyez généreuse, et repensez-y. Veuillez vraiment du bien à votre fille et laissez-la vivre où elle est. Le risque est grave: celui de lui déchirer le coeur.»
Traduction française de l’article me concernant, publié par Marco Menduni le 28 novembre 2004 sur le quotidien italien «Il Secolo XIX».
De nombreux fait ont été déformés, ou bien, ne respectent pas l'ordre chronologique: c'est pourquoi vous trouverez des annotations en rouge.
Elle laissa l’enfant et se transféra en Belgique. La jeune fille a maintenant 23 ans (sic, 22 !) et vit à Gênes.
La mère: «Je ne la cherche pas, mais j'espère qu'elle voudra me parler»
Gênes - Elle vit dans un studio à Bruxelles et passe ses soirées à l'ordinateur, sur Internet. Elle cherche à établir un contact avec la fille qu’elle a donnée en adoption en 1987. «Par pauvreté, fatigue désespoir», raconte M. B., 56 ans. Après une existence difficile, gravement malade, elle lance son message sur la toile. «J'ai su que ma fille, qui a aujourd'hui 23 (sic, 22 !) ans, vit à Gênes. Je ne la cherche pas et je ne veux pas troubler la sérénité de qui l’a élevée. Mais je souhaite qu'elle puisse me trouver, si elle le voudra». À la jeune fille, elle a même écrit une lettre : «Je peux tout t'expliquer. J'ai fait l’unique chose possible pour protéger ta vie».
- L'HISTOIRE -
« Je voudrais seulement retrouver ma fille »
M. B. sait que sa fille a été adoptée et qu’elle vit à Gênes.
C’est un écrin à l’écart du monde, un petit nid, un laboratoire d'alchimiste où méditer et reparcourir l'existence. Ici M. B. passe ses soirées à écrire. Elle confie sa mission à l’Internet. Retrouver la fille, qu’en 1987, elle a donnée en adoption «par dénuement, fatigue, désespoir».
Elle sait, et c’est l’unique chose qu’elle est parvenue à savoir, que sa fille vit à Gênes. Elle a 23 ans (Sic, 22 !). «En réalité, dit-elle, je ne la cherche pas. Mais, par contre, je veux qu’elle puisse me trouver, si elle le souhaite». Elle lui a même écrit une lettre, publiée sur (le quotidien de Gênes) « Il Secolo XIX » (en page 39, édition du 17 novembre).
Une vie, celle de M. B., qui bouleverse les convictions les plus profondes, qui échappe au sens commun du redit et du tenu pour escompté, une vie marquée par des choix importants et douloureux. Abandonner une fille de l’âge de presque cinq ans, convaincue que «le mieux était l'adoption, pour lui donner un futur serein, pour lui offrir une vie meilleure». Tout comme, à 17 ans, fuir le lycée et une destinée pourtant prometteuse, par refus des règles. Pour l’amour de la nuit, de la transgression, de la clandestinité. Et puis, aujourd'hui, remercier la maladie (un mélanome) qui, il y a sept ans, lui a fait entamer un compte à rebours… qui semblait inévitable : et pourtant M. est toujours là.
(À 50 ans, je tiens à le préciser…) «J'étais toujours dans la misère, j’étais presque dans la rue. Lorsqu’on m’a diagnostiqué la maladie, j'ai pu commencer à bénéficier des aides sociales. Quelque sou, un toit. Le verdict était alors de 5 ans de vie. Au lieu de cela, 7 années ont déjà passé. La maladie n'est pas vaincue, elle a seulement ralenti son cours; j'ai trouvé un travail, je suis employée dans la fonction publique». Un salaire de 1.137 € (mais qui, n'ayant plus la force pour travailler à temps plein, va diminuer à partir de 2005...) par mois pour payer son loyer et s’assurer une vie digne et non plus seulement à la sueur de son front.
M. a passé tout un après-midi, celui du 16 novembre, assise à son bureau, dans ce minuscule open space qu'est son habitation. Assise devant son ordinateur, à tapoter sur son clavier et à remplir les espaces vides de son site Internet. À écrire une lettre à sa fille. Née le 18 novembre 1982, vécue avec la mère pendant presque 5 ans. Jusqu’à ce jour où, à bout, contrainte par son travail d’entraîneuse à vivre en permanence avec les valises en main et, «sans plus aucune force, ni physique, ni mentale», M. décide de la confier à une famille (… ou plus exactement, à une autre encore, la 6ème !). Une famille qui, d’après ce qu’elle a pu savoir, vit à Gênes. C’est l’unique information, parce que toutes les autres sont protégées par une roche de granit de secret et de silence. «Je ne cherche pas ma fille - répète M. B. - et je ne veux pas troubler la sérénité de ceux qui depuis 17 ans prennent soin d'elle. Je ne la cherche pas, mais je l'attends. Je veux qu'elle sache que, si jamais elle le voudra, je suis là. Prête à lui expliquer».
M. B. est une femme de 56 ans. Dans ses rides, les restes d'une beauté juvénile effrontée et intrigante s’entrecroisent avec les souffrances d'une vie difficile, «gâchée», chuchote-t-elle en hochant la tête.
Fille d'un industriel belge de la fabrication du plastique, orpheline (de père) à l’âge de 2 ans. La mère qui prend alors en main les rênes de l’administration de la société, et M. qui finit en internat. Elle étudie en riche héritière de famille, et apprend cinq langues. À dix-sept ans, elle fuit cette vie pour la première fois. «Je voulais danser, j’aimais vivre la nuit. J'aimais les discothèques».
Le diplôme, les spécialisations s’envolent alors en fumée. Ces années sont celles de l’argent facile, du monde éblouissant et psychédélique des bars de nuits. «D’abord barmaid, puis danseuse». Et puis entraîneuse...
L'aventure italienne s’annonce bien. Engagements, demandes, le faste des pourboires des années '80. M. s'établit dans un village de l’arrière-pays d’Albenga (Savona). Elle travaille dans les night-clubs de Gênes et des bords de mer. (Faux! Dans ce métier-là, on change de ville tous les 15 ou 30 jours)
«Entre-temps, ma mère est décédée et j’ai aussi fait un gros héritage». (Sic! Pour l'héritage, rapidement dilapidé d'ailleurs, c'était quelques années avant...)
Ensuite la rencontre avec deux hommes. (Sic! Avec une vie de nuit et aventureuse comme la mienne, plutôt comique...) «Le premier m’a impliquée dans une série d'opérations immobilières ruineuses et m'a dépouillée de tout. (Totalement faux!)
Le second était marié. Ma fille est de lui. Il ne l'a jamais su (Faux! Il le savait parfaitement bien), mais moi j'ai décidé de la garder».
Décision très courageuse, mais combien insoutenable: «Je ne voulais plus travailler dans les night-clubs. Mais je ne savais plus rien faire d’autre (Sic!). J’ai tenté de faire la serveuse, mais je ne parvenais pas à subvenir à nos besoins, à moi et à la petite. Tout ce que je gagnais partait pour payer les baby-sitters (et les familles d'accueil privées...).
Et ainsi, M. s’en retourne aux flûtes, au champagne, aux tables enfumées. Le nouvel eldorado s'appelle Naples, mais elle n'est plus toute jeune, plus aussi désirable. «On changeait de local tous les 15 jours». Je laissais la petite toute seule la nuit à l’hôtel, je rentrais à cinq heures du matin, à sept heures je la portais à la crèche. Je ne dormais que quelques heures». Quatre années passèrent ainsi. M. est une femme défaite. Je suis retournée chez moi, sur la Riviera. J'ai confié l'enfant à une famille d'amis (Sic! … d’accueil). Je leur ai demandé de me la tenir quelques semaines (Faux. J'espérais qu'ils pourraient en obtenir la garde à "très, très, long terme"...), le temps que je puisse me reposer, me reprendre. Mais après deux mois, ils se sont alarmés et ont averti les services sociaux. C’est ainsi que sont intervenus les magistrats».
On est en octobre 1987. M. reçoit une lettre du Tribunal de la Jeunesse de Gênes: «Je devais me présenter pour défendre mon droit de maternité». Mais M. ne le fait pas: «À ce moment-là, j’ai compris que c’était l'unique moyen de protéger au moins l'avenir de ma fille».
Depuis lors, la vie de cette femme est une lente descente aux enfers, sans espoir de résurrection (Ben... N'exagérons tout de même pas -:))). Elle a alors 40 ans. Trop vieille pour que les clients fassent encore sauter des bouchons de champagne pour elle. Elle retourne à nouveau chez elle, sur la Riviera. Elle fait la femme de chambre. Un ami (Faux. Par petite annonce...) lui procure un travail dans une famille (italienne) en Allemagne. Mais cette opportunité-là s’évanouit aussi. M. retourne alors en Belgique. Elle n’a pas un sou en poche. «J'étais presque dans la rue». C’est ainsi que les assistants sociaux la trouvent, perdue et vidée. Elle est hospitalisée. On lui diagnostique un mélanome. «Cela a-t-il un sens de dire que la maladie a été mon salut? Pour moi, oui. Car c’est à partir de là que, pas à pas, j’ai pu reprendre le contrôle de ma vie».
Son sourire d’adieu est cordial. Après quoi, M. se perd à nouveau dans son ordinateur. Elle fréquente deux sites (www.sosabbandono.com et http://groups.msn.com/S-O-S-Abbandonoeadozione), elle cherche un contact avec sa fille. Elle sait que celle-ci vit à Gênes. «Je ne la cherche pas. Mais j'espère qu'elle aura envie de me trouver. En me cherchant sur Internet».
Par Marco Menduni
Il y a 18 ans je me résignais à donner en adoption une petite fille pour laquelle j’avais pourtant lutté de toutes mes forces. J’avais alors 38 ans, elle en avait 4 ½. «Nous» étions sans famille, sans demeure fixe, nous vagabondions de ville en ville depuis sa naissance, non pas dans une vie de misère, loin de là, le nécessaire ne nous ayant jamais manqué, plutôt nous «stagnions» dans une vie de luxe apparent où le gain était relativement facile mais aussi très aléatoire. Mais qu’importe, le résultat était le même: nous vivions au jour le jour, «de port en port» et valises toujours à la main. Un engrenage sans fin, aucune lueur d’espoir pour l’avenir, aucun changement en vue, aucune amélioration ni à court ni à long terme à l’horizon...
Je fuyais les services sociaux comme la peste sachant pertinemment bien que m’en remettre à eux signifiait «la fin de tout», qu’on me l’aurait aussitôt «enlevée». Et surtout, j’aurais eu alors à leur rendre des comptes sur mes moindres faits et gestes, ce qui, avec mon caractère rebelle et indépendant, rien qu’à y penser, m’était tout à fait insupportable.
Article complet sur S-O-S-Abbandono e Adozione
Jusqu’au jour où… «Des gendarmes» (!) vinrent l’arracher à la famille d’accueil à qui je l’avais, en désespoir de cause, finalement confiée pour (à leurs dires…) la placer dans une autre famille. J’étais épuisée, fatiguée de me battre. J’ai donc laissé faire en me disant: «Advienne que pourra, où qu’elle aille, elle sera toujours mieux qu’avec moi, l’adoption est la seule issue possible. Elle a besoin d’amour, de stabilité, d’aller à l’école, d’avoir une famille comme tout le monde; la garder avec moi, c’est faire son malheur».
J’avais donc pris la bonne décision, jamais je n’ai regretté mon choix, ma fille était à l’abri du besoin et avait tout ce que je n’aurais jamais pu lui offrir. Connaissant maintenant le parcours que j’ai suivi par la suite, je n’ose pas imaginer les souffrances et la tristesse que je lui aurais procurées si je n’avais pas coupé complètement les ponts avec elle… Jamais je n'aurais pu la reprendre ni pourvoir à ses frais et à son éducation.
Soulagée, j’ai donc tourné la page. Quand on prend ce genre de décision on sait parfaitement bien que c’est définitif, qu’il n’y a pas de retour en arrière possible et que rester là, telle une matière inerte, à souffrir ou à pleurer sur son sort ne sert à rien. L’oubli est la seule option possible.
«Notre» histoire se termine ici. Les faits se déroulaient en Italie, où j’ai résidé pendant près de 20 ans. Après quoi, la vie a suivi son cours. Ma destinée aussi. J'avais choisi de retourner vivre libre et sans enfant, et jamais, au grand jamais, je n'ai regretté ma décision.
... et dont, après 30 ans de silence, voici la teneur...




Donc, mères ou pères de naissance, si le sujet vous intéresse, 




